Alice et moi : "J'me suis imaginée une liaison tumultueuse avec le rap game"

On l’a découverte sur scène l'année dernière, dans la sélection des Inouïs du Printemps de Bourges. Elle s'appelle Alice et moi et n'a pas peur d'être plusieurs filles à l'intérieur. Rencontre avec la jeune artiste dont les titres ressemblent tous à des tubes, de Filme-moi à J'veux sortir avec un rappeur.
Alice et moi. Veste-robe noire ISABEL MARANT, Chemise en coton noir et blanc OFF-WHITE, derbies en cuir verni noir à plateforme en gomme HOGAN, Collant en résille FALKE. Veste-robe noire ISABEL MARANT, Chemise en coton noir et blanc OFF-WHITE, derbies en cuir verni noir à plateforme en gomme HOGAN, Collant en résille FALKE. Photos : Nicolas Wagner. Réalisation : Camille-Joséphine Teisseire.
Veste-robe noire ISABEL MARANT, Chemise en coton noir et blanc OFF-WHITE, derbies en cuir verni noir à plateforme en gomme HOGAN, Collant en résille FALKE.  

Mixte Tu chantes “Je veux sortir avec un rappeur”. Pour intégrer le milieu ? 

Alice et moi Haha, yes, carrément ! En réalité, j’ai toujours aimé le rap, mais depuis quelques années, je m’y suis encore un peu plus intéressée et j’ai trouvé ça fou à quel point les rappeurs sont les nouveaux baby rockers, les poètes du XXIe siècle, les représentants de notre génération. Du coup, je me suis imaginée, telle une fan girl en plein fantasme, une liaison tumultueuse dans le rap game. En fait, comme dans toutes mes chansons quasiment (dans “Cent fois”, par exemple), c’est un appel à la passion, à la vie, à ressentir des choses extrêmes, mais à mes conditions en quelque sorte, avec un rappeur. Je m’imagine fan girl, mais c’est moi qui chante et qui tiens les rênes de la fiction. J’ai le dessus, et ça fait du bien ! 


M. Ton titre est symptomatique d’un rap qui lorgne de plus en plus vers la chanson ; et inversement. Comment expliques-tu ce syncrétisme ? 

A. J’ai l’impression qu’il y a de moins en moins de genres, de catégories et que tout se mélange, s’influence. Et je trouve ça super. Toute mon adolescence, on m’a dit que j’étais trop dissipée, qu’il fallait que je choisisse une seule voie. Aujourd’hui, je me dis que c’est une force de pouvoir “toucher à tout”, “goûter à tout” ! J’aime le rap, mais aussi les vieilles chansons d’amour, l’électro, la pop… 

M. Ton dernier clip (J'veux sortir avec un rappeur) est très produit et déploie de sacrés moyens ; comment s’est-il fabriqué ?

A. Il a été réalisé par l’excellente Emma D’hoeraene avec qui j’avais envie de collaborer depuis longtemps déjà. Je lui ai dit que je voulais une image léchée, toutes sortes d’hommes pour représenter les différentes facettes du rappeur d’aujourd’hui. Je souhaitais qu’on s’inspire de codes du rap et qu’on les détourne un peu, que ce soit avec une touche d’humour, en reprenant la fameuse scène de “Bound 2” de Kim Kardashian et Kanye West sur une moto, ou avec un côté plus féministe lorsque j’observe des hommes “objectifiés” à côté de Lamborghini ou qu’ils se mettent à chanter “J’veux sortir avec un rappeur”... Montrer le second degré sans que ce soit une blague, ça c’est fort ! Le tout a été produit par l’incroyable team de Dissidence prod. Ils ont fait plein de clips (“L’amour avec des crocos” de Romeo Elvis, celui de S. Pri Noir et Nekfeu, “Yeux disent” de Lomepal), mais c’était la première fois qu’ils s’attaquaient à de la pop. Après, moi, je n’ai pas de maison de disque, j’ai produit entièrement mon premier EP toute seule. Et le second avec l’aide de concours, de subventions, de travail personnel… 

Salopette en toile de coton noire BRUNELLO CUCINELLI, Top en velours chiné noir et gris ELLERY.
Salopette en toile de coton noire BRUNELLO CUCINELLI, Top en velours chiné noir et gris ELLERY.

M. On te voit très souvent avec une casquette. Y a-t-il une explication ? 

A. J’aime bien cet accessoire. J’en ai toujours plus ou moins porté, mais une fois, je suis montée sur scène casquette sur la tête et j’avais l’impression de porter une sorte de couronne, en plus cool. Après, de temps en temps, on me voyait avec et quelques journalistes ont écrit : “la princesse de la pop à casquette”. Enfin, un jour, je suis allée à un événement de la musique sans en mettre et tout le monde m’a demandé : “Elle est où ta casquette ?” Il y a même une mini-fan qui m’a demandé récemment, à la Félicità, si je prenais ma douche avec. Donc je me suis dit qu’elle faisait un peu partie de mon personnage… Mais ce qui est chouette, c’est qu’on est un peu deux dans ma tête… Il y en a une qui enlève parfois sa casquette et fait danser ses cheveux au vent… 

M. Dans quel milieu as-tu grandi ? D’où t’est venue l’idée de faire de la musique ? Tu fais tout toute seule ? Tu t’es peu à peu entourée ? 

A. Depuis toute petite, j’ai toujours chanté, écrit, je faisais des vidéos aussi. Je chantais du Vanessa Paradis, j’écrivais des histoires, je filmais mon ennui dans ma chambre et j’en tirais des chansons. Aucun de mes parents ne travaille dans la musique, mais mon père avait un groupe punk quand il était jeune. Du coup, il sortait tout le temps sa guitare et je chantais avec lui ! Ma mère écoute beaucoup de musique aussi. Ça a toujours fait partie de ma vie, mais j’ai mis du temps à comprendre que cela pouvait être aussi mon travail, et surtout ma vie entière. J’ai fait de longues études, j’ai essayé de “jouer le jeu” et puis quand j’ai enfin eu mon master, j’ai compris qu’il était temps que je passe à ma vraie vie. Je ne connaissais personne dans la musique. Alors j’ai cherché, par le bouche-à-oreille ou en faisant des demandes sur Facebook, jusqu’à ce que je rencontre des gens. Aujourd’hui, j’ai une petite équipe très douée et très motivée. C’est parfois difficile, mais je sais que je suis là où j’ai toujours voulu être… Rien ne vaut ça. 

M. Sur “Il y a”, dès la première phrase, on entend un souffle dans ta voix, comme du Charlotte Gainsbourg en plus musclé. C’était voulu ? Travaillé ? Quel rapport entretiens-tu avec ta voix ? 

A. Merci pour la question ! C’est bien un choix. Pour moi, c’est très important de chanter avec sincérité et c’est comme ça que je me sens le mieux, quand je chante en respectant mon timbre de voix, simplement, sans en faire trop ; parfois presque en soufflant des mots comme un secret amoureux ; d’autres fois de façon plus assumée ou faussement nonchalante ou provocante, mais toujours proche de moi, de qui je suis et de la façon dont je m’exprime dans la vie. 

Veste en toile de coton gris CARMEN MARCH, Boucle d’oreille CHARLOTTE CHESNAIS chez White Bird.
Veste en toile de coton gris CARMEN MARCH, Boucle d’oreille CHARLOTTE CHESNAIS chez White Bird. Photos : Nicolas  Wagner. Réalisation : Camille-Joséphine Teisseire. Coiffure : Nicolas Philippon @ Call my Agent. Maquillage : Khela @ Call my Agent. Assistante styliste : Tamara Prince. remerciements à la maison de location de mobilier Gaetan Lanzani.