Anti_fashion ou ne pas être ?

Réinventer un système mode à bout de souffle, telle est la mission d'Anti_Fashion, structure conduite d'une main de maître par l'intransigeante prévisionniste de tendances Lidewij Edelkoort. Pour sa troisième édition, la plus fashion des initiatives fashion donne rendez-vous à Roubaix en mars et à Marseille en juin pour défendre une mode équitable.
Anti_fashion ou ne pas être ?
Manifeste Anti_Fashion - Lidewij Edelkoort

En 2013, l'effondrement du Rana Plaza au Bengladesh place sous la lumière crue des projecteurs les coulisses peu reluisantes de l'industrie de la mode. Impossible, dès lors, d'ignorer les effets dévastateurs d'une mondialisation outrancière. Alors que la mode est la deuxième industrie la plus polluante au monde, juste derrière le pétrole, elle reste dans l'imaginaire collectif une machine à rêves dont les dessous demeurent dans l'ombre. En 2015, le manifeste Anti_Fashion de la consultante néerlandaise Lidewij Edelkoort crève l’abcès. Dévoilé en pleine Fashion Week lors d'une conférence, ce texte polémique dénonce en dix points l'absurdité dans laquelle la mode actuelle s'est elle-même piégée. Le titre choisi pourrait sembler négatif. Pourtant, au-delà des dénonciations, les initiatives auxquelles ce texte a donné naissance sont résolument optimistes. Développées sous l'impulsion de Stéphanie Calvino, les « Rencontres Anti_Fashion » se concentrent sur l'absolue nécessité de réinventer un système épuisé et submergé par un tsunami de collections. Depuis 2016, elles fédèrent plusieurs acteurs du secteur pour esquisser les nouveaux contours d'une mode respectueuse de l'environnement et de l'humain. Car, comme l'indique Li Edelkoort, c'est l'ensemble des systèmes de mode qui doivent être repensés, de la formation à la distribution en passant par la production. 

Diffusé prochainement sur Arte, le documentaire d'Ariel Wizman et Laurent Lunetta ne dit pas autre chose : dans un milieu en manque cruel de solidarité, ce que l'anthropologue Giulia Mensitieri a récemment souligné dans son ouvrage au titre un brin cynique Le plus beau métier du monde, Anti_Fashion prône l'échange et la proximité entre l'ensemble des acteurs de l'industrie (créateurs, distributeurs, industriels, étudiants). Une initiative à laquelle adhère cette année La Redoute. Invitée le 24 mars à Roubaix par l'ancienne filature de laine devenue plateforme de e-commerce, Li Edelkoort et ses fidèles comparses (Sophie Fontanel, Alice Pfeiffer) animerons comme à Marseille du 1er au 3 juin des workshops et programmes de mentorat pour les jeunes âgés de 18 à 25 ans issus des quartiers prioritaires de ces deux villes. 

Comme Maroussia Rebecq, pionnière de l'upcycling avec sa marque Andrea Crews fondée en 2002, ces jeunes pourront s'exprimer par la création de vêtements grâce à la mise à disposition des invendus de La Redoute. Une démarche solidaire et eco-friendly qui n'est pas pour déplaire à Nayla Ajaltouni du collectif Éthique sur l'étiquette. Maud et Judith Pouzin, fondatrices de la boutique de mode 100% vegan Manifeste001 seront de la partie roubaisienne tandis que Demna Gvasalia interviendra à Marseille. Dans la cité phocéenne, le collectif Catastrophe qui imagine des objets musicaux, scéniques et littéraires s'adonnera à une performance/concert pour faire réfléchir le public sur son rapport à l'espace-temps. En marge de ces événements, des tables rondes participatives et ouvertes au public seront organisées pour favoriser l'émergence de nouvelles idées. Pour que la création rime de nouveau avec innovation.

https://www.anti-fashion-project.com/