Art : dans les souvenirs de François-Xavier Courrèges

Chinées parmi des photos anonymes des années 70 et 80, les images choisies par François-Xavier Courrèges inaugurent une seconde vie quand ce dernier les accordent à un papier peint de la même époque. De cette rencontre conceptuelle naît un vague souvenir, une fiction, un livre. En marge de Paris Photo, interview de l'artiste.
Vague Souvenir, un livre de François-Xavier Courrèges, Jean Boîte Éditions, Paris, 2017 136 pages
Vague Souvenir, un livre de François-Xavier Courrèges, Jean Boîte Éditions, Paris, 2017 136 pages

Mixte Ce projet d'assemblage, entre photos anonymes de jeunes hommes et papiers peints, date d'il y a quelques temps. Parlez-nous de ses origines...

François-Xavier Courrèges Ce livre reste une première étape avant exposition. J'ai travaillé plus de trois ans dessus, le temps de trouver et de rassembler son matériel. Le temps, aussi, de m'immerger dans les lectures d'Hervé Guibert, de Joe Brainard, ou dans les films de Guy Gilles. J'ai également passé un an au Liban, où j'ai réalisé un projet vidéo, Anamnèse, dont la post-production a pris quelques mois. Anamnèse, qui montre la démolition d'une maison à Beyrouthet Vague souvenir se répondentAnamnèse parle de la destruction d'une mémoire tandis que Vague souvenir ravive un passé. 

Mixte Antoine Idier, dans son texte qui accompagne votre livre, cite également Guy Gilles. Comment avez-vous découvert ce réalisateur ?

François-Xavier Courrèges C'est un autre réalisateur, Gaël Lépingle, qui l'a pour ainsi dire exhumé de l'oubli. J'ai eu un véritable coup de coeur pour le cinéma de Guy Gilles. C'est un pied noir d'Algérie qui a réalisé des films dans les années 60 et 70, avec des budgets très limités, hors système, en marge de la Nouvelle Vague, et dont la plupart ont laissé indifférent même s'il a tourné avec de grands noms : Jeanne Moreau, Delphine Seyrig, Jean-Pierre Léaud, Edwige Feuillère... Et qu'il a reçu le Prix Jean Vigo pour Absences répétées, son film le plus sombre, empreint d'une sensibilité à fleur d'écran. Son cinéma est nostalgique, mélancolique. Je dirais que c'est un cinéaste sous-estimé, fragile. La photographie (qui mêle des images noir et blanc et des plans en couleur) et le montage sont particulièrement chiadés, poétiques. 


Et, au-delà de la grande beauté de ses films, c'est aussi son parcours et son destin qui m'ont touché et inspiré. "Vague souvenir" c'est cela aussi : exhumer des limbes une histoire oubliée, disparue. Guy Gilles est mort des suites du sida et son travail est tombé dans l'oubli.

Mixte A quel âge avez-vous commencé à vous intéresser aux papiers peints ? Qu'est-ce que vous inspire ce matériau ? 

François-Xavier Courrèges Ils appartiennent aux Arts décoratifs. Comme les meubles ou le design, ils racontent une époque à leur façon. Ce sont comme des paysages... J'ai toujours aimé ça. J'avais même dessiné un papier peint, il y a quelques années, qui avait été édité par la Collection Lambert. Je ne les vois pas juste comme des supports visuels. J'aime leur dimension hypnotique, l'occasion de rêverie qu'ils offrent et les fenêtres qu'ils ouvrent sur l'intérieur, l'intime. J'ai toujours chiné, c'est aussi comme cela que Vague souvenir est né. Je suis passionné de design vintage, notamment des années 70 et 80, les années de mon enfance et de mon adolescence. Les objets que je récupère m'inspirent, je les trouve beaux, je les associe. Cela créée des relations, des histoires. Mon travail, en général et depuis toujours, intègre beaucoup d'appropriations, comme lorsque je filme une bougie...


Mixte
Dans quel type d'intérieur avez-vous grandi ? 

François-Xavier Courrèges A Paris, mais il n'y avait pas de photos de mecs dénudés au mur ! (Rires.) Mes parents vivaient dans de l'Haussmannien et chinaient eux aussi. Il y avait un mélange de rustique et de contemporain typique de ces années-là. Je me souviens du canapé orange et des objets en plastique. Et puis des années 80 qui ont suivi, avec ses chaîne hi-fi, ses magnétoscopes et ses canapés cuir. 

Mixte Et cette passion pour l'intérieur vous a-t-elle conduit à préférer faire l'amour en intérieur ou en extérieur ?

François-Xavier Courrèges Les deux ! Pourquoi se priver de l'un pour l'autre ? 

Pour en savoir + : Vague souvenir, un livre de François-Xavier Courrèges, Jean Boîte Editions, Paris, 2017 - 136 pages 

Prochaine signature le 30 novembre à la librairie Les Mots à la Bouche (Paris 4ème), de 19h à 21h.