Au cinéma dans la peau de Morrissey

"England is mine", le film, revient sur les débuts du légendaire chanteur des Smiths dans le Manchester des années 70. Rencontre avec son réalisateur Mark Gill et l'acteur Jack Lowden avant la sortie du prochain numéro de Mixte aux influences très U.K.
"England is mine", un film de Mark Gill avec Jack Lowden. Sortie le 7 février.

"England is Mine" : l’affirmation est plutôt gonflée, à l’image du premier long-métrage du réalisateur britannique Mark Gill qui s’attaque à l’un des personnages les plus complexes de la culture populaire anglaise, le chanteur Morrissey. Mais ce n’est pas le fondateur des Smiths au faîte de sa gloire que l’on retrouve ici, chemise ouverte et mèche au vent. Gill a choisi de mettre en avant les années précédant cette montée fulgurante, une adolescence triste et troublée dans le Manchester de la fin des années 70, dont il a crayonné les grandes lignes à partir de pointillés biographiques connus. 


« J’ai grandi à quelques rues de Morrissey et ce personnage m’a toujours fasciné. Je pense que c’est justement à cette époque qu’il a du écrire un grand nombre des textes incroyables qui ont ensuite formé la base des chansons des Smiths, dont je suis évidemment un immense fan », explique Gill, conscient de s’attaquer à la fois à un mythe et à une figure capable de déchaîner les passions. Challenge de taille également pour le jeune Jack Lowden, captivant dans son interprétation du jeune Stephen Patrick Morrissey, d’autant plus que l’acteur d’origine écossaise, né dans les années 90, ne connaissait que très peu la vie et l’œuvre de Moz : « La complexité du rôle était surtout le fait que le personnage intériorise tout. C’était aux autres de faire et à moi de réagir. Parfois je disais à Mark que j’avais l’impression de ne rien faire ! ». 

Effectivement, l’intérêt du film est de présenter la scène mancunienne de l’époque vue à travers l’œil très particulier de Morrissey. Mark Gill a puisé son inspiration entre autres dans les courriers au vitriol que le jeune homme écrivait à la presse musicale avant de devenir célèbre - le fameux concert des Sex Pistols au Manchester Free Trade Hall en juin 1976, auquel était présent un grand nombre des futurs grands noms de la musique locale (Buzzcocks, Joy Division…) est ainsi montré à l’écran via le point de vue du futur chanteur, à la fois outré par ce qu’il voit mais incroyablement frustré de ne pas être sur scène à leur place.
Ce combat entre la conscience d’être différent des autres, de se savoir destiné à de grandes choses, tout en étant incapable de saisir la clé pour les atteindre est peut-être le thème phare de ce joli film qui se présente plus comme une fable autour de l’adolescence qu’un véritable « biopic ». C’est d’ailleurs ainsi qu’ont voulu réalisateur et interprète. Jack Lowden a surtout ressenti une véritable empathie par rapport à ce personnage, qu’il a abordé plus comme une création de fiction tout en puisant dans sa propre expérience. 

"England is mine", un film de Mark Gill avec Jack Lowden. Sortie le 7 février.

Connu pour ses critiques tranchantes, Morrissey lui-même n’a pas encore fait de commentaire sur le film (« Ce qui est plutôt inhabituel pour lui! » s’amusent Gill et Lowther). « J’ai rencontré beaucoup de gens qui l’ont connu avant et après la période Smiths, des ex-petits amis, et tous m’ont dit à quel point j’avais bien cerné le personnage » raconte Mark Gill. S’il ne voulait aucun avis externe lors de la préparation du rôle, Jack Lowden rêve aujourd’hui de rencontrer celui qu’il a incarné : « Qu’il me donne un avis positif ou négatif, je m’en fous, j’aimerais juste le rencontrer. » Les inconditionnels de Morrissey aimeront sans doute rencontrer sur grand écran cette version en devenir de leur icône controversée. Les autres y découvriront un film délicat sur un jeune homme fragile, Made in Manchester.

England is Mine de Mark Gill, en salles le 7 février.