A Hambourg, Karl Lagerfeld s'engage dans la marine

Éternelle question que de savoir si la mode est un art. Certains en sont convaincus, d’autres comme Lagerfeld réfutent l’idée. Pourtant, chaque année en décembre, Chanel organise dans une ville étrangère son défilé des Métiers d’Art, hommage aux meilleurs savoir-faire. Après Moscou, Shanghai, Bombay, Salzbourg, Rome ou encore Paris, c’est Hambourg, ville natale de Karl Lagerfeld, qui a été choisie cette année.
Chanel Métiers d'Art collection 2017/18 Paris-Hambourg
Chanel Métiers d'Art collection 2017/18 Paris-Hambourg

Hambourg, mercredi 6 décembre – C’est en véritable chef d’orchestre que Karl Lagerfeld a rassemblé au cœur de la Philharmonie de l’Elbe les meilleurs savoir-faire de la maison Chanel. Après une collection printemps-été 2018 aquatique, cette nouvelle collection des Métiers d’Art célèbre l’artisanat d’exception des différents ateliers rachetés par Chanel pour les préserver. Les brodeurs Lesage et Montex, le plumassier Lemarié, le plisseur Lognon, le bottier Massaro, le chapelier Maison Michel, le boutonnier Desrues et la manufacture spécialiste du cachemire Barrie : tous ont composé des pièces précieuses d’un raffinement extrême.

Déclaration d’amour à Hambourg, le défilé marque surtout le retour du Kaiser dans sa ville natale, qu’il a quittée très jeune pour d’autres horizons plus adaptés à son talent hors du commun, et avec laquelle il a toujours entretenu des rapports contrastés. Des traditionnelles « Elbsegler », casquettes de marins du fleuve de son enfance, aux tresses queues de poisson du coiffeur Sam McKnight ornées çà et là d’une barre de navire, tout dans ce défilé des Métiers d’Art convoque l’Elbe, fleuve qui fait battre le pouls de la ville. Une belle réconciliation par le style…

Karl Lagerfeld a d’ailleurs revisité l’ensemble du vestiaire marin, flirtant même avec les stéréotypes (les quelques looks masculins défilaient pipe à la main). Pull en maille de cachemire torsadé, caban, sac baluchon, pantalon à pont, tailleur en tweed col marin, robe marinière en plumes d’oie et d’autruche... Le tout en bleu marine, gris, blanc ou noir.

Chanel Métiers d'Art collection 2017/18 Paris-Hambourg
Philharmonie de l'Elbe - Hambourg

Ce seizième défilé des Métiers d’Art était aussi l’occasion de conjuguer passé et présent. Sur le carton d’invitation dessiné par Karl, les armoiries d’Hambourg se juxtaposaient à la Philharmonie de l’Elbe, nouvel emblème de la ville et symbole de sa renaissance. Inspirées des années 60, quand la ville hanséatique devient un port influent, les silhouettes mods aux motifs carrés répétitifs évoquent le puzzle multicolore des conteneurs sur un cargo.

Écrin idéal pour ce défilé pur luxe, le bâtiment de la Philharmonie de l’Elbe est à l’image des créations d’exception signées Chanel. Avec son toit en forme de vague, elle flotte sur un ancien entrepôt du port d’Hambourg aujourd’hui réhabilité. Pensée par le cabinet d’architectes Herzog & de Meuron à qui l’on doit notamment la Tate Modern, cette architecture hors-norme a coûtée plus de dix fois son coût prévisionnel. Inaugurée en janvier dernier, elle est la raison principale de ce retour au pays natal pour Karl Lagerfeld. En parallèle du défilé, Chanel a annoncé l’inauguration en 2020 d’une nouvelle architecture porte d’Aubervilliers à Paris dédiée aux ateliers de ses métiers d’art.

Étroitement liée à l’ADN de Chanel, l’inspiration maritime de la collection rappelle que Coco – qui a ouvert sa première boutique en 1913 dans une station balnéaire – fut l’une des premières à s’intéresser aux vêtements marins et à oser porter la marinière. Une façon pour Karl Lagerfeld d’inscrire Hambourg et sa propre histoire dans celle de Chanel.