De Cerrone à Justice, l'hiver sera disco 2.0

Nouveautés, compilations et remix de tubes 70’s et 80’s témoignent d’un regain d’intérêt pour la disco, méga-matrice de la dance music et... de Woman, le tout dernier album de Justice !
Calypsodelia
Calypsodelia

Cela fait deux ans que j’insiste sur cette prophétie que j’aimerais autoréalisatrice : “Vous allez voir, c’est le retour de la disco musique !” Évidemment, le Studio 54 n’a pas rouvert ses portes et il ne s’agit pas de sombrer dans la nostalgie vintage de sonorités par ailleurs de mieux en mieux documentées. L’intégrale de Cerrone vient d’être rééditée en vinyle. Qui l’eût cru, alors qu’il semblait voué aux gémonies dans les années 90 ? L’artiste connaît désormais les honneurs du Silencio ou de la Red Bull Music Academy, qui célèbrent l’importance de son œuvre au gré de lectures touchantes de naïveté. Et comment passer outre “Safe and Sound”, la petite bombe qu’a lâchée Justice début juillet pour annoncer son grand retour ? 


Sa basse plantureuse, ses cocottes de guitare filtrées et ses violons lascifs feraient fondre n’importe quelles platform boots ! Si l’on cherche des preuves de respect aux glorieux aînés de la musiquedisco, on n’a qu’à se tourner vers le “Giorgio” de Daft Punk, hymne à, et avec, la légende qui troussa par exemple le “I Feel Love” de Donna Summer, Giorgio Moroder : “My name is Giovanni Giorgio, but everybody calls me Giorgio” ! Le même Giorgio qui est allé jusqu’à se produire en DJ set au Grand Palais en juillet dernier pour la soirée Superb, auto-proclamée “projet d’événement gay le plus ambitieux en Europe”. 

Alors, il faudrait savoir : je prophétise ou je me moque ? Ni l’un ni l’autre, finalement. Car de la naissance du genre à sa possible résurgence, il est bon de revenir sur quelques étapes intermédiaires. Pour rappel, tout a commencé dans les années 70, dans la foulée du Summer of Love, quand l’émancipation gay, black et latino inventa la club culture au son des DJs David Mancuso, Nicky Siano, Larry Levan, Frankie Knuckles ou du remixer Tom Moulton. Même si le raz-de-marée disco – à l’acmé populaire duquel culmine John Travolta dans le fameux Saturday Night Fever en 1977 – n’était pas du goût de tous (cf. la tristement célèbre Disco Demolition Night, autodafé de disques du genre dans le stade de Chicago, en 1979), tous ont été les pierres de voûte d’un son nouveau, qui changea la musique pour toujours et pava la route de la house et de toutes les dance musics.

L’ère du nu-disco, impulsé au milieu des années 2000 par la Sainte-Trinité scandinave Todd TerjeLindstrømPrins Thomas, touche déjà à sa fin. En France, DJ et collectifs entretiennent la flamme d’une musique disco originelle par l’art de l’edit (allonger un morceau en en isolant les meilleurs éléments) : Les Yeux Oranges et leur nouveau prodige LeonxLeon, Deviant Disco, Sacha Mambo, les Edits du Plaisir... Mais le disco trouve aujourd’hui de nouvelles incarnations chez les Français L’Impératrice, Bon Voyage Organisation ou Calypsodelia, la Grecque Monika ou les Néo-Zélandais No Zu, rassemblés en une compilation judicieusement nommée Disco 2.0. Sans répliquer le son des 70’s, prenant appui sur une culture instrumentale qui s’émancipe du DJ, ils ramènent en live le glitter des guitares survoltées, des cuivres dégoulinants, des cowbells hallucinées et des chœurs châtoyants, en plein dans la lumière des boules à facettes ! Loin des clichés du genre, ils actualisent le disco en une musique hybride, qui doit finalement autant au psychédélisme disco d’antan qu’à la house filtrée de Daft Punk et au syncrétisme de LCD Soundsystem. 


Mêmes temps de crises, mêmes exutoires musicaux ? Selon le DJ français Vidal Benjamin, qui exhume des raretés disco et boogie françaises sur ses compilations Disco Sympathie et qui ouvrit lui-même pour Cerrone lors d’une soirée I Love Disco à La Clairière du Bois de Boulogne en juillet dernier –, “cette musique est la matrice de la dance music, elle existera toujours. On s’est rendu compte que le disco a été un mouvement bien plus ambitieux et mondial qu’on avait bien voulu le décrire dans les 70’s. Mais on ne peut pas faire de parallèle entre les 70’s et aujourd’hui. Déjà, la liberté sexuelle n’était alors limitée par aucune MST, le disco était la bande son d’une gigantesque partouse planétaire ! La légèreté qui allait avec a complètement disparu de nos jours. Il ne faut donc pas trop intellectualiser le disco. C’est avant tout une musique d’hédonisme."

Comme l’a définitivement résumé DJ Harvey, peut-être le DJ le plus charismatique de la disco house contemporaine, qui a clôturé le festival lyonnais Nuits Sonores en mai dernier sur deux heures de panache stratosphériques : “You can’t understand the blues until you’ve had your heart broken by a woman or whatever, and you can’t understand my music until you’ve had group sex on Ecstasy.” Hédoniste, on vous dit !

Compilation Disco 2.0, Fever’s risin’ again (WeWantSounds)
Monika, Secret in the Dark (Other Music Recording)
L’impératrice, Odyssée EP (Cracki Records)
Bon Voyage Organisation, Xingie (Disque Pointu)
Calypsodelia, Calypsodelia (Pan European Recordings)
No Zu, Afterlife (Chapter Music)
Vidal Benjamin, Disco Sympathie (Versatile)