Critique et bilan de la Fashion Week Homme (avant la fin du monde ?)

A Paris, la fashion week homme a dénudé les ambitions du secteur, qui envie de moins en moins la femme pour la notoriété de ses designers et le gigantisme de ses productions. Plus de luxe et de moyens s’affichent ouvertement, témoignant d’une vraie stratégie de création.
CELINE FW19 — Look 43
CELINE FW19 — Look 43

Main basse sur la ville… A Paris, le groupe LVMH a multiplié les shows dans les plus beaux lieux de la capitale (l’Opéra pour Berluti, la Concorde pour Celine, l’Ecole Militaire pour Dior…), et s’est même payé le luxe de reconstruire le décor d’une rue du Lower East Side au milieu des Tuileries pour Louis Vuitton, s’accaparant ainsi l’actualité mode et prenant une longueur d’avance sur l’essor actuel du secteur homme.

Le premier défilé masculin de Hedi Slimane pour Celine déployait un vocabulaire 100% connu de ses fans. Ourlets au-dessus de la cheville, pantalons cuir, lunettes de soleil, coupes au bol, chemises noires à pois et revers de col à damier tapaient dans les codes rocks habituels, revisitant au passage la fascination de Slimane pour les mouvements de jeunesse British (mods, punks, ska…). Un vrai travail sur les matières et les coupes donnait de l’éclat aux silhouettes jeunes et fines comme des cravates, délestées de tout accessoire le temps du show.  

On trouvait résolument plus de sacs et de gilets-sur-costume sur le tapis roulant Dior, où Kim Jones faisait défiler ses mannequins comme dans Wall-E. Mais loin d’une esthétique Disney, les dessins signés Raymond Pettibon puisaient dans le répertoire fanzine/punk de l’artiste sur une musique signée Honey Dijon (que l'on retrouvera en interview dans notre prochain numéro), jusqu’à faire apparaître une Mona Lisa finale sur une chemise brodée de perles et de phrases/mise en abyme. On fêtait ainsi les 500 ans de la mort de Léonard de Vinci en invitant une pièce haute couture sur un défilé de prêt-à-porter masculin. L’homme, éternel laissé pour compte de la broderie fine contemporaine, prenait avec ses maxi-gants une forme revanche sur les plus belles heures de la mode parisienne.

Même virage luxe pour Ami, la marque préférée des hipsters parisiens, qui monte encore en gamme et s’offrait une scéno aux longs rideaux beige dans la pure tradition des plus grands salons d’essayage. Le pied de poule côtoyait des dessins de roses pixelisées, des femmes s’incrustaient sur le podium et des garçons tatoués portaient du rouge à lèvres sur des lèvres bien hydratées. Chaînette et sweat tour Eiffel misaient tout sur l’image d’un Paris bourgeois et cool, cosmopolite, dégenré.

Enfin, on pouvait admirer l’excentricité du tailoring féérique de chez Thom Browne, prendre un petit-déj au fromage avec Jacquemus qui jouait au meunier, assister à la mélancolie programmée de l’esthétique hacker en fin de course de chez Vetements ou se suspendre aux anneaux de l'HOMME PLISSÉ ISSEY MIYAKE, qui présentait sa ligne au Centre Pompidou en séance spéciale, dans une chorégraphie signée par l'américain Daniel Ezralow (un événement à retrouver en vidéo ci-dessous). Une fashion week homme FW19-20 parisienne qui se distinguait par son efficacité et sa force de frappe.

Retrouvez notre debrief des premiers shows en cliquant ici.

DIOR HOMME FW19 — Look 30
DIOR HOMME FW19 — Look 30
AMI FW19 — Look 24
AMI FW19 — Look 24
THOM BROWNE FW19 — Look 11
THOM BROWNE FW19 — Look 11
VETEMENTS FW19 — Look 22
VETEMENTS FW19 — Look 22