L'Édito : "La désobéissance est la vertu originelle de l’homme"

"Mixte : Disodedience", notre nouveau numéro pour la saison printemps-été 2020, a choisi de se concentrer sur le concept de désobéissance. Une notion à l'origine de nombreux progrès et innovations dont le statut fait d'autant plus sens dans notre époque marquée par les agitations politiques et sociales, la crise climatique ou l'affirmation des identités. En 2020, on ne va pas être désolé de désobéir.
 Robe millefeuille en satin d’organza NINA RICCI.
Robe millefeuille en satin d’organza NINA RICCI.

De Hong Kong au Chili, en passant par le Liban, l’Italie, les États-Unis et la France, les appels à se révolter contre les abus et les injustices se sont multipliés ; histoire de nous rappeler que désobéir n’est pas l’apanage d’un ado capricieux en pleine crise existentielle, mais bien une action nécessaire à l’amélioration de notre condition. La désobéissance, c’est Colin Kaepernick qui s’agenouille pendant que résonne l’hymne américain lors des matchs de la NFL pour protester contre les violences policières envers les Afro-Américains. La désobéissance, c’est Carola Rackete, commandante activiste allemande du bateau Sea-Watch 3, arrêtée par le gouvernement italien à Lampedusa pour avoir sauvé des migrants au bord de la noyade en pleine Méditerranée. La désobéissance, c’est Megan Rapinoe, capitaine queer de l’équipe féminine américaine de football, qui, après sa victoire en coupe du monde, refuse l’invitation de Donald Trump à la Maison Blanche. 

Du combat pour le climat de Greta Thunberg jusqu’à la lutte contre la sérophobie et les normes de genre chez Jonathan Van Ness, ce qui pourrait être vu comme une rébellion n’est en réalité qu’un devoir. Comme le disait Oscar Wilde : “Aux yeux de quiconque a lu l’Histoire, la désobéissance est la vertu originelle de l’homme. La désobéissance a permis le progrès”. Car qu’est-ce que désobéir sinon chercher, innover, interroger et transgresser, à l’image de la série mode “Trinity” réalisée pour ce numéro par le photographe Matthew Brookes dans laquelle des nonnes à l’allure BDSM arpentent les rues bondées de New York ? Rien d’audacieux n’existerait sans la désobéissance, encore moins la transmission des valeurs d’insurrection entre générations racontée ici par l’auteure Marie Kock dans une nouvelle inspirée de notre série mode “The Neighbourhood” photographiée par Toby Coulson. 

Mixte : Disobedience dresse ainsi une liste de points de repère en s’intéressant aux lanceurs d’alerte dans le milieu de la mode, au véganisme naissant dans l’industrie du vêtement, aux vlogueuses beauté devenues militantes d’un nouveau genre ou au combat des designers contre la surveillance d’État et la reconnaissance faciale ; le tout complété par les parcours inspirants de personnalités comme la chanteuse Lous and the Yakuza, qui s’est battue pour sortir de la rue avant de percer dans la musique, le chorégraphe Christian Yav, dont le langage corporel se pare d’une dimension quasi-politique, ainsi que la photographe Lisa Der Weduwe, à l’origine du premier musée dédié aux contre-cultures et à l’insoumission de la jeunesse. Sans oublier le plasticien Julien Creuzet et son art mêlant poétique et politique ou encore la comédienne et chanteuse Soko, de retour à la musique après cinq ans d’absence. Autant de profils qui incarnent à leur façon la remise en cause des règles établies, et qui nous font nous dire qu’en 2020, on ne va pas être désolé de désobéir. 


From Hong Kong to Chile, Lebanon, Italy, the United States and France, the calls to revolt against abuse and injustice have multiplied rapidly, reminding us that “disobedience” is not the prerogative of a temperamental teenager in the midst of an existential crisis, but rather an act of necessity for the amelioration of our collective condition. Disobedience is Colin Kaepernick kneeling while the American anthem played during NFL games to protest police violence against African Americans. Disobedience is Carola Rackete, the German activist commander of the Sea-Watch 3 boat, arrested by the Italian government in Lampedusa for rescuing migrants from drowning in the middle of the Mediterranean. Disobedience is Megan Rapinoe, queer captain of the American women’s soccer team, who after her victory in the World Cup, refused Donald Trump’s invitation to the White House. 

From Greta Thunberg’s fight for the climate to Jonathan Van Ness’s struggle against serophobia and gender norms, what’s being labelled “rebellion” is actually just a human duty. As Oscar Wilde said: “Disobedience, in the eyes of any one who has read history, is man’s original virtue. It is through disobedience that progress has been made...” What truly is it to disobey if not to seek, innovate, question and transgress, as in the fashion series “Trinity” created for this issue by photographer Matthew Brookes, in which BDSM-clad nuns roam the crowded streets of New York City? Nothing daring would exist without disobedience, not to mention the transmission of insurrectionary values between generations, as explained here by author Marie Kock in a short story inspired by our fashion series “The Neighbourhood” photographed by Toby Coulson. 

Mixed: Disobedience is drawing a list of landmark stories by looking at whistleblowers in fashion, the emerging vegan movement in the clothing industry, beauty vloggers who have become a new kind of activists, or designers fighting against state surveillance and facial recognition; all in the company of other inspirational profiles such as singer Lous and the Yakuza, who fought to get off the streets before breaking into music, choreographer Christian Yav, whose body language takes on a quasi-political dimension, and photographer Lisa Der Weduwe, who created the first museum dedicated to counter-cultures and the insubordination of youth. Along with the visual artist Julien Creuzet and his political and poetic art, and the actress and singer Soko who has returned to music after a five-year absence. All of these people embody resistance in their own way, challenging established rules and inspiring us to join them in proclaiming that in 2020, we’re disobeying for good. Sorry, not sorry.