Edito : le plus British des magazines de mode aujourd'hui en kiosque

Par Nathalie Fraser

De toute évidence, Boris Johnson ne sait pas qu’il est possible de relier Londres à Paris en 2h15 avec Eurostar. Début 2018, celui qui a prôné le Brexit se ridiculisait une nouvelle fois en proposant la construction d’un pont entre les deux rives de la Manche, pour mieux rapprocher l’Angleterre de ses voisins. Mais voyons, Boris ! Depuis la nuit des temps, preux chevaliers, têtes couronnées, grands artistes et passionnés en tout genre n’ont jamais eu besoin d’un pont, trouvant toujours le moyen de traverser le Channel dans un sens ou dans l’autre, que ce soit pour faire l’acquisition de nouveaux territoires, d’une tenue de fête ou des derniers vinyles du moment… 

Ce va-et-vient constant a eu une influence particulièrement riche sur l’univers de la mode. Si ce sacré Charlemagne a inventé l’école, c’est à un Anglais, Charles Frederick Worth, qu’on doit l’invention de la haute couture parisienne dans la seconde moitié du XIXe siècle. Depuis, Paris a ouvert ses portes aux créateurs étrangers, mais avant tout aux nombreux diplômés des grandes écoles de mode londoniennes, aux manettes de prestigieuses maisons depuis plus de trois décennies dans un bal de chaises musicales digne du plus beau teatime. Le temps de préparer ce numéro de Mixte printemps-été 2018, fortement influencé par l’esprit britannique (ses créateurs, ses mouvements musicaux, son street style mythique…), Phoebe Philo annonçait son départ après dix années chez Céline, maison implicitement parisienne, même si la directrice artistique avait instauré un studio londonien afin de rester proche de sa famille. Son remplaçant ? Hedi Slimane, Parisien dans l’âme malgré de grandes périodes Berlin ou Los Angeles. Autre info de taille : Céline proposera désormais de la mode masculine et de la couture en plus de ses habituelles collections de prêt-à-porter féminin. Un énième rappel s’il en fallait de la convergence entre féminité et masculinité. Bien plus loin que de simples ponts jetés entre les deux sexes, c’est un véritable tsunami qui transforme la géographie du genre, sur les podiums comme dans la rue. 

Par son ouverture d’esprit comme par son œil pointu et son choix de collaborateurs, Mixte a souvent été qualifié du “plus British des magazines de mode français”. Dès son lancement en 1996, il faisait le pari de réunir mode féminine et masculine, comme visionnaire du grand rapprochement qui semble avoir lieu aujourd’hui. Un regard unique, geste percutant dans un élégant gant de velours. 

Photo : Liz Collins. Réalisation : Franck Benhamou, assisté de Loyc Falque.  Mannequin : Shanelle Nyasiase @ MP PARIS.  Coiffure : Olivier Lebrun @ CALL MY AGENT.  Maquillage : Llyod Simmonds @ AGENCE CAROLE.  Body brodé de miroirs et jupe en mousseline de soie Dior.
Photo : Liz Collins. Réalisation : Franck Benhamou, assisté de Loyc Falque. Mannequin : Shanelle Nyasiase @ MP PARIS. Coiffure : Olivier Lebrun @ CALL MY AGENT. Maquillage : Llyod Simmonds @ AGENCE CAROLE. Body brodé de miroirs et jupe en mousseline de soie Dior.