Et si Paris était un parfum ? Yves Saint Laurent (3/5)

Suite de notre série olfactive et poétique racontée par notre journaliste Capucine Berr. Depuis toujours, parfumeurs et nez passionnés signent des élixirs dans l’air de Paris. A lire aujourd'hui, une microfiction inspirée par la dernière déclinaison de Black Opium d'Yves Saint Laurent.
Black Opium Pure Illusion, Yves Saint Laurent. Photo : Christophe Coënon.

Elle n’avait jamais aimé le café, son goût âcre, son odeur adulte, jusqu’à ce qu’il lui soit donné de le prendre ce matin, dans cette robe noire trop sculpturale pour être honnête. 

Elle s’enfile ce ristretto avec la moue des filles qui n’y connaissent rien, ou qui s’en fichent. 

À cet instant, elle incarne l’héroïne binaire et singulière que le monde envie à Paris, cette fille toute simple au smoky dézingué dont tous les pores de la peau exhalent le café noir sucré gansé d’un musc sensuel, de bois de cèdre et patchouli. 

À cet instant, elle est cette silhouette entre chien et loup qui, dans quelques heures, regrettera sûrement l’after en terrasse, mais pas tout de suite. 

Le cœur en jet-lag, elle raconte d’une voix rauque la journée qui l’attend, le faste, l’œil vissé sur l’émail imparfait de cette table de bistrot. 

Elle mange les cigarettes une à une. 

Et saisit son portable pour écrire : “Je suis en chemin. En retard. Mais j’arrive”.