FASHION WEEK ÉTÉ 2020 : PARIS MET DES PAILLETTES DANS NOS VIES

La planète est peut-être au BDR mais c’est justement l’occasion pour la mode de rappeler que tout n’est pas perdu et qu’on peut encore rêver à un monde meilleur.
Balenciaga SS20
Balenciaga SS20

Après quelques saisons marquées par l’idée de fin du monde et de désastre écologique, Paris pense enfin au renouveau, à un avenir meilleur pas aussi déprimant et anxiogène qu’on l’avait envisagé les saisons passées. Désormais, les messages alarmistes sont déclassés et les créateurs passent à l’action en proposant un monde certes encore imaginaire mais qui ne risque pas de rester une utopie si on prend les choses en main. Venant confirmer les premières impressions optimistes de New York, Londres et Milan, Paris vient clore en beauté un fashion month rempli d’éléments enchanteurs et pose un nouveau regard déter sur le futur et la mode.

Reconstruire mais en mieux

Passés les moments d’effroi et de stupeur quant à un monde ruiné et dévasté, certaines marques ont décidé d’affronter le problème avec une vision plus positive. Alors que Stella McCartney est resté fidèle à elle-même en soutenant une mode toujours aussi éco-responsable “avec un impact plus positif et qui défie le status quo”, Dior a par exemple imaginé un retour à la nature avec un “jardin inclusif” construit sur le set du défilé en partenariat avec l’atelier parisien de paysagistes Coloco. Tous les arbres qui ont été utilisés seront replantés dans la capitale ou en région parisienne dans le cadre de projets durables, dixit la maison. Ce décor forestier a surtout servi à présenter une collection composés de long jupons brodés de raphia (la marotte de Maria Grazia Chiuri), de robes vaporeuses aux motifs végétaux façon herbiers, combishorts en crochet, broderies de fleurs etc. Bref, une végétation luxuriante inspirée par la vie de Catherine Dior, soeur de Christian, ancienne résistante et déportée, devenue fleuriste après la guerre. Ça sent bon la jeune pousse tout ça.

Dior SS20
Dior SS20

Imaginer reconstruire le monde de demain, c’est aussi s’inspirer du passé glorieux et des époques fastes à l’image de Hedi Slimane chez Céline  - qui a valorisé la femme parisienne bourgeoise des années 70 autant préoccupée par son look que par les mantras philosophiques de la culture new age (“make love / not war”)  - ou de Bruno Sialelli chez Lanvin - qui a choisi d’aller piocher ses références dans le glamour et l’élégance des années 50, exemple indémodable du boom des trente glorieuses d’après-guerre.

Mais il n’est pas forcément nécessaire de réchauffer le passé pour faire du turfu. Marine Serre, millenial traumatisée par la dystopie apocalyptique annoncée, est passée, avec son défilé baptisé “marée noire”, dans l’étape du post-collapsing et de la reconstruction en faisant défiler des “survivants de l’apocalypse, des guerres climatiques, des vagues de chaleur, de l’extinction de masse”. Bref, ils ont tous survécu au cataclysme et arborent fièrement aujourd’hui des looks en éponge, des combis fourre-tout, des robes volantes, des robes multi-pans ou des manteaux en tweed… La mode nous sauvera tous.

Proposer un monde imaginaire

Rêver à un monde meilleur c’est aussi proposer un idéal et ouvrir les portes de son propre univers fantasmé. C’est ce qu’a fait Dries van Noten en invitant Christian Lacroix a collaboré pour sa dernière collection. 2 pour le prix d’1 : on pouvait pas rêver mieux. Et pourtant le rêve a continué chez Rick Owens qui, cette saison, a (un peu) laissé son côté goth dépressif de côté et mis (un peu) de poésie et de légèreté dans une collection rendant hommage aux origines mexicaines de sa mère à travers des silhouettes dignes de princesses aztèques alors que des bulles de savon géantes arrosaient le public présent au défilé (oui, oui, on est bien chez Rick Owens). Chez Y/Project, Glenn Martens était lui en pleine montée avec un show “belle époque sous acide” où les mannequins déambulaient dans des tenues fantasques, voire presque théâtrales (taffetas, volutes de tulle, décolletés-auréoles, drapés de velours etc).

Louis Vuitton SS20
Louis Vuitton SS20

C’est surtout chez Louis Vuitton que les invités ont été transportés dans un monde assez particulier, avec le show le plus étrange produit jusqu’ici par Nicolas Ghesquière. Alors que sur un écran géant la chanteuse Sophie chantait une version remixée et ralentie de son titre “It’s Okay to cry” (on a pleuré, merci), une horde de femmes post-seventies psychédéliques à la démarche militaire a envahi l’espace habillée tour à tour de chemisier à volants, top à sequins, platform boots ou pantalons flare dans une ambiance mélangeant l’inquiétant et le rêve.

Quelques jours auparavant, c’est Julien Dossena qui avait créé la surprise chez Paco Rabanne en étant l’un des premiers à faire un grand doigt d’honneur à la tendance dystopique en diffusant un message idéaliste avec une collection inspirée de cette période enchantée qu’est la fin des années 60. Résultat, on a eu droit à une déferlante de paillettes, robes à pois, imprimés floraux, énorme coeur rouge brodé sur le devant, arcs-en-ciel, papillons, dentelles liberty et pâquerettes distillées dans la laine et le métal… C’est comme si on s’était pris un bukkake de bisounours en pleine tête et franchement, ça fait du bien.

Rendre l’ordinaire fabuleux

Avec ses silhouettes déstructurées et ses maquillages à prothèses et implants, c’était l’un des défilés les plus WTF de la fashion week parisienne, et pourtant Balenciaga a cette saison mis l’accent sur une notion plus positive qu’à son habitude en proposant de nous concentrer sur le concept d’uniforme, le monde du travail et la notion de pouvoir entre l’élite et le prolétariat. Dans un décor rappelant celui du siège des Nations Unies peint au couleur du bleu européen, la marque a présenté une collection politique glorifiant tout type de power-dressing, “peu importe le travail qu’on fait” comme l’a déclaré le créateur Demna Gvasalia. En témoigne le casting qui était composé à la fois de mannequins et de gens ordinaires de tout âge. Une façon de remettre en cause l’ordre établi et de nous faire espérer un monde meilleur dans lequel chacun peut prendre le pouvoir par le vêtement.

Balenciaga SS20
Balenciaga SS20

C’est chez Givenchy que les femmes ont elles repris le pouvoir notamment grâce à des bustiers pensés comme des armures ou à des ensembles de cuir monochromes qui protègent le corps. Une façon de s’emparer des codes et concepts du minimalisme pour mieux se les réapproprier et les retravailler comme chez Lemaire où on a une fois de plus assisté à un show efficace mettant en avant l’élégance naturelle grâce à des vêtements simples mais sophistiqués (trench fluide, ensemble chemise-veste-pantalon ton sur ton, justaucorps sous pardessus). Le tout sans jamais tomber dans le too much mais suffisamment élaboré pour se faire remarquer. Un parti pris semblable à celui d’Hermès qui a choisi cette saison des silhouettes aux lignes droites pleines de finitions et de détails jamais surfaits promettant une grâce naturelle.

Alors que Miu Miu a choisi de répéter et décliner la même silhouette afin de signifier l’importance du less is more (et aussi notre capacité à réutiliser et recycler nos vêtements), Chanel a opté pour une collection à la beauté plus simple et moins chargée qu’à son habitude. Les silhouettes sont plus légères, plus modestes, plus sages : combinaisons short en tweed, jupes à volants roses, pulls marins, jeans, mini-shorts noirs portés sur collants opaques. Un look tout droit sorti des icônes du cinéma de la Nouvelle Vague (Bardot, Jean Seberg, Anouk Aimée) où le vêtement du quotidien sobre, presque naïf, met en valeur les filles et les femmes sans show-off et sans fioritures.

Inviter au calme et à la légèreté

Avec l’annonce de l’absence de Virgil Abloh au show Off-White, on ne savait pas trop à quoi s’attendre. Puis finalement tout était logique. Ressentant la nécessité de lever le pied et de ralentir la cadence pour se concentrer sur l’essentiel (c’est ça aussi rêver d’un monde meilleur), Virgil a proposé une collection aux silhouettes claires et minimales, simples, avec des tons sages qui évoquait une certaine sérénité à l’inverse de ses précédentes collections.

Loewe SS20
Loewe SS20

Alors que le label berlinois Ottolinger s’est inspirée de la nouvelle “The New Year Train” de l’écrivaine chinoise Hao Jingfang pour présenter une collection invitant à s’adonner au plaisir de la relaxation et de la contemplation, Loewe (sous la direction de J.W Anderson) a proposé une vision “aristocratique et poétique” de la mode avec une collection composée de mousseline fleuries, guipures, volants arlequins ou crinolines carrées. Un défilé tout en calme et légèreté à l’ambiance semblable à celle ressentie chez Alexander McQueen. Pour l’ambiance sonore, la maison britannique a choisi le son des vagues qui se cassent sur le rivage comme pour annoncer une méditation sur fond d’évasion et la nécessité de prendre le temps de se calmer et de contempler ce qui nous entoure.

Cette initiation s’est aussi illustrée chez Thom Browne où des Marie-Antoinette du 21e siècle shootées à la sérotonine ont pris possession de l’École des Beaux-Arts de Paris en marchant doucement sur un parterre de fleurs en papier accompagné par le chant des oiseaux et en regardant l’ère ébahi toute la salle de bas en haut. Histoire de nous dire que nous aussi, on aura droit à nos moulures au plafond.