Fishbach remporte les "victoires de la musique" indé

Lundi soir à la Cigale, la chanteuse Fishbach a remporté le Prix "album révélation" pour l'opus "A ta merci" que Mixte attendait depuis... son premier E.P. La seconde édition du Prix des Indés entend soutenir la production indépendante (c'est-à-dire hors Universal-Sony-Warner) qui représente aujourd'hui 80% de la production musicale française.
Fishbach en 2015, à l'occasion de la sortie de son premier E.P. - Photo : Yann Morrison.
Fishbach en 2015, à l'occasion de la sortie de son premier E.P. - Photo : Yann Morrison.

Retour en 2015. C’est une jeune femme de 24 ans détendue et souriante que l’on rencontre dans les loges du Trianon, avant qu’elle n'ouvre le concert de Feu! Chatterton. Il lui faut bien cette fraîche candeur pour ne pas se laisser engluer dans les comparaisons récurrentes à la pop 80’s des Catherine Ringer ou Desireless dont on l’affuble sans cesse. Même si cette période musicale l’a bercée, ses références sont plus vastes. La Normande, qui a grandi dans les Ardennes, cite “le métal, la techno dure, des musiques violentes et tristes”. Un certain lignage industriel franco-belge, qui puise jusqu’à la cold wave de Deux ou Front 242, dont on sent bien l’influence dans la rythmique mécanique de “Night Bird (Petit Monstre)”, réinterprétation de Bernard Lavilliers à l’adresse d’un amant réprouvé. Flora Fischbach n’a eu à ôter qu’un c à son nom patronymique pour en faire son avatar scénique, comme pour mieux se mettre à nu, sans triche. Un clin d’œil aussi “au poisson, qui remonte le ruisseau à contre-courant”, comme elle revient à la source de la pop hexagonale. L’ingénieur du son renommé Stéphane “Alf” Briat n’a rien réenregistré des maquettes de la chanteuse, pour “garder son petit bouillon”. Sa voix aux reflets métallisés vrombit en s’éraillant ou campe des graves théâtraux. Sur scène, elle électrocute son physique de liane, incarnant seule et avec intensité les paroles de sa chanson “Tu vas vibrer”, “comme un chat dans une caisse”. Deviendra-t-elle l’égérie d’une génération qui a su digérer l’héritage francophone de trois décennies, avec lequel ses prédécesseurs n’ont pas toujours su comment se débattre ? Elle cite Bagarre ou Mathilde Fernandez, qui, selon elle, “est la nouvelle Catherine Ringer” et qui reprend Mireille Mathieu tout en convoquant Kate Bush ou Nina Hagen. Cette génération ne refuse plus le romantisme grandiloquent vers lequel la pousse l’époque. Fishbach lui tort passionnément le cou, et nous arrache le cœur avec délice. 


Deux ans plus tard, le 16 octobre 2017, le jury du Prix des Indés, présidé par Didier Varrod (France Inter), lui décerne le prix de l'album révélation pour l'opus "A ta merci". Elle faisait face, dans sa catégorie, au rappeur Lomepal pour "Flip" et au duo Polo & Pan pour "Caravelle".

Fishbach est en tournée (France et étranger) et jouera le 27 octobre 2017 au Bataclan.