Portfolio : For the love of you(th)

À Londres, le Museum of Youth Culture, tout premier musée de la photographie dédié à la jeunesse, a ouvert ses portes. Sa cofondatrice Lisa Der Weduwe nous raconte, portfolio à l’appui, la genèse de ce projet qui, à travers des milliers d’images d’archives, a choisi de rendre hommage aux différentes contre-cultures modes, sociales et musicales.
 Parsloe, symond and kelly on the pier, Hi Wycombe, uk, 1980s, by Gavin Watson
Parsloe, symond and kelly on the pier, Hi Wycombe, uk, 1980s, by Gavin WatsoN

Un punk aux cheveux blonds peroxydés qui sourit toutes dents dehors, des mods ultra-sapés présentant leurs meilleurs accessoires, des b-boys qui posent fièrement devant leur voiture au pied d’une tour de leur cité ou des clubs kids gays en pleine soirée à Ibiza : les images du Youth Club Archive sont un véritable trésor visuel, témoin des différentes sous-cultures apparues depuis les années 60 jusqu’à nos jours. Passionnée par la riche histoire des mouvements undergound au Royaume-Uni, la photographe Lisa Der Weduwe s’est spécialisée dans la photographie documentaire et sociale après avoir débarqué à Londres au début des années 2010 pour suivre des études à l’Université de Westminster. Lisa, qui a elle-même fait partie de la jeunesse Emo durant son adolescence, a rassemblé depuis 2015 une collection de photographies digitales et physiques qu’elle présente aujourd’hui sur internet et bientôt au sein d’un véritable musée. Ces derniers mois, le Youth Club Archive, le collectif derrière le projet, a lancé une campagne de crowdfunding dans le but de réunir suffisamment d’argent pour ouvrir le premier Museum of Youth Culture : un lieu qui offrirait enfin aux contre-cultures qui ont marqué notre temps la place qu’elles méritent. 

 Clubbers hang out backstage before a fashion show at Flesh, the gay night at the hacienda, manchester, by Peter Walsh
Clubbers hang out backstage before a fashion show at Flesh, the gay night at the hacienda, manchester, by Peter Walsh

Mixte. Comment est né le projet du Museum of Youth Culture ? 

Lisa Der Weduwe. L’idée d’un musée de la photo dédié à la jeunesse a pu prendre forme grâce au Youth Club Archive de Londres, qui, au cours des deux dernières décennies, a connu plusieurs métamorphoses. Tout a commencé par l’archivage du magazine culte de la contre-culture des années 1990, Sleazenation – un titre créé par notre directeur et fondateur Jon Winstead – qui s’est efforcé de documenter la scène rave avant d’élargir son champ à d’autres mouvements. Jon était toujours à la recherche de photos se concentrant sur la jeunesse et il s’est vite rendu compte que personne n’avait encore commencé à préserver cette histoire. Alors il a fondé le PYMCA (Photographic Youth Music and Culture Archive) en 1997, une sorte de bibliothèque d’images, qui pendant près de 20 ans a rassemblé plus de 200 photographes et créatifs qui avaient tous documenté cette culture de la jeunesse. 

Demon boyz, london, uk, 1980s, by Normski
Demon boyz, london, uk, 1980s, by Normski

M. Quand avez-vous rejoint le projet d’archives de Jon ? 

L. D. W. En 2015, ses archives comprenaient une collection incroyable de plus de 70 000 photographies. C’était donc le moment d’envisager quelque chose de plus grand. J’ai rejoint le projet à ce moment-là, peu de temps après que nous soyons devenus une association à but non lucratif – désormais dénommée Youth Club Archive – dans le but d’ouvrir un jour le Museum of Youth Culture. Depuis, notre mission a été de préserver, célébrer et raconter cette histoire inouïe et de défendre la créativité et l’ingéniosité des jeunes à travers l’expression d’eux-mêmes. Nous croyons que la culture de la jeunesse a besoin de son propre espace dédié à toute cette forme spécifique d’héritage, un lieu à propos des jeunes et pour les jeunes. 

 Young man relaxing on a recliner next to a pool at a hotel, by rebecca Lewis
Young man relaxing on a recliner next to a pool at a hotel, by rebecca Lewis

M. Comment qualifieriez-vous le lien qu’entretient le Royaume-Uni avec les cultures underground ? 

L. D. W. Le Royaume-Uni a indéniablement une riche histoire liée aux contre-cultures et mouvements underground qui ont inspiré toutes les formes de jeunesse à travers le monde. Je crois que le sens de la rébellion et le combat du système ont toujours fait partie de la construction sociale du pays. Le fait que ces mouvements liés à la jeunesse aient pu naître et se développer montre une grande tolérance de la part de la société britannique, que nous devrions embrasser et célébrer. 

M. Quels sont les futurs projets du Museum of Youth Culture ? 

L. D. W. Nous allons ouvrir le premier musée physique d’ici 2023, même si personnellement je crois qu’il sera inauguré bien avant. Les gens ont vraiment compris la nécessité d’un tel espace. Notre intérêt pour l’année à venir est de développer encore plus le projet et d’y associer le plus de gens possible. Notre autre grand projet est Grown Up In Britain, qui consistera à demander aux gens de nous soumettre leurs propres photographies racontant l’histoire de leur jeunesse. Ces images d’eux, de leurs parents, de leurs grands-parents, feront partie intégrante du Museum of Youth Culture. Pour cela, nous voyagerons dans tout le Royaume-Uni et travaillerons avec de nombreux partenaires pour récolter le plus d’images possible et inviter le plus grand nombre de gens à participer.

Group of men in a cafe, UK, 2000s, by Rebecca Lewis
Group of men in a cafe, UK, 2000s, by Rebecca LewiS

www.museumofyouthculture.com