It-girls en capuche, la dernière tendance des défilés

C’est la nouvelle tendance fashion street. Sous l’influence des créateurs, le hoodie, icône sporty de la fringue s’il en est, s’est affranchi de son image masculine un brin rebelle et parade dans tous les shows.
marques almeida automne-hiver 2016
marques almeida automne-hiver 2016

Vous n’avez pas pu y échapper : le hoodie, ou sweat à capuche, est partout. Sur les épaules des filles qui dictent la mode, sur les podiums des défilés qui buzzent, sur les comptes Instagram qui collectionnent les clics, sur la tête de Kanye West comme un doigt d’honneur aux paparazzis, et même dans le clip Formation de Beyoncé où un jeune homme noir encapuché danse devant une rangée de policiers, hommage au mouvement Black Lives Matter qui dénonce les violences des forces de l’ordre envers la communauté afro-américaine.

De Rita Ora, qui porte le hoodie ajouré qu’elle a conçu pour Adidas, au mannequin trans en vogue Hari Nef pris en flagrant délit de capuche à la dernière fashion week de New York, en passant par Gigi Hadid, Karlie Kloss, Kendall Jenner, Alessandra d’Ambrosio, ou Lily Rose Depp, c’est un peu comme si tout l’annuaire des filles stylées de Hollywood s’était passé le mot et avait cédé à ce basique capable de casser avec élégance un look un poil trop glamour. Un retour de flamme qui ne doit rien au hasard, mais plutôt à une poignée de jeunes designers turbulents appliqués à bousculer les codes du luxe à l’instar de Vetements, Hood by Air, Gosha Rubchinskiy, Koché ou Wanda Nylon qui, certainement parce qu’ils ont grandi avec, prennent un malin plaisir à déconstruire ce basique du vestiaire unisexe.

Du sportif au rappeur

Inventé en 1930 par les frères Abraham et William Feinbloom – qui, plus tard, créeront Champion, marque culte du sportwear – le hoodie est, au départ, une pièce purement fonctionnelle conçue pour tenir chaud aux athlètes après l’entraînement, un vêtement fait pour garder au maximum la chaleur corporelle, d’où les manches et la taille resserrées, mais aussi la capuche, protection supplémentaire. Vêtement de sport adopté rapidement par les ouvriers qui travaillent en extérieur, le hoodie acquiert son statut d’uniforme jeune et rebelle – ses futures lettres de noblesse en somme – à partir des années 70 en devenant l’obligé de la culture rap qui bourgeonne sur la côte Est des États-Unis, accompagnant par sa souplesse les figures sophistiquées des danseurs de hip hop et permettant aux premiers graffeurs de préserver leur anonymat. À la même période, à l’Ouest, du côté de Los Angeles, c’est la génération naissante des skateurs qui en fait son signe de reconnaissance, pratique pour se glisser incognito dans des spots privés où assouvir sa passion de la glisse urbaine. 

Insolence et rebellion

Dans les 80’s, la mode, qui n’a pas perdu de vue le côté générationnel et basique du hoodie, ni sa consécration mondiale via la saga Rocky, se l’approprie. Tommy Hilfiger et Ralph Lauren démocratisent la capuche – interdite alors dans les écoles, les centres commerciaux et les boîtes de nuit –, adoucissent son côté gangsta et la transforment en basique pour étudiants preppy qui traquent les codes du cool urbain. Mais c’est sans compter sur le pouvoir de rébellion du hoodie, qui, dans un sursaut d’insolence, s’impose dans les années 2000 comme l’uniforme des dissidents et des marginaux, des manifestants d’Occupy Wall Street aux Black Blocs, des Anonymous d’internet aux casseurs de CRS, comme l’une des plus belles diversions aux caméras de surveillance qui planent désormais au-dessus de nos têtes. Rebelle un jour, rebelle toujours, même Mark Zuckerberg, demi-dieu de la culture digitale, fera les frais de l’image sulfureuse de cette icône pop de la fringue, déclenchant un hoodiegate pour s’être présenté en 2012 face aux très cravatés financiers de Wall Street avec son indétrônable sweat à capuche, nouveau costard de l’ère digitale. 

Déconstruction et féminisation

Depuis plusieurs saisons, la mode traversée par des préoccupations plus sociales, politiques et militantes, en adéquation avec l’époque, a décidé de mettre son grain de sel dans la capuche, la féminisant à outrance, l’hybridant avec des matières plus nobles, jouant sur les proportions, étirant les manches comme des élastiques ou détournant les logos cultes du sportwear. Marques Almeida oversize le hoodie jusqu’à le transformer en robe, Y/Project le fait marcher de guingois en lui enlevant une manche, Moschino le change en uniforme gothique, Michael Kors le glisse sous un tailleur-jupe, Koché le pare de broderies, Hood by Air en fait son leitmotiv et Chanel une doudoune à la fois so chic et pratique pour l’hiver, tandis que Vetements lui offre sur un plateau d’argent une nouvelle silhouette en déformant à outrance cette pièce bien plus complexe qu’elle n’en a l’air. Bref, impossible d’y résister.

C’est certainement cette hyperféminisation d’un vêtement conçu à la base pour un vestiaire masculin qui explique ce nouvel attrait pour le hoodie, son omniprésence sur tous les podiums de l’hiver prochain et son aura auprès des filles qui ont le style dans la peau. Il suffit alors de se souvenir d’un cliché Instagram de Rihanna se prélassant au bord d’une piscine vêtue seulement d’un hoodie Vetements XXL, et s’imposant comme l’incarnation du féminisme 2.0, pour réaliser que, de même que le smoking et le pantalon en leur temps, le hoodie est en train de se faire accepter tout doucement – à la manière d’un bon flow de rap – comme la petite robe noire du sportswear.