Jaden Smith et son combat pour l'environnement

Interview exclusive. Extension d'un univers musical apocalyptiquement mélancolique, le vêtement est l'occasion pour lui de faire passer un message engagé sur l'égalité des sexes et l'environnement. Le fils de Will Smith se livre sans fard sur sa vie, exprimant au passage un point de vue radical et singulier sur la mode.
G-Star RAW + Jaden Smith Forces of Nature, Jaden Smith in black.
G-Star RAW + Jaden Smith Forces of Nature, Jaden Smith in black.

Mixte Le film qui met en scène votre collab avec G-Star vous montre en train de coudre. La machine à coudre est-elle le nouvel accessoire indispensable à tout Millenial qui se respecte ? 

Jaden Smith Je pense que la fripe, le fait de réparer ses vêtements et tout ce qui est de l'ordre du rafistolage sont le futur du vêtement. Pour illustrer la vision que j'avais de cette collection, j'ai utilisé une machine à coudre et j'ai pu faire exactement ce que je voulais tout en cherchant un moyen de combiner cette vision avec celle de G-Star. Au final, nous sommes arrivés à quelque chose de vraiment très beau. 

M.  Vous étiez récemment à Paris pour remettre un prix au LVMH Prize, vous êtes ami avec Nicolas Ghesquière et vous travaillez dorénavant avec G-Star. Pour vous, la mode est-elle un sixième sens ? 

J.S. J'essaye de traduire ce que je ressens d'une certaine façon mais les gens ne comprennent jamais que ce qu'ils veulent entendre, et ne prennent avec eux que ce qu'ils veulent bien emporter. Alors j'essaye de faire passer le message à travers la mode. C'est le moyen le plus simple pour que les gens se disent : "Ah oui, il essaye de créer une harmonie entre deux énergies, l'une masculine et l'autre féminine, c'est son travail et on le voit à l’œuvre." Je n'éprouve pas le besoin d'expliquer pourquoi je le fais et je n'oblige pas les autres à faire pareil. Je fais ce que j'ai à faire sans priver personne. 


M. Comment avez-vous abordé le développement de cette collection ? Est-elle née d'une idée que vous aviez déjà en tête ? 

J.S. Pour moi, l'inspiration de la collection est complètement tournée vers la nouvelle génération et de ses différents genres de groupes dont on parle en ce moment. Ceux qui se sentent prêts à prendre le risque de s'habiller comme dans le futur, d'aller à l'école et de passer pour un intrus alors qu'il a juste un look cool. Et ce que je voulais faire, à travers le thème 'Forces of Nature', c'était de rappeler que la nature existait, que l'on pouvait s'y promener et en profiter tant qu'elle était là. Selon toute vraisemblance, il existe des animaux sur terre que les enfants d'aujourd'hui n'auront jamais la chance d'observer avant leur extinction. Alors c'est important de sortir de chez soi et de pénétrer la nature. Vous savez, le futur est plus que jamais incertain si nous continuons sur cette mauvaise route. Quand les oiseaux auront disparu, les enfants n'entendront plus leur gazouillis dans leur quartier et ne sauront pas à quoi ressemble la douleur d'une piqûre d'abeille. J'encourage tout le monde à faire l'expérience de tout ça avant que le monde ne ressemble à une ville immense et sans arbre. 

M. Avez-vous toujours été sensible au problème de l'environnement ? Comment y avez-vous été sensibilisé ? Quelle étape éco-responsable avez-vous franchi et quels changements avez-vous personnellement actés dans votre vie ? 

J.S. J'ai commencé à prendre conscience de tous ces sujets vers l'âge de dix ans, je dirais, à travers ce qu'on apprend sur l'environnement à l'école. Et c'est en devenant conscient de ce qui se passait, de notre impact, de tous les problèmes auxquels nous sommes confrontés, de cette situation incontrôlable face à laquelle tout le monde ne réfléchit pas forcément comme il faudrait. C'est comme si on nous avait toujours menti parce que ce n'était pas une priorité pour nous d'en entendre parler ou que notre éducation en tienne compte. Je faisais beaucoup de surf quand j'ai commencé Just (entreprise proposant de l'eau éco-responsable qu'il dirige avec son père, ndlr) ; c'est à cette époque que le vrai choc a eu lieu.

M. Pourquoi est-ce si important pour vous d'utiliser votre impact et votre influence au service de telles questions ? A part l'environnement, quelles autres causes vous tiennent à cœur ? 

J.S. La crise environnementale que nous traversons est quelque chose qui me parle particulièrement, et nous en apprenons tous les jours sur les nouvelles manières qu'elle a de nous toucher, de nous affecter, alors que l'on vient d'apprendre, par exemple, que 35 lieux différents viennent d'atteindre leur record de chaleur jamais enregistré. Commencer à travailler sur Just fut vraiment quelque chose d'incroyable pour moi parce que je me sentais quotidiennement coupable de boire de l'eau, et je me disais que ce n'était pas possible alors que je ne faisais que boire de l'eau ! L'eau est quelque chose de sain. Cela ne devrait pas être mauvais pour la planète de simplement boire. Les déchets sont un vrai, vrai problème dans le monde, même s'il ne participent pas au réchauffement climatique. Ce qui augmente la température, c'est la fabrication de plastique et l'industrie des bouteilles. Les émissions de CO2 responsables du réchauffement se retrouvent dans nos déchets. Elles sont au centre de la question. Avec Just, je suis content qu'on l'ait réduit nos émissions de 74% et que cet effort augmente, ce qui est spectaculaire. Quant au dernier grand changement que j'ai fait dans ma vie et qui va dans le sens de l'eco-responsabilité et de la durabilité, c'est d'acheter des meubles en plastique recyclé. C'est comme si, on va dire, de 100 à 200 bouteilles allaient dans une chaise. Alors, si vous avez une dizaine de chaises, cela veut dire que vous avez recyclé l'équivalent de votre consommation annuelle. 

M. Votre collection pour G-Star s'intitule "Forces of Nature". Quels sont les paysages ou le genre de spectacles qu'offre la nature qui vous a influencé ? Préférerez-vous les villes ou la nature à l'état sauvage ? 

J.S. Les deux. J'ai grandi dans une région très montagneuse, avec ses arbres, ses collines, et cela a toujours participé du cadre esthétique dans lequel j'ai toujours aimé grimper, traîner. Le denim est d'ailleurs super pour ça : vous pouvez aller vous poser sur une colline rocailleuse, la matière vous protège des insectes et du reste. 

M. Vous dites ne faire aucune distinction entre le homme et femme, et l'on vous voit d'ailleurs souvent en robe ou en jupe. Pensez-vous que la société n'est pas assez tolérante en termes de mixité ? Pensez-vous que élargir l'horizon de certaines personnes en promouvant cette fluidité du genre ? 

J.S. Le monde s'alimente de différentes énergies et dans un équilibre entre le masculin et le féminin. Même quand on parle de géométrie, de ronds et de carrés, et que l'on cherche à construire quelque chose. On cherche toujours un équilibre entre... une énergie masculine dans les lignes droites, et une énergie féminine qui s'exprime dans les courbes. L'équilibre est à trouver entre les deux, qu'il s'agisse de créer une structure ou un vêtement. Je me reconnais à tous niveaux entre ces différentes énergies ; la vie n'est faite que de ça, à mon avis. C'est ce qui traverse nos relations amoureuses, cet équilibre. C'est ce qui saute aux yeux du monde aujourd'hui, et pas seulement dans la mode. Et cela voyage à travers moi et à travers la mode parce que je surfe sur l'air du temps, je m'intéresse aux nouveaux courants et aux nouvelles vibrations qui agitent le monde.