"Garder la main que ça ne t’échappe pas"

Juliette Armanet confirme au centuple les espoirs qu’on avait placés en elle dès la sortie de son premier EP. A l'occasion de la parution de son album « Petite Amie », concentré de douze titres qui donne envie de chanter à tue-tête, l'interprète s'est passée la bague au doigt le temps d'un shooting joaillerie inédit réalisé par Bertrand Le Pluard.
Dormeuse en or jaune serti de nacre, bagues Serpent Bohème en or jaune serti de diamants, nacre, citrine Boucheron, Body à col roulé en coton Wolford. Photo : Bertrand Le Pluard. Coiffure : Rudy Marmet @ Call My Agent. Maquillage : Khela  @ Call My Agent. Assistante styliste : Heidi Jean Feldman. Assistante maquilleuse : Jay Kwan. 

Mixte On dit que tu redonnes ses lettres de noblesse à la variété, justement c'est quoi pour toi la variété ? 

Juliette Armanet J’ai l’impression que c’est un mot français pour parler de pop, pour moi ce sont surtout des chansons populaires qui accompagnent le quotidien aussi bien quand tu vas acheter ton jambon au supermarché que lorsque que tu pars en vacances. Une sorte de musique universelle et accessible, mais qui ne renonce pas pour autant à l’élégance, ni des paroles, ni des mélodies, ni du propos.

M. Tu as beaucoup écouté de variété ? 

J.A. Surtout beaucoup de classique et de jazz, après je n’ai pas l’impression que mes parents m’aient initié à la variété, même si je me souviens qu’on a beaucoup écouté ensemble l’album Rockollection de Laurent Voulzy à sa sortie. En fait, je me suis initiée à la variété toute seule en écoutant Nostalgie, Chante France, et bien sûr Chérie FM. J’aime beaucoup ces radios que tu mets à fond et qui te permettent de chanter à tue-tête dans ta cuisine.

M.
Si tu n'avais pas composé de variété, tu aurais fait quoi ? 

J.A. Peut-être des musiques de film, j’aime la musique qu’on entend dans les Sautet ou les Chabrol, ces grandes mélodies très mélodramatiques un peu à la George Delerue. Les bandes originales c’est quelque chose qui m’a toujours attiré, mais en même temps j’aime le texte, écrire des paroles et le format chanson. C’est très exigeant d’essayer de raconter une histoire en deux ou trois minutes, et surtout une histoire dans laquelle les autres vont pouvoir s’identifier. Ça doit rester intime et sincère.


M.
Justement tu écris comment ? 

J.A. Assez vite en général et c’est toujours autour de mon piano que ça prend forme. Je me mets au piano, je commence à improviser jusqu’à ce qu’une mélodie pointe le bout de son nez et d’un seul coup je commence à mettre des mots dessus de manière assez inconsciente. Tu as des mots qui t’accrochent, tu fantasmes le truc et ensuite ça vient assez vite. Une bonne chanson ça doit s’écrire rapidement, deux jours maximum, si tu y passes trop de temps c’est que c’est mort. Ce sont les arrangements qui prennent du temps. Le texte et la mélodie ça doit rester de l’ordre de la fulgurance et de l’émotion. C’est assez émouvant d’écrire une chanson en fait, tu te mets dans des états bizarres, le truc c’est de garder la main que ça ne t’échappe pas.

Bague Serpent Bohème en or jaune serti de nacre Boucheron. Extrait de la série Remi(x) parue dans le nouveau numéro de mixte n°19 "stand up! La mode s'engage", mai 2017, en kiosque.

M. Tu es douée pour la rime décalée...

J.A. Ah, mais j’ai toujours mon petit dictionnaire des rimes à portée de main ! J’aime beaucoup jouer  avec les associations d’images, des fois ça donne des petites phrases bizarres, un peu comme des collages surréalistes, comme plaquer une moustache sur un bidet. J’aime beaucoup jouer  avec les associations d’images, il faut rester dans le divertissement si tu veux émouvoir les autres.

M. Pareil avec tes visuels souvent très décalés en collaboration avec l'artiste contemporain Théo Mercier

J.A. Théo amène énormément de choses dans le projet qui est aussi très visuel, toutes les images sont pensées et travaillées et ça prend du temps, l’idée c’est justement de ne pas avoir un visuel trop premier degré, rester populaire mais exigeant, ne pas faire du Carrefour quoi ! Je joue la carte kitch, mais j’ai l’impression que c’est une forme de pudeur, une manière de laisser entendre que ma démarche est sincère sans que je me prenne trop au sérieux non plus et tout en gardant un paravent histoire de ne pas me dénuder trop, juste laisser entrevoir. J’ai parfois peur que les spectateurs pensent que mon projet est méga-déprimant car je parle pas mal d’amours perdus, d’amours éperdus, d’éperdus perdus… A une période, je redoutais de faire chialer les gens dans mes concerts. J’apprends avec le temps à consentir à l’émotion, à ne plus avoir peur de chanter sans forcément faire rire, mais j’avoue avoir un peu de mal. (Rires)

M. L'accueil autour de ton album est dithyrambique, comment tu abordes le succès ? 

J.A. C’est génial et je suis d’abord contente pour toute l‘équipe qui m’entoure car on a travaillé comme des fous sur ce disque. J’ai été hyper chiante mais j’ai eu raison ! C’est généreux et ample comme accueil et c’est génial d’avoir autant bossé pour récolter tous ces messages d’amour, ça me donne de l’élan. Celui de partir en tournée, de faire vivre ce disque même si ça me fait aussi un peu peur. Mais je trouve beau d’imaginer tous ces gens qui marchent dans les rues avec mes chansons dans les oreilles, c’est aussi agréable qu’elles ne m’appartiennent plus, qu’elles sortent de ma chambre d’ado, que les gens se les approprient. En concert, quand je vois le public qui connaît mes chansons par cœur, je suis très émue.

M. Te voilà prête pour les lipdubs sur Youtube ? 

J.A. Mais il y en a déjà ! Ce que je préfère ce sont les gens qui m’écrivent « J’aime pas beaucoup cette phrase dans la chanson, vous pourriez la modifier s’il vous plait ? » ou ces messages ultra premier degré « Merci pour ces mots ». Mais le plus drôle, c’est quand on m’écrit pour me demander des conseils conjugaux parce que mes chansons parlent d’amour. Ils doivent me confondre avec Macha Béranger ! « Allo, c’est Macha. La voix de la nuit. » D’une certaine manière c’est rassurant, si jamais le disque ne marche pas, je pourrais toujours me reconvertir en conseillère conjugale.


M.
Parmi tes influences, on retrouve William Sheller, Véronique Sanson, Michel Berger, Christophe. On en oublie ? 

J.A. On cite souvent mes influences françaises, mais on oublie tout le côté anglo-saxon de ma musique, les grandes envolées californiennes. J’ai beaucoup écouté Pink Floyd, mais aussi Alan Parson Project, Fleetwood Mac et même les Bee Gees ou Supertramp. Et puis il y a Barbara qui m’a beaucoup touché, le rapport au piano, mais surtout sa liberté de chant qui fait qu’elle est totalement impossible à reprendre. Cette manière de s’exprimer par la voix et le souffle, c’est tellement elle. C’est une source d’inspiration sans pareille. (Sa reprise de L'Aigle noir, extrait de l'album hommage Elles & Barbara, réalisé par Edith Fambuena, est à écouter ici.) 

M. Il paraît que Véronique Sanson t'a appelé ? 

J.A. Ah oui j’ai eu "Véro" au tél ! C’est le journaliste Didier Varrod qui  m’a fait ce très beau cadeau. Il m’a invité en résidence sur France Inter tous les vendredis pendant un mois dans son émission « Foule Sentimentale » et à la fin il m’a fait un truc un peu à l’américaine : « Juliette, quelqu’un veut te parler au téléphone. » (Elle prend une voix douce et feutrée.) « Allo, c’est Véronique Sanson ». Evidemment j’ai pleuré comme dans un soap américain. J’étais très touchée car elle m’a dit de très belles choses, que c’était un très bel album, très fin et très élégant, que j’étais une personne très fragile qu'il fallait protéger. C’est une sacrée reconnaissance.

Petite Amie, premier album de Juliette Armanet
Album "Petite amie" déjà disponible

Juliette Armanet sera en concert tout l'été et participera au Festival Fnac Live 2017