L'héritage work in progress de Martin Margiela

Sur les vêtements hybrides et multiples de Vetements à Balenciaga en passant par Y/Project, Off-White ou encore Sacai, son influence est omniprésente, qu’elle soit revendiquée ou inconsciente.​ Trente ans après son premier défilé, Paris célèbre Martin Margiela au Palais Galliera et au Musée des Arts Décoratifs. Visite de chantier.
Archive Martin Margiela parue dans Mixte n°58 - octobre 2008
Archive Martin Margiela exclusive parue dans Mixte n°58 - octobre 2008

C’était le 23 octobre 1988. À 16h30. Au Café de la Gare, le premier défilé Maison Martin Margiela pose les bases d’une nouvelle approche conceptuelle du vêtement. Si, à l’époque, le défilé n’a pas l’effet d’un séisme, le recul permet d’admirer aujourd'hui l’ampleur de ses secousses. Au Palais Galliera, jusqu’au 15 juillet, l’exposition « Margiela Galliera 1989/2009 » démontre à quel point le créateur belge né à Louvain en 1957, et diplômé de l’Académie royale des Beaux-Arts d’Anvers en 1980, fut visionnaire. En décalage avec son époque, son travail a défriché le terrain et construit la mode contemporaine. Sur les vêtements hybrides et multiples de Vetements à Balenciaga en passant par Y/Project, Off-White ou encore Sacai, son influence est omniprésente, qu’elle soit revendiquée ou inconsciente. Libéré d’une simple quête esthétique, le créateur a redéfini beaucoup d'usages : dès sa première collection, des répliques de jabots masculins XVIIIème côtoient les bottines Tabi inspirées des chaussettes japonaises traditionnelles. Ailleurs, doublures apparentes et bords francs matérialisent le moment de la confection. 

Au Palais Galliera, la scénographie réalisée par le designer lui-même, en collaboration avec Ania Martchenko, reprend sa chère idée de work in progress. Comme le vêtement, l’espace muséal est laissé à l’état de chantier. En lin brut, les vestes des collections printemps-été 1997 et automne-hiver 1997-1998 réinterprètent le mannequin Stockman. L’outil d’atelier sur lequel est construit le vêtement se fait habit. En blouse de laborantin immaculée, Martin Margiela et son studio dissèquent des pièces préexistantes pour mieux les reconstruire. Lancée en 1990 et inscrite au calendrier de la haute couture depuis 2006, la ligne Artisanale fait du designer un pionnier de l’upcycling. En 1995, c’est au tour de la ligne Replica de voir le jour. Le concept est simple, des pièces sont chinées puis reproduites à l’identique. Leurs défauts conservés. Aussi, son jeu avec les échelles le conduit, pour l’hiver 1994, à reproduire à taille humaine un vestiaire de poupées dont il respecte les disproportions. Pour le printemps-été 1999, une couette détournée en manteau amorce ses recherches sur l’oversize. 

Début mars 2018, aux défilés Richard Quinn et Marine Serre, les visages de mannequins dissimulés sous du tissu rappellent que son incidence sur la jeune création est plus que jamais d’actualité. Mais les apports de Margiela dépassent la seule création pour influer sur l’ensemble des systèmes de mode. Qu’il s’agisse de la diversité du casting ou du choix de lieux atypiques pour défiler. Le 29 septembre 2008, c’était au Centquatre. Dans le XIXe arrondissement de Paris, les anciennes pompes funèbres municipales accueillent le dernier défilé de Martin Margiela pour la maison qu’il a fondé. En 40 passages, la collection printemps-été 2009 résume 20 ans de création et d’innovation. Champagne ! 

Première rétrospective parisienne consacrée à sa propre marque, l’exposition du Palais Galliera s’inscrit dans une série de célébrations. Un an après le MoMu d’Anvers, c’est au tour du musée des Arts Décoratifs de rendre hommage à Martin Margiela. L’exposition « Margiela, les années Hermès » qui vient d'ouvrir, permet au grand public de redécouvrir son travail pour le sellier français entre 1997 et 2003. 

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