L'univers queer et déjanté de Patrick Church

Avec ses œuvres qui personnalisent vêtements et accessoires, le peintre britannique Patrick Church a su créer un trait d’union entre l’art et la mode. De son univers si particulier, mêlant graphisme et érotisme, est née une collection flamboyante. Focus sur un créateur singulier.
Devant le canapé customisé par patrick Church : Melissa porte un blouson en jean “Sex Diary”, Bernice un blouson vintage et un pantalon en cuir “Anastasia”, Isaac un caraco “Lavinia”. Derrière : Jamie porte un body “Tiffany”, Patrick un pantalon en cuir “Get In Line”, Cory un tee-shirt “Hold Me”, Brooks un costume “All Over Me”. Au dernier rang : Vadim porte une brassière “Amber”, Matthew un hoodie “Between Dreams”, Matthew Tierney un bas de pyjama “Baby”, Adriel une chemise “I Cry For You” en denim.
Devant le canapé customisé par patrick Church : Melissa porte un blouson en jean “Sex Diary”, Bernice un blouson vintage et un pantalon en cuir “Anastasia”, Isaac un caraco “Lavinia”. Derrière : Jamie porte un body “Tiffany”, Patrick un pantalon en cuir “Get In Line”, Cory un tee-shirt “Hold Me”, Brooks un costume “All Over Me”. Au dernier rang : Vadim porte une brassière “Amber”, Matthew un hoodie “Between Dreams”, Matthew Tierney un bas de pyjama “Baby”, Adriel une chemise “I Cry For You” en denim. Photos : Chelsy Mitchell. Réalisation : Patrick Church. 

Il a récemment quitté Londres pour New York après un coup de foudre et une union express. Mais Patrick Church a aussi vite su fédérer une horde d’adeptes, défiant les limites de la mode via un univers onirique très personnel fait de beauté et d’amour. Mêlant des inspirations aussi diverses que Tracey Emin, Elke Krystufek, Stephen Sprouse ou Heatherette, le créateur a ouvert les vannes d’un mode d’expression qui laisse transparaître émotions et vulnérabilité, sens de l’humour et de la communauté. Après avoir produit des pièces uniques, il se tourne aujourd’hui vers la production en série. Nous l’avons rencontré dans son nouvel atelier à Bushwick. 



la vie à New York 

“Je suis ici depuis un an et demi. Les gens dans cette ville sont si ouverts à la créativité, c’est vraiment stimulant, on a l’impression d’être dans un cocon. On te dit : ‘Vas-y, fais-le !’ Je suis tellement content d’être là. C’est un hasard total : je suis venu à New York, je suis tombé amoureux et je ne suis jamais reparti. Mon mari, Adriel, est mexicano-américain. Il est incroyable, c’est ma plus grande inspiration. (...) Je n’ai jamais eu peur de dire que je cherchais l’amour. Quand d’autres visaient une belle carrière, moi je visais l’amour. Je n’ai jamais pensé que je me marierais si jeune – je n’ai que 26 ans – mais je suis tellement intéressé par les histoires et les expériences. J’ai vécu quelque temps à Paris. D’abord, je me suis installé à Londres – j’ai grandi à la campagne, près d’Oxford – et je me rends compte seulement maintenant à quel point cette vie m’a réprimé, à quel point je me sentais isolé dans mes propres pensées. Ici, je me sens enfin totalement libre d’être qui je suis vraiment. Même à Londres, ce n’était pas possible. J’avais peur tout le temps. Je me suis toujours senti mal à l’aise – mon départ pour Paris était une tentative d’échapper à l’emprise de ces pensées sombres. Mon cerveau part sans cesse en vrille. Je pense que beaucoup de personnes créatives ressentent cela, puisque nous tirons souvent nos propres conclusions.” 

Patrick Church - Adriel porte une chemise et un jean customisés “I Cry For You”.
Adriel porte une chemise et un jean customisés “I Cry For You”.

Les débuts 

“J’ai toujours fabriqué des choses, depuis que je suis enfant. J’utilisais des boîtes en carton. Vers mes 12 ou 14 ans, j’ai décidé que je voulais devenir créateur de mode. J’ai eu une prof d’art exceptionnelle à l’école, qui m’a permis de découvrir la peinture, des artistes comme Elke Krystufek ou Tracey Emin. J’ai toujours adoré la façon dont cette dernière exploite sa propre candeur via des textes-confessions – j’utilise également cette méthode. Ma première exposition a eu lieu à Paris ; quelqu’un l’a vue et m’a proposé d’en monter une à Londres. J’ai travaillé très dur pour la préparer, et toutes les œuvres ont été vendues – un collectionneur m’a acheté douze toiles. C’était en 2015, et l’expo n’avait même pas lieu dans une galerie mais dans un bar à Dalston ! Le résultat a été tellement positif que je me suis dit : ‘OK, peut-être que je peux vivre de mon art’. Via ce collectionneur, j’ai commencé à rencontrer d’autres personnes. Jusque-là, parallèlement à ma peinture, je travaillais comme DJ à Londres, à partir de 2012 environ. Un jour, j’ai peint une veste qu’un ami avait dans sa boutique, elle a été vendue le lendemain. J’en ai customisé quelques autres qui ont été vendues de suite, mais je n’avais pas pris le truc au sérieux jusqu’à cette expo. J’ai toujours eu de l’intérêt pour la mode, c’est pourquoi j’ai décidé de peindre de plus en plus sur des vêtements. Je customisais une pièce et je la postais sur Instagram. Je ne réfléchissais pas en termes de collection, juste au coup par coup, et les pièces partaient. Et puis j’ai rencontré Sir Norman Rosenthal, qui était le directeur de la Royal Academy et un commissaire très reconnu. Il est devenu en quelque sorte mon mentor.” 

amour et inspiration 

“Au même moment, j’ai fait la connaissance de mon mari sur Instagram. On a échangé quelques messages, et immédiatement il s’est passé un truc. Il travaillait dans la mode en Italie en étant originaire de New York. Après deux mois passés à discuter nuit et jour, il m’a dit : ‘Pourquoi est-ce que tu ne viendrais pas me voir ?’ Je suis totalement du genre à partir sur un coup de tête, donc je n’ai pas hésité. À la seconde où on s’est rencontrés, j’ai eu l’impression de le connaître depuis très, très longtemps. C’était en novembre 2016, nous avons passé cinq jours très intenses ensemble. J’ai compris que quelque chose avait changé, qu’il y avait un truc vrai et sacré entre nous. En décembre il m’a proposé de venir le voir à New York, et nous nous sommes mariés en mars ! C’est une très belle histoire d’amour. Il a dix ans de plus que moi. Il a su me sauver de mes propres démons. (...) Dès que j’ai eu mon permis de travail, on a pu lancer la marque. Mon mari a monté le site internet, je travaillais par terre dans ma chambre pour peindre les vestes et les tee-shirts. On ne savait pas trop comment ça allait se passer. Puis Opening Ceremony a acheté la collection, et j’ai compris qu’on était bien partis. On travaille actuellement sur la deuxième et cela se développe de façon exponentielle.” 

Daniel Ray porte un pyjama “Baby” peint à la main et Adriel une chemise en denim “I Cry For You”.
Daniel Ray porte un pyjama “Baby” peint à la main et Adriel une chemise en denim “I Cry For You”.

Le mélange art/mode 

“L’idée de ma marque est de proposer quelque chose de ludique, plein de fantaisie, avec un truc en plus. J’adorais les griffes Heatherette, Voyage, la grande époque Dolce & Gabbana ou Dior, Paris Hilton, cette période où les gens ne se prenaient pas trop au sérieux. Un esprit très flamboyant. Je reçois beaucoup de soutien de la part de la communauté gay, et c’est très important pour moi. J’habille des garçons avec des robes, mais il n’y a pas de message particulier. Je pense que les gens ont le droit de porter ce qu’ils souhaitent, sans se sentir menacés. Je veux que mes vêtements traduisent la force d’être soi et l’excitation. Je ne regarde jamais ce que font les autres, ça me stresse. Je peux être inspiré par un artiste, par la culture pop, par des anciennes photos de célébrités. En ce moment, je suis séduit par l’esprit de Vivienne Westwood dans les années 70, j’adore ce côté do it yourself. Galliano et la haute couture qu’il a réalisée chez Dior aussi. Je prends des éléments de partout : j’aime aller sur Tumblr et m’imprégner de centaines de photos. Je regarde les corps, les portraits. Je glane des bribes et des émotions. J’ai commencé à peindre les Birkin en me disant : ‘Pourquoi ne pas customiser un truc vraiment très cher et me moquer du côté consumériste ?’ C’est assez punk, en fait. Ça me plaît de provoquer des réactions. Je n’ai pas envie que les gens disent simplement : ‘Oh, j’adore ce joli top !’”

Patrick porte une robe “Tiffany”, Bernice une robe customisée “Dreaming”.
Patrick porte une robe “Tiffany”, Bernice une robe customisée “Dreaming”.

Les femmes dans son univers

“Les figures féminines sur mes vêtements me représentent. Je me peins sans cesse, même de façon inconsciente. Je suis très proche de ma propre énergie féminine. Je suis très heureux en tant qu’homme, mais je trouve que les femmes sont bien plus ouvertes en ce qui concerne leurs émotions. Lorsque je peins une femme, j’ai l’impression de pouvoir exprimer davantage de choses que lorsque je peins un homme.”

Bernice porte un blouson vintage customisé et un pantalon en cuir “Anastasia”.
Bernice porte un blouson vintage customisé et un pantalon en cuir “Anastasia”.

Future is Now

“J’apprends à créer au jour le jour et j’essaie de ne pas trop me mettre la pression, car je peux être mon propre et pire ennemi. On ne peut pas tout contrôler. La vie est ce qu’elle est. Quand on est jeune, on est sans cesse sous pression pour savoir ce qu’on fera ensuite, et ensuite. Je pense que l’ère des grands artistes est révolue, car le marché est saturé. Tracey Emin et les autres Young British Artists étaient si créatifs… mais aujourd’hui les jeunes sont trop nombreux. J’ai la chance de pouvoir faire ce que j’aime, alors je suis mes instincts. Ce n’est pas le cas dans tous les domaines de ma vie. Là où d’autres peuvent être si prudents quand il s’agit de leur travail, moi je m’y jette. C’est la meilleure façon de faire.” 

Anaury porte un pyjama “Pieces of You”.
Anaury porte un pyjama “Pieces of You”.

Le casting du shoot Mixte 

“Je voulais présenter ‘la famille Patrick Church’. Lorsque j’organise des castings pour ma marque, j’aime prôner la diversité. Mon amie Jamie Gonzalez est mannequin ‘plus size’, j’adore la confiance qu’elle a en son corps. On dirait une star de cinéma. J’ai rencontré Madame Bernice Pass-Stern quand j’ai peint pour elle un Birkin que son défunt mari lui avait offert. Elle a pleuré lorsque je le lui ai rendu. Elle était si belle lorsqu’elle est venue à ma présentation, je rêvais d’une occasion de shooter avec elle. J’ai évidemment choisi pour le shoot mon mari Adriel Church-Herrera ainsi que mon beau-frère Daniel Ray Herrera, car ce sont les deux personnes qui me sont le plus proches à New York. Cory Walker et Anaury Pena étaient les premiers garçons que j’ai shootés pour ma campagne, ils sont tous les deux tellement photogéniques. Mon ami Isaac Cole Powell, lui, est acteur ; il porte les vêtements d’une façon incroyable. Vadim Shakhov et moi ne nous connaissons pas depuis longtemps, mais nous avons une vraie complicité. Matthew Shoup est mon meilleur ami à New York. Quant à Melissa Mitchell, c’est la sœur jumelle la photographe Chelsy Mitchell, ça me plaisait de les réunir pour cette série. Matthew Tierney est un artiste avec qui je vais faire une exposition, et Brooks Ginnan est juste sublime. Je n’aime pas utiliser des mannequins conventionnels. Ce sont tous des proches, et des gens pour qui j’ai un respect énorme. Je voulais qu’on ait vraiment l’air de s’amuser ensemble dans mon studio.”

Matthew Tierney porte un sac Birkin vintage customisé.
Matthew Tierney porte un sac Birkin vintage customisé.

www.patrickchurchartist.com

Assistante photographe : Vanessa Pla. MAQUILLAGE : Andrew D’Angelo & Tomoyo Pattou. MAnnequins : Chelsy & Melissa Mitchell, Vadim Shakhov, Cory Walker, Isaac Cole Powell, Adriel Herrera, Daniel Ray Herrera, Bernice Pass-Stern, Matthew Shoup, Matthew Tierney, Anaury Pena, Jamie Gonzalez.