La botte Marc Jacobs vue par l'écrivain Régis de Sá Moreira

Pour le Printemps-Été 2017 et sa collection exubérante teintée d’influences rave, Julie Verhoeven a signé des bottes et des sacs pleins de fantaisie, décorés de symboles et de créatures imaginaires. L’univers onirique de ces bottes signées Marc Jacobs pourrait sembler tout droit sorti de l’enfance, comme l’a imaginé notre plume…
Botte Marc Jacobs signée Julie Verhoeven - SS 2017 - Photo : Nicolas Clerc
Botte Marc Jacobs signée Julie Verhoeven - SS 2017 - Photo : Nicolas Clerc

"Bon, les enfants, je ne vais pas m’énerver, asseyez-vous tous les cinq et arrêtez de me regarder comme des idiots, je sais que je ne suis pas beaucoup à la maison en ce moment et que c’est difficile pour vous, mais il faut que vous compreniez que Maman a beaucoup de travail, je vous ai déjà expliqué que deux fois par an c’est Fashion Week… non Jean-Paul, pas “fashoween”, fa-chionne-ouique, la semaine de la mode – les grands vous expliquerez à Jean-Paul ce que c’est la mode – et que, pendant la Fashion Week, Maman est sous l’eau… non, pas à la piscine Sonia, c’est une image pour dire que je travaille tellement que je n’ai pas le temps de respirer… non, je ne vais pas mourir, Coco, ça aussi c’est une image, Maman respire mais elle a beaucoup, énormément, de travail, voilà, et dans le monde de la mode une semaine dure plus longtemps qu’une semaine, avec la préparation et tout, y en a chaque fois pour un bon mois, et je sais que c’est long pour vous, surtout avec votre père toujours en train de faire des photos sur des plages au bout du monde, et que vous m’en voulez de ne pas passer plus de temps ensemble et que la très très grosse bêtise que vous avez faite cet après-midi, c’est votre façon à vous de me le dire, seulement ces bottes, Maman ne les avait encore jamais mises et ça ne me fait pas rire… non Kenzo, ça ne me fait pas rire du tout, Maman est très fâchée, d’autant qu’elle devait les porter demain pour présenter la nouvelle collection, alors je ne vais pas vous demander qui est allé prendre la petite colle et les gros ciseaux dans l’atelier de Papa, qui a découpé les habits dans le dressing de Maman, qui a collé les nuages, qui a collé le monstre vert, qui a collé le bidule qui ressemble à une agrafeuse… ah, c’est un avion, merci Marc, je me doutais que ça venait de toi, bref, pour moi vous êtes tous dans le coup, et c’est pour ça que demain vous serez tous privés de défilé, et que vous irez tous à l’école comme les autres enfants, et que si j’entends la moindre protestation, j’appelle Tonton Karl et c’est lui qui viendra vous garder !"

Régis de Sá Moreira est écrivain. Dernier roman paru : Comme dans un film, éditions Au Diable Vauvert (2016).