Le jour où Louis Vuitton s'est offert une deuxième fondation

A Saint-Paul de Vence, le défilé Cruise Louis Vuitton assumait avec beaucoup de clairvoyance l'impact fondamental des avant-gardes du XXème siècle sur la mode contemporaine. Une manière de rêver le monde et le patrimoine français, incarnée depuis cinq ans par Nicolas Ghesquière.

Nicolas Ghesquière parle d'un "voyage" quand il s'agit de commenter sa présence depuis cinq ans à la tête de Louis Vuitton qui vient de renouveler son contrat. Le voyage, c'est aussi l'objet des défilés cruise qui, en marge des fashion week des grandes villes et de leurs lieux de pouvoir (le dernier défilé Louis Vuitton avait lieu au Louvre), desserrent l'étau des podiums et permettent d'investir des lieux particulièrement inspirants, à l'instar de la célèbre Fondation Maeght qui porte la trace in situ de l'oeuvre de Giacometti, Chagall ou Miro. Sur les hauteurs de Saint-Paul de Vence, le défilé suivait les lignes dessinées par ces longs murs de pierre répondant aux remparts de la ville adjacente. Un sempiternel dialogue entre histoire et modernité qui fait tout le sel créatif des avant-gardes et... de la mode, avec laquelle Nicolas Ghesquière s'amuse plus que jamais. Citons ses drones pour filmer le show, ses collabs renouvelées (et croisées) avec Grace Coddington et Woodkid, ses make-up tranchés (du nude au motif tribal enflammé) en passant par la sneaker-cuissarde que l'on attend de voir portée par Brigitte Macron. Passion des volumes et des coupes courtes, structure et romantisme qui évoquaient les débuts du créateur, qui signait l'une de ses plus belles collections.