Mode : Le retour des aristos ?

Robes à paniers, silhouettes opulentes, rubans, coiffures excessives : et si la mode fantasmait l'esthétique aristocratique de l'ancien régime pour mieux annoncer le retour de la Révolution ?
Thom Browne SS20
Thom Browne SS20

Lors des dernières Fashion Week printemps-été 2020 de New-York, Londres, Milan et Paris, une tendance globale est ressortie des défilés : celle de la noblesse et de l'opulence. Comme si les designers, sentant venir la révolte (c'est qu'ils ont le nez creux), s'étaient mis de concert pour interroger les disparités sociales à travers des silhouettes qui cocottent les privilèges. À New York, le jeune designer Tomo Koizumi a présenté une collection où le hairstyle des mannequins était tout droit sorti d'un mix entre une coiffure punk et les fameuses "poufs" du 18e siècle. Un peu comme si Marie-Antoinette s'était tapée Siouxsie Sioux. Puis, il y avait aussi quelques rubans et manches ballons inspirés des corsages de la Pompadour qui parsemaient ici et là les robes démesurées du créateur, tout ça pendant que les modèles passaient leur temps à se regarder dans des miroirs à l'image des courtisanes de la Galerie des Glaces obsédées par leur apparence et leur propre image.

Tomo Koizumi SS20
Tomo Koizumi SS20

Cette culture de la haute, de la pose maniérée et du port de tête altier s'est aussi retrouvée dans la dernière collection de Rodarte. En lieu et place d'un défilé classique, les créatrices de la marque Kate et Laura Mulleavy ont sorti une série d'images prenant son inspiration dans les tenues et les poses aperçues dans les oeuvres de Franz Winterhalter, portraitiste attitré du gotha européen durant le deuxième tiers du XIXᵉ siècle. L'actrice Kirsten Dunst, qui par le passé a interprété Marie-Antoinette chez Sofia Coppola, a d'ailleurs participé au shooting (coïncidence? Je ne crois pas). Mais c'est surtout à Paris que la tendance de l'âge aristocratique a pris ses lettres de noblesse. 

Rodarte SS20
Rodarte SS20

Un peu partout, la robe à paniers, symbole de la noble ultra friquée, a fait son apparition. Avant d'être popularisée en France, ce modèle de robe trouve son origine à la cour espagnole du 18e siècle (Les Ménimes de Velasquez, ça vous parle ?). Pas étonnant donc que le créateur J.W Anderson à la tête de la maison espagnole Loewe s'en soit inspirée pour sa dernière collection tout comme Thom Browne qui nous a proposé une Marie-Antoinette d'un Versailles 80's, nous ramenant par la même occasion dans ce passé opulent de la fin du 18è siècle, quelques temps avant les soulèvements, l'hégémonie de la guillotine et le règne de la Terreur. Une façon sans doute pour la mode de faire un parallèle plus que nécessaire avec les inégalités sociales actuelles entre une élite totalement déconnectée des véritables préoccupations et le reste de la population qui n'a plus que le pouvoir de manifester son mécontentement (quand il n'est pas réprimé). 

Loewe SS20
Loewe SS20

Le summum de cet excès vestimentaire s'est particulièrement illustré chez Balenciaga. Lors de son défilé qui s'était concentré sur la notion de power-dressing, le créateur Demna Gvasalia a aussi choisi de clôturer son show avec une série de robes énormes à crinoline inspirées par les premières collections historiques de la marque, elles-mêmes conçues par Cristobal Balenciaga à partir des maîtres de la peinture espagnole. Mais Balenciaga ne serait pas Demna sans une critique sous-jacente de notre époque. Avec un peu de recul, ces robes démesurées avaient  tout l'air d'un trolling en règle, une sorte de parodie ambulante de robes de bal pour la haute société, comme celles qu'on voit sur le dos des aristos au bal des débutantes ou sur celui des Kardashians sur tapis rouge.

Balenciaga SS20
Balenciaga SS20

Après tout, quitte à ce que ce système de classes soit renversé et aboli (encore une fois), autant en profiter à fond jusqu'au bout ; un peu comme Kylie Jenner qui, à l'image du faste versaillais et de ses fêtes excessives et dispendieuses pré-révolutionnaires, a récemment fait construire un parc d'attractions grandeur nature pour le premier anniversaire de sa fille Stormy. Elle peut essayer tout ce qu'elle veut, comme dirait feu Francis Blanche dans "Belle de jour", “la classe, ça s'achète pas“.