Le sac Lady Dior Art vu par l'écrivain Régis de Sá Moreira

On connaissait le sac Lady Dior, accessoire phare de la maison depuis 1995. Le voici métamorphosé grâce au projet Lady Dior Art, qui propose à six artistes – trois Britanniques et trois Américains – de transposer leur vision et technique sur son cuir canné. Ici, l’œuvre de l’Anglais Ian Davenport, qui a reproduit des extraits de sa série de tableaux Colorfall. Attention, collector !
Sac Lady Dior. Édition limitée en collaboration avec Ian Davenport. Photo Nicolas Clerc.
Sac Lady Dior. Édition limitée en collaboration avec Ian Davenport. Photo Nicolas Clerc.

Le 24 octobre 2016, aux alentours de 15h, vous sortiez du métro Trocadéro où vous aviez rendez-vous avec votre copine lorsque vous avez avisé sur le trottoir une créature effrayante, blanche et peinturlurée, tenant un objet non identifié, multicolore, avec des lettres en argent qui faisaient ‘gling gling’ à chacun de ses pas. Craignant une menace extra-terrestre, vous avez tout de suite jugé bon de la suivre pour vous assurer que l’humanité n’était pas en danger. La chose est alors montée à bord d’un long vaisseau noir conduit par un géant à lunettes de soleil, vous avez sauté sur un Vélib et les avez facilement suivis à travers les embouteillages. Le véhicule s’est arrêté devant un luxueux café où la créature s’est installée avec deux clones aussi louches qu’elle et quatre mini monstres poilus, tous moins terrestres les uns que les autres. Ne disposant pas de la somme suffisante pour vous payer un café dans cet établissement, vous avez fait mine d’y chercher votre copine et c’est au moment d’en ressortir que vous avez aperçu le machin multicolore faisant ‘gling gling’ posé sur le siège non loin de la porte d’entrée. N’écoutant que votre courage, vous avez préféré prendre le risque de passer pour un délinquant à celui de laisser la planète en péril, et vous vous êtes saisi du bidule avec les lettres en argent avant de déguerpir en courant. Une fois dans l’avenue, vous avez foncé pour l’apporter au commissariat le plus proche et c’est en chemin que vous avez croisé les agents Teixeira et Stéfani qui vous ont interpellé et demandé où vous détaliez avec cet accessoire mal en accord avec le reste de votre tenue, disons décontractée. Vous leur avez confié vos inquiétudes concernant une invasion extra-terrestre de l’ouest de Paris, et votre décision immédiate d’aider les forces de l’ordre dans leur mission de protection de la population. Après examen du contenu (trois rouges à lèvres, deux magazines, un os en plastique, une cigarette électronique ultra-fine, le dernier prix Goncourt, un poudrier, des clefs), les agents Teixeira et Stéfani n’ont conclu à aucun réel danger et vous ont prié de les suivre jusqu’au commissariat le plus proche, celui-là même que vous cherchiez. En dépit des apparences, jamais, pas une seule seconde, vous n’avez eu l’intention de voler un sac Lady Dior à une dame du 8e arrondissement pour l’offrir à votre copine, même si c’est vrai qu’elle adore les trucs pleins de couleurs et surtout ceux qui font du boucan… Rien d’autre à ajouter ?

Régis de Sá Moreira est écrivain. Dernier roman paru : Comme dans un film, éditions Au Diable Vauvert (2016).