Moi (Lescop)

"Il faut savoir peser tout en restant léger, frapper fort tout en étant détendu ; toutes ces choses qui peuvent sembler contradictoires dans la culture occidentale, mais que les arts martiaux t’apprennent à concilier. Le plus difficile, c’est de faire les choses lentement."
portrait jérôme lobato
Lescop porte une chemise en coton bleu ciel ami - portrait jérôme lobato 

“J’aime tous les types de boxe, surtout les pieds-poings. Je pratique le Jeet Kune Do, un art martial syncrétique développé par Bruce Lee sur la base du Wing Chun. Ado, j’ai fait un peu de karaté, mais j’ai découvert les arts martiaux chinois quand j’étais étudiant au Conservatoire d’art dramatique de Bordeaux. On avait six à huit heures de cours par semaine. On pratiquait le San Yi Chuan, un art traditionnel du Sud de la Chine, très interne, basé sur les éléments : terre, métal, eau, bois et feu. À chaque élément correspondent des catégories d’animaux et des typologies d’êtres humains. Tous s’interpénètrent. Mon prof dit que je suis à la fois métal, anguleux et eau. C’est un élément fascinant, l’eau. J’aime la fluidité, celle que Bruce Lee a immortalisée en interview : "You put water in a teapot, it becomes the teapot… Be water, my friend". Les arts martiaux nous apprennent que le déséquilibre fait partie de l’équilibre. C’est l’image du funambule sur un câble : s’il ne bouge pas, il tombe. Il faut savoir peser tout en restant léger, frapper fort tout en étant détendu ; toutes ces choses qui peuvent sembler contradictoires dans la culture occidentale, mais que les arts martiaux t’apprennent à concilier. Le plus difficile, c’est de faire les choses lentement. Ça apporte du relâchement, qui permet la vitesse, puis la force, plus qu’en gonflant les muscles. Dans la musique, tu peux jouer un morceau très intense tout en restant très calme. Regardez Johnny Cash – je prends la country comme exemple parce que c’est un style musical avec toute une tradition, comme les arts martiaux –, il arrive à créer une tension incroyable juste avec sa guitare et sa voix.” 

portrait jérôme lobato
Lescop porte une chemise en coton bleu ciel ami - portrait jérôme lobato

Lescop subjugue par l'intensité des spasmes qu'il assène à la scène française. Son second album, Echo (Pop Noire/Mercury), sort quatre ans après son tubesque La Forêt. Entre les deux, il y aura eu une longue tournée de deux ans ainsi que le temps de l’écriture, prolifique, qui a été accélérée par le rappel à la production de son complice Johnny Hostile, de John & Jehn. Textes, compositions et enregistrement ont été pliés en quatre mois. On y sent l’équilibre de morceaux finement pop, sur des basses rondes sous lesquelles affleure un canevas électronique élégant. Les textes, à la scansion suspendue entre urgence et apaisement, évoquent des chassés-croisés amoureux nocturnes. Lescop attend désormais la scène et ses moments de plénitude, malgré l’énergie qu’elle exige. Un peu comme un combat. 


En tournée jusqu'à la fin de l'année. Concert au Trianon (Paris) le 8 avril 2017.