Loyle Carner, interview de YSL à Z

A l'affiche du prochain Pitchfork, cet enfant britannique de Kanye West mixe récit intime et références 90's. Le succès de son (sublime) premier album Yesterday's Gone, paru en début d'année sur le label AMF Records, le propulse aujourd'hui égérie post-moderne du nouveau parfum Yves Saint Laurent, "Y". Une star du rap soul et confessionnel est née.
Loyle Carner, 2017
Loyle Carner, rappeur et égérie du nouveau parfum Y, Yves Saint Laurent - 2017

Mixte Pourquoi avoir accepté cette campagne ?

Loyle Carner Parce qu’elle illustre beaucoup de mes croyances. Je n’avais jamais été tenté par ce genre de choses parce que je n’avais jamais eu l’impression qu’une campagne me représentait ; jusqu’à celle-ci. Yves Saint Laurent m'a offert le contrôle dont j’avais besoin pour me lancer : l’opportunité de dire ce que j’avais envie de dire, et d’être qui j’avais envie d’être. C’est cool.

M. A quel âge avez-vous commencé la musique?

L.C. Je ne sais pas, quand j’étais très jeune, mais ce n’était pas vraiment un choix délibéré. Ça s’est fait comme ça. Je passais beaucoup de temps chez moi à la maison, j’écrivais des rimes, des poèmes... J’écrivais tout le temps.

M. L'écriture avant tout ?

L.C. Plutôt oui, je m’intéressais à l’écriture en général. Tout jeune, j’écrivais parce que j’adorais les mots et d’une façon ou d’une autre, cet amour a évolué et s’est tourné vers le hip hop. J’ai toujours adoré le hip hop et le rap.

M. Vos textes convoquent beaucoup d’influences 90's. Pourquoi ?

L.C. Pour moi, c’était l’âge d’or du hip hop. Je pense qu’il est né d’une situation difficile, d’un truc presque négatif en fait. Viscéral. Je ne sais pas comment l’expliquer, mais avec le recul, le rap des années 90 semble tellement vrai, tellement réel.

M. Le nouveau parfum Yves Saint Laurent s'adresse aux Millenials. Selon vous, quels critères les définissent ? Vous considérez-vous comme l'un d'eux ?

L.C. Les choses nous sont plus facilement à portée de main, surtout avec les avancées technologiques. Tout est immédiat, instantané. Tout est plus court, notre capacité de concentration a largement diminué. C’est vraiment difficile pour notre génération d’être patient. Mais je pense qu’on s’en sort bien. Nous travaillons dur. Nous avons accès à plus d'outils. Il existe tellement de façons différentes de partager son art et ses centres d'intérêts. C’est quelque chose de très positif.

M. Est-ce que la mode vous intéressait avant de travailler pour Yves Saint Laurent ?

L.C. Oui, mais pas de façon consciente. J’ai toujours aimé être bien habillé et porter des vêtements qui me plaisent. Cette campagne a accentué tout ça. J’ai l’impression de mieux comprendre la mode. Elle a une nouvelle importance pour moi.

M. Votre dernier souvenir en France ?

L.C. Nous avons joué plusieurs fois ici. Notre dernier concert était au Badaboum. On revient jouer au Pitchfork Festival en novembre. 

M. Vous avez grandi dans le sud de Londres. Un mot sur le Brexit ?

L.C. Je déteste les Tories. Les conservateurs sont des cons. Je me sens européen. Je songe à déménager dans un autre pays quand le Brexit entrera en vigueur.

M. Étiez-vous déjà monté sur scène lorsque vous étiez plus jeune ?

L.C. Oui, dans quelques pièces de théâtre à l’école mais rien d’important.

M. Votre premier EP est sorti il y a trois ans, c’est bien ça ?

L.C. Oui. Il s'appelle “A Little Late”.

M.: Qu’avez-vous fait pendant ces trois ans ?

L.C. Genre, qu’est-ce qu’il s’est passé pendant trois ans ? Je ne sais pas, j’ai rencontré plein de filles. Je ne sais pas ce que j’ai fait pendant trois ans… Non, je déconne ! J’ai travaillé dur, j’ai bossé sur ma musique. J’étais très occupé.


M.: Vous travaillez en équipe réduite ou élargie ? 

L.C. Oh, juste avec quelques amis. Des gens qui habitent à côté de chez moi. On a bossé dans nos chambres. Rien d’extravagant.

M. A votre avis, pourquoi Yves Saint Laurent vous a choisi pour représenter “Y” ?

L.C.: Pour mon honnêteté je dirais. Enfin... Suis-je vraiment quelqu'un d'honnête ? (Rires.) Je ne fais pas semblant d’être quelqu’un que je ne suis pas et je pense que c’est justement ce qu’ils cherchaient pour cette campagne.

M.: Une question un peu difficile : comment vous renouvelez-vous ?

L.C.: En restant occupé. Je ne sais pas, je pense qu’il faut sans cesse essayer de nouvelles choses. Ne pas stagner, ne pas faire de sur place. 

M. Vous ne jouez pas de rôle quand vous chantez ? Vous n’essayez pas de…

L.C. Non, je n’ai pas besoin d’être quelqu’un d’autre. Comme tout le monde, je pense être suffisamment intéressant quand je reste moi-même. 

Loyle Carner, 2017
Loyle Carner, 2017

Loyle Carner sera à l'affiche du prochain Pitchfork Festival. Concert le 4 novembre à 17h, Grande Halle de la Vilette (Paris). Et retrouvez la première campagne du nouveau parfum Y :