Mathilde Lacombe, entrepreneure beauté à 105K

Fondatrice de Birchbox france et ex-blogueuse, la jeune maman de trois enfants s’est lancée en octobre 2018 dans une nouvelle aventure beauté avec sa marque de compléments alimentaires pour la peau, Aime. Un parcours inspirant à bien des égards qui fait d’elle un porte-drapeau de l’entrepreneuriat au féminin. Rencontre et interview.
Mathilde Lacombe dans  la cour du Hoxton Hotel, Paris.
Mathilde Lacombe dans la cour du Hoxton Hotel, Paris. photo : ricardo gomes.

Publiée en avant-première, cette interview est à retrouver dans notre prochain numéro de Mixte (thème : "Be true, be you"), à paraître le 14 février.

Pour décrire le phénomène Mathilde Lacombe, on peut passer par les chiffres : 30 ans, trois enfants (mis au monde en trois ans), 105 K followers, et déjà deux aventures entrepreneuriales en poche. Ou tenter le portrait allitératif : blonde, blog, beauté, business, bébé(s)… En tout cas, on jurerait que les fées se sont penchées sur le berceau de cette longiligne Rémoise dont le sourire discret cache une étonnante détermination. Au lycée, elle s’imaginait rédactrice en chef du Elle. À peine a-t-elle posé une boots dans l’antre du journalisme féminin, qu’elle plaque enquêtes et interviews pour lancer la première “beauty box” française – rachetée par le groupe américain Birchbox, dont elle devient la directrice de marque et l’ambassadrice. Une boîte qui cartonne, mais qu’elle n’hésite pas à quitter pour un nouveau projet : Aime, une ligne de compléments alimentaires pour la peau, sortie à l’automne 2018, dont les premiers stocks sont “sold out” en quelques jours, grâce à l’incroyable communauté que l’ex-blogueuse a su fédérer. Le tout en réussissant à associer vie professionnelle et vie de famille, le tout mené tambour battant. Fin décembre, attablée au Hoxton Hotel, son “bureau” parisien, Mathilde Lacombe se révèle (belle et) bien être une Terrienne, douée d’une douce détermination. 

Mixte Vous avez toujours eu ce profil volontaire ? 

Mathilde Lacombe Dès l’enfance, si j’en crois ma mère, j’avais des avis bien définis. Et puis, je suis l’aînée de quatre enfants, cela m’a peut-être cadrée. Très tôt, j’ai commencé à planifier les choses : à 20 ans, je voulais en être là, avoir des enfants à 30 ans. Cela m’a aidée à réaliser ce que j’avais envie de faire. 

M. Vous avez suivi une prépa littéraire, des études de langues et de communication, êtes arrivée dans l’univers du journalisme, et soudain, vous bifurquez vers l’entrepreneuriat. Pourquoi ? 

M. L. Entre nos rêves et la réalité, il peut y avoir un décalage. J’ai toujours voulu être plus ou moins indépendante et gérer ma carrière comme j’en avais envie. En arrivant au Elle, j’ai découvert que ce n’était pas le quotidien que je m’imaginais. Lorsque j’ai eu l’idée du projet Joliebox, j’ai eu un flash, cela correspondait totalement à ce que j’avais envie de faire, à mon caractère. Je fonctionne à l’instinct, que ce soit avec les personnes ou les projets… 

M. Vous avez aussi l’âge qui correspond à beaucoup de changements dans le monde du travail et de l’entrepreneuriat… 

M. L. C’est incroyable, car on se crée son métier, cela n’a plus rien à voir avec les cases que nous faisait cocher la conseillère d’orientation au lycée. En tant qu’entrepreneur, on se crée une vie, il y a une grande part d’inconnu assez stressante, on n’a pas le confort d’un salarié, mais on a cette joie d’accomplir ce qui nous tient à cœur. Chez Birchbox, j’avais perdu l’excitation des débuts, j’étais entrée dans une routine. C’était l’année de mes 30 ans, je ne voulais pas me dire que je m’enfermais déjà dans mon petit confort, mon emploi du temps. 

"Je regarde ce qui se fait partout, surtout aux USA qui ont un temps d’avance sur nous en termes d’entrepreneuriat."


M.
Vous avez donc besoin d’un peu d’inconfort, en fait. 

M. L. J’ai trois enfants, donc j’ai aussi une grande part de stabilité dans ma vie, je ne suis pas à ce point rock’n’roll pour tout envoyer balader ! Mais j’ai besoin d’apprendre de nouvelles choses, je ne veux pas me dire qu’à 30 ans ma vie est toute tracée. Dernièrement, je suis allée chez des amis qui venaient d’acheter une maison, ils expliquaient que la chambre au rez-de-chaussée serait très utile quand ils seraient âgés. Eh bien, c’est exactement ce que je n’ai pas envie de planifier ! On a aussi une maison, mais peut-être que dans cinq ans on aura envie de partir vivre à l’étranger… 

M. Le projet Aime a-t-il une finalité ? 

M. L. Je compte porter Aime sur la durée et je peux l’emmener où je veux. Aujourd’hui, nous faisons des compléments alimentaires, c’est une première phase, mais ma vision va bien au-delà. J’ai besoin de savoir que je suis en charge de mon destin. 

M. Le blog, Instagram, la box beauté, les compléments alimentaires… vous identifiez toujours des phénomènes porteurs.

M. L. Je suis très curieuse et je m’intéresse beaucoup aux gens, aux choses. Je regarde ce qui se fait partout, surtout aux USA qui ont un temps d’avance sur nous en termes d’entrepreneuriat. J’ai aussi passé plus de douze ans sur les réseaux sociaux et les blogs. La communauté que j’ai pu fédérer est une mine d’or, il n’y a pas meilleure étude de marché. Au moment de lancer Aime, nous n’avons mené aucune investigation Je suis ma première cliente et j’ai ressenti la façon dont les femmes ont envie de prendre soin d’elles aujourd’hui, ce qu’il manquait sur le marché. On parle beaucoup du côté négatif des réseaux sociaux, mais c’est grâce à cette communauté que j’ai pu avancer. Nous avons lancé Aime grâce au bouche-à-oreille et à cette relation de confiance que j’ai réussi à instaurer en dix ans, en essayant simplement d’être honnête et naturelle. C’est assez incroyable, car je pensais que les Françaises seraient plus sceptiques – le marché du complément alimentaire est plus compliqué ici. L’adhésion m’étonne d’autant plus qu’il s’agit de quelque chose qu’on ingère, pas une crème ni un mascara. Je pense que les femmes ont bien compris cette relation de donnant/donnant : jamais je n’aurais lancé Aime si je n’étais pas convaincue du produit et des résultats. Cela faisait deux ans que je réfléchissais, j’avais l’intuition que le mouvement wellness allait prendre de l’ampleur en France, et que si ce n’était pas moi quelqu’un d’autre le ferait. On a eu un peu de chance et surtout un bon produit et un bon timing. 

"Je n’ai pas fait de grande école, je suis nulle en maths, mais je veux prouver que ce n’est pas un frein."



M. Représenter sa marque au quotidien, ce n’est pas trop lourd à gérer ? 

M. L. Parfois. À la fin de Birchbox, j’ai fait une sorte de burn-out car je ne pouvais plus jouer le jeu de quelque chose qui n’était pas moi. Mais aujourd’hui je maîtrise plus ou moins, d’où le choix que la marque ne porte pas mon nom, de ne pas apparaître sur les photos. J’ai envie qu’elle me ressemble mais qu’elle soit suffisamment détachée de moi pour que n’importe quelle femme s’y reconnaisse. C’est plus sain pour tout le monde ! 

M. Sur votre fil, on voit que vous faites très attention à ce que vous montrez… 

M. L. À la base, j’avais lancé mon blog dans un but professionnel, une vitrine pour travailler dans la presse féminine. Je n’avais pas prévu de raconter ma life. Je travaille dans l’univers de la beauté, c’est léger, nous ne sauvons pas des vies. Je ne prends pas parti sur des sujets polémiques et je ne réponds jamais aux attaques qu’on peut me faire. J’essaie de garder un rapport assez sain avec cela même si ce n’est pas toujours facile. 

M. Votre plus grand combat ? 

M. L. Malgré ce qu’on peut penser, je manque de confiance en moi. Je sais où j’ai envie d’aller, mais j’ai souvent été confrontée à des personnes qui m’ont fait douter. Je n’ai pas fait de grande école, je suis nulle en maths, mais je veux prouver que ce n’est pas un frein. Je déteste prendre la parole en public, également, mais je prends sur moi lors de conférences car cela peut servir d’exemple à d’autres femmes. 

M. Votre plus grande force ? 

M. L. Devenir mère m’a permis de prendre du recul, de donner la priorité à ce qui est vraiment important. Mes enfants sont ma plus grande fierté, ma plus grande réussite. Mais je suis aussi hyper fière de ce qu’on a déjà réussi avec Aime – et le fait d’avoir osé repartir à zéro, même avec trois enfants. 

M. Vous êtes consciente que vous allez créer beaucoup d’émules… 

M. L. C’est très flatteur, mais je ne veux pas donner de fausses illusions. L’entrepreneuriat n’est pas la seule solution aujourd’hui, on peut atteindre la joie et le succès par plein d’autres biais. Je crois beaucoup en la visualisation positive. 

Jusqu'au 27 janvier, Aime installe son pop-up à l'hôtel Hoxton (Paris).