Moi (Nahuel Perez Biscayart)

Fils d’intellectuels argentins polyglottes au français impeccable, Nahuel est un acteur international du cinéma d’auteur. À 31 ans, il présente à Cannes 120 battements par minute de Robin Campillo, qui retrace la naissance d’Act Up. Rencontre.
Nahuel Perez Biscayart - Blouson et col roulé Prada - image : jérôme lobato.

“Je n’avais pris qu’une heure de cours à l’Alliance française de Bueno Aires, où j’avais seulement appris à dire : 'Un, deux, trois, partez !' et 'Comment allez-vous ?' Mon vrai déclic avec la langue française a eu lieu en 2010, en arrivant sur le tournage d’Au fond des bois de Benoît Jacquot. J’y parlais une forme de patois complètement inventé pour les besoins du film, mais je me rappelle que, durant les déjeuners, je m’exerçais à conjuguer des verbes sur les serviettes en papier. Cela m’amusait d’apprendre. Puis, quand le film est sorti, je suis resté trois mois à Paris. J’en ai profité pour fréquenter la Sorbonne et prendre des cours intensifs de conversation, grammaire, phonétique... J’y allais tous les jours, comme un gamin. Le français n’est pas si difficile pour un Latin, mais il demande d’utiliser beaucoup de sons qui n’existent pas en espagnol argentin. Et comme je n’habite pas ici, que je ne m’exprime pas exclusivement en français, il n’est pas encore tout à fait inscrit en moi. Dès que j’arrive à Paris, je commence à penser en français pour des questions de survie ! (Rires) Étant donné que je voyage depuis quatre mois, l’anglais me vient souvent à l’esprit, mais je fais des efforts et je m’entraîne la nuit. J’ai beaucoup de rêves lucides. Alors, quand je me mets à rêver en espagnol, je me dis : 'Vas-y, Nahuel, ne sois pas fainéant, change la langue de tes rêves !' Les langues étrangères fonctionnent comme des déguisements. Elles te rendent plus insouciant. C’est libérateur. Tu peux dire des choses que tu ne sortirais pas dans ta propre langue, parce que tu les jugerais sitôt que tu les aurais prononcées. Genre : 'Je t’aime' ou 'Tu me manques'. Il faut du temps, avoir envie de changer ton système symbolique, mais une fois que tu apprends à apprendre, c’est très facile.”