Remède à la mélancolie kawaï !

L'artiste japonais Mr., frère d'arme de Takashi Murakami, présente sa nouvelle exposition à Paris. L'occasion d'une rencontre et d'une collab exclusive avec sa fan n°1, la créatrice Mira Mikati. Dialogue sur la ville, sa solitude et ses couleurs vives.
Mira Mikati et Mr., janvier 2019, galerie Perrotin - ©2018 MR./KAIKAI KIKI CO., LTD. ALL RIGHTS RESERVED. COURTESY PERROTIN
Mira Mikati et Mr., janvier 2019, galerie Perrotin - ©2018 MR./KAIKAI KIKI CO., LTD. ALL RIGHTS RESERVED. COURTESY PERROTIn

Une mise en abyme dans chaque œil. Une avalanche de pictos issus de la culture digitale. Selfies de personnages désolés. L'univers aux couleurs saturées de Mr. cache une mélancolie profonde dont Mira Mikati a retenu les couleurs et l'esthétique Superflat pour créer une série de pièces unisexes exclusives. Rencontre à la galerie Perrotin (Paris), où l'exposition Mr.’s Melancholy Walk Around the Town se tient jusqu'au 9 mars. 

Mixte Parlez-vous de votre rencontre ? 

Mira Mikati J'ai découvert le travail de Mr. en 2003 chez Perrotin et ça tout de suite été le déclic. Je suis tombée amoureuse de son travail et je suis allée visiter son atelier en 2004 au Japon. Quand on regarde son œuvre, on pense que tout est heureux, positif alors que ce n'est pas tout à fait le cas. Il a eu une enfance difficile. J'aime qu'il utilise toutes ces couleurs pour échapper à ses peurs et j'aime tous ses détails. Il n'est jamais satisfait. 

Mixte Ses peurs à lui résonnent particulièrement en vous ?

Mira Mikati Plein de peurs me traversaient quand j'ai quitté le Liban. Le pays était en guerre mais je n'y pense plus du tout ; je veux sans cesser penser à un monde meilleur. 

Mixte Parlez-vous de votre enfance librement, Mr. ? 

Mr. Quand j'étais petit, la difficulté était partout et restait caché. On ne se voit ce qui se passe dans les familles... La violence de la la maison, des intérieurs. Mon père battait ma mère. Mon frère ainé était très violent. Il se passait toujours quelque chose. J'ai grandi au milieu des bagarres.

Untitled, 2018 h. 162 × L. 130 cm | h. 63 3/4 × l. 51 3/16 in Acrylic on canvas mounted on wood panel ©2018 Mr./Kaikai Kiki Co., Ltd. All Rights Reserved. Courtesy Perrotin
Untitled, 2018 h. 162 × L. 130 cm | h. 63 3/4 × l. 51 3/16 in Acrylic on canvas mounted on wood panel ©2018 Mr./Kaikai Kiki Co., Ltd. All Rights Reserved. Courtesy Perrotin

Mixte L'art vous a-t-il servi d'exutoire ? 

Mr. J’aimais les dessins animés. Et peut-être à cause de cette violence, j'ai trouvé une façon de m'échapper de la réalité. 

Mixte Mr., où avez-vous grandi ? A quoi ressemblait la ville de votre enfance ? Quand l'avez-vous quittée ? 

Mr. Je suis né à l'ouest de Tokyo, dans la banlieue de Kobé. C'était une ville banale. Ma famille avait un petit commerce et j'ai quitté cet endroit à l'âge de 18 ans. Je suis arrivé à Tokyo et j'y suis resté jusqu'à mes 25 ans, jusqu'à ma rencontre avec Takashi Murakami, pour qui j'ai commencé à travailler. A l'époque, son studio employait une centaine de personnes. Ils doivent être 300 maintenant. J'ai déménagé à Saitama. Je suis aujourd'hui indépendant. 

Mixte Pour vous, qu'est-ce que la mélancolie ? 

Mr. Pour moi, la mélancolie recouvre un sentiment d'isolement et de vide. D'isolement mais pas forcément de tristesse. Le terme de "mélancolie", dans les années 80 au Japon, exprimait l'amour déçu. Son sens a changé depuis. 

Mixte Mira, comment a débuté votre collaboration ? 

Mira Mikati Je savais qu'elle aurait lieu un jour ; je ne savais pas quand. Je suis parti au Japon en mars dernier pour une expo Kaws, avec qui j'avais déjà fait une collaboration. J'ai parlé à cette occasion avec les équipes de Mr. et nous avons commencé un travail très long, très minutieux avec de nombreux va-et-vient sur les termes de la collaboration. Mr m'a envoyé ses nouveaux dessins en me disant que je pouvais utiliser ce que je voulais. J'ai soumis des propositions qu'il a validées. La partie administrative était très importante mais sur le côté artistique, tout s'est fait dans une extrême confiance. J'ai même pu laisser mes propres petits caractères envahir le travail de Mr. Et quand nous avons su qu'il avait une expo à Paris, nous avons pu organiser la sortie de notre collab. 

Mixte Mr., comment avez-vous abordé cette collaboration. Pourquoi avez-vous dit oui ? 

Mira Mikati Merci pour votre question, je vais enfin savoir ! 

Mr. Mira me collectionnait et m'a d'abord commandé une peinture pour ses enfants. J'ai ensuite découvert son travail de styliste et suivi son Instagram. J'ai commencé à comprendre que ce qu'elle aimait était intéressant et qu'une collaboration pouvait l'être aussi. 

Mixte Mira, vous collectionnez Mr. ? 

Mira Mikati Effectivement. J'ai même réussi à avoir une statue de moi. J'hésitais entre une statue bleue ou rouge quand on m'a finalement proposé d'avoir ce que je voulais. Il m'a donc représentée aux couleurs de l'arc-en-ciel !

Mixte Un mot, Mr., sur la culture otaku

Mr. Les otakus sont ceux qui foncent dans ce qu'ils aiment. Ce sont les passionnés, les obsessionnels. Il y a toutes sortes d'otakus. Que ce soit dans les jeux videos ou spécialisés dans le son des trains. Ils y a des gens dont la passion est de rester immobiles sur les quais de gare et de regarder passer les trains. Les otakus ne sont pas fous. Ils savent pourquoi ils aiment telle ou telle chose et ne souffrent pas d'obsessions incontrôlables. Ils sont d'accord pour faire ce qu'ils font. C'est une forme d'évasion. 

Mixte Mira, êtes-vous une otaku de la mode ? Où en est votre marque ? 

Mira Mikati Ma marque existe depuis bientôt quatre ans. Elle exprime un univers très coloré, très positif et optimiste, et propose un vestiaire effortless facile à porter du matin au soir, avec beaucoup de technique et de choses faites à la main dans un esprit DYI. Beaucoup de maille, surtout pour l'hiver. Je présente désormais deux collections deux fois par an. Je présente la pre-fall et fall en janvier ; la resort et summer en juin. Je suis basée à Londres, vers South West, près du lycée français où mes enfants vont. Je suis très française à Londres ! 13 personnes travaillent au studio. On était 3 il y a un an et demi. J'avais une boutique au Liban et je n'avais fait qu'uune collab avec un artiste libanais qui dessinait sur les vêtements. C'est Colette qui m'a lancée. Elle nous a tout de suite fait une commande et donné une vitrine. On est passé de 5 à 90 points de vente rien qu'avec la force de Colette. On produit surtout au Portugal, en Slovénie, en Europe du Nord et en Italie pour des collections plus spécifiques. Je propose un vestiaire féminin. Seules les collabs, comme celle avec Kaws ou Mr., sont unisexes. 

Collection capsule Mira Mikati X Mr. à découvrir ici.