Noée Abita : "J’étais amoureuse de lui dans 37°2"

Révélée à Cannes en 2017, elle participe à la comédie incontournable de l'automne, Le Grand Bain de Gilles Lellouche, et joue pour nous les miss Dior, regard intense et longs cheveux noirs réveillant l’âme des amazones mexicaines qui ont inspiré le vestiaire issu de la collection Croisière 2019. Rencontre et portrait.
Noée abita porte une Chemise en popeline de coton blanc, jupe en tulle de soie brodé noir et blanc, ceinture-corset en cuir noir à rivets, bagues en laiton dior. Robe en dentelle, soutien-gorge en coton, ceinture-corset et sac en cuir brodé, bagues en laiton dior. Photos : Alexandra Utzmann. Réalisation : Constance Féral
Noée abita porte une Chemise en popeline de coton blanc, jupe en tulle de soie brodé noir et blanc, ceinture-corset en cuir noir à rivets, bagues en laiton dior. Robe en dentelle, soutien-gorge en coton, ceinture-corset et sac en cuir brodé, bagues en laiton dior. Photos : Alexandra Utzmann. Réalisation : Constance Féral.

Sur le boulevard Lannes, dans le 16e arrondissement, à Paris, des automobilistes ralentissent devant le numéro 59 où vécut Brigitte Bardot. Mais leur regard se tourne de l’autre côté, vers l’extérieur des Maréchaux. Une jeune fille timide vient de se glisser dans une jupe brodée noir sur blanc. Elle pivote, esquisse quelques pas de danse et joue avec les volants de tulle. Elle ressemble à une Escaramuza, ces amazones mexicaines. Pour sa première séance photo, Noée Abita, 19 ans, n’a rien perdu du regard frondeur d’Ava, héroïne du premier film éponyme de Léa Mysius, en 2017, cette adolescente au regard charbonneux qui dévore de ses grands yeux noirs son premier amour pour ne jamais oublier son visage, brûle la vie avant de perdre la vue. Depuis le succès du film présenté à la Semaine de la Critique lors de la 70e édition du Festival de Cannes, Noée a beaucoup tourné. L’acteur-réalisateur Gilles Lellouche l’a choisie pour jouer la fille de Jean-Hugues Anglade dans Le Grand Bain (qui sort aujourd'hui mercredi 24 octobre) – “C’était fou ! J’étais complètement amoureuse de lui dans 37°2”, avoue-t-elle. Puis elle pose ses valises à Montréal où elle tourne Genèse du Québécois Philippe Lesage. “C’était la première fois que je partais toute seule si loin et aussi longtemps, confie-t-elle. Je suis restée un mois et demi sur le tournage, ce qui est beaucoup pour un film canadien, m’a-t-on dit. Une vraie chance !” À son retour, le réalisateur Antoine de Bary, junior de la jeune garde du cinéma français lui confie un rôle dans L’Enfant roi. “Il était très ouvert à ce qu’on ajoute des dialogues, mon partenaire Vincent Lacoste et moi. Alors, on le faisait.” Un peu plus tôt, aux côtés de Joe Swanberg, elle frayait avec le jeune cinéma indépendant américain dans le court métrage Nobody Likes You as Much as I Do de Jerzy Rose, le chef de file du mouvement mumblecore, caractérisé par des films à petits budgets, en grande partie improvisés, qui mettent en scène une errance estudiantine. “Je jouais une Française qui parle très mal anglais, ce qui m’arrangeait…” sourit-elle. 

Blouse en dentelle, soutien-gorge en coton Dior. Mise en beauté dior. teint : Fond de Teint Dior Backstage 3 W. yeux : Dior Backstage Glow Face Palette, Dior Backstage Eye Palette 002, Mascara Diorshow Iconic Over Curl. lèvres : Dior Backstage Lip Palette.
Blouse en dentelle, soutien-gorge en coton Dior. Mise en beauté dior. teint : Fond de Teint Dior Backstage 3 W. yeux : Dior Backstage Glow Face Palette, Dior Backstage Eye Palette 002, Mascara Diorshow Iconic Over Curl. lèvres : Dior Backstage Lip Palette.

Il y a à peine plus d’un an, la jeune fille passait un baccalauréat littéraire. “Mon sujet de philo ? Mon Dieu, je ne me rappelle pas. Il s’est passé tellement de choses depuis…” Elle réfléchit, tapote des doigts sur sa cuisse, manipule une bague serpent qui s’enroule autour d’un petit singe. Ça lui revient : “Rousseau ! Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes”. Mais Noée a beau chercher, ses premiers pas sur scène, elle ne s’en souvient pas : “C’est comme un grand trou noir”, décrit-elle. L’été de ses 13 ans, à la fin d’un premier stage de théâtre d’une semaine, elle choisit de présenter une scène de La Double Inconstance de Marivaux pour le spectacle auquel ses parents assistent. “Je me souviens seulement d’être entrée sur scène, d’avoir discuté avec des gens après la représentation, et entre les deux d’avoir eu la sensation qu’il s’était passé quelque chose.” Même choc sur le tournage d’Ava. “Comme je devais jouer une fille de 13 ans, qui perd la vue, et que j’en avais 17, on a beaucoup travaillé avec la réalisatrice pour créer physiquement mon personnage.” Ses cours de modern jazz lui ont permis de mieux connaître son corps. En parlant, elle fait des petits pas, rentre les épaules et tourne la tête comme un oiseau. “Ce personnage, je l’ai revêtu comme un costume. Alors, quand ça tournait, je m’oubliais. Ce sont des moments bénis.” Enfance à Paris, Noée, d’origine sicilienne par son grand-père (et ukrainienne par sa grand-mère), raffole des plats de pâtes “de maman” avec du saumon et de la crème fraîche et découvre le cinéma transalpin avec son grand-père. Le soir, elle grimpe sur le grand lit et regarde à son côté les classiques du cinéma italien, La Notte de Michelangelo Antonioni, Le Guépard de Luchino Visconti et surtout Le Jardin des Finzi-Contini de Vittorio De Sica qui suit des jeunes gens de la haute bourgeoisie juive à Ferrare, en pleine ascension de Mussolini dans les années 30.


“Je l’ai vu des milliards de fois, je ne comprenais pas grand-chose, mais j’étais captivée par l’atmosphère du film et ses tableaux.” Les après-midis libres, ses grands-parents l’emmènent au théâtre voir des pièces de commedia dell’arte. À 17 ans, un spectacle – italien, toujours – bouleverse l’adolescente : Six personnages en quête d’auteur de Luigi Pirandello mis en scène par Emmanuel Demarcy-Motta au Théâtre de la Ville. “À minuit, j’ai envoyé un texto à ma mère : ‘Je sors du théâtre. C’est ce que je veux faire’.” Dans la journée, Noée a passé en cachette le casting d’Ava après avoir toqué à la porte d’une agence de comédiens, avec une amie. “On était tellement contentes à l’idée de passer des essais… On ne projetait pas du tout d’avoir le rôle, on s’en fichait. On savourait juste le plaisir d’avoir appris un texte et de penser qu’on allait toucher du doigt le monde du cinéma.” Noée, 18 ans, fait donc ses premiers pas sur les plateaux alors que l’affaire Weinstein secoue une profession qui s’est longtemps accommodée de lui et déclenche une révolution féministe. “Être féministe, tente-t-elle, c’est se battre contre les inégalités hommes-femmes. Peut-être que j’aurais une définition plus élaborée quand je serai une femme. Je n’en suis pas encore une. Je n’ai pas assez vécu. En tant que jeune fille, ma façon d’être féministe est de ne pas me laisser faire et de vivre en essayant d’avoir confiance en moi.

J’aimerais être une femme libre et autonome qui peut apporter des choses aux autres.” Avant de penser au cinéma, Noée, qui fut interne au lycée, formait le rêve de monter une école à la pédagogie de type Steiner ou Montessori. “On prend l’enfant dans son individualité et on le laisse grandir en lui faisant découvrir la musique ou l’environnement… On lui permet de développer sa créativité.” Et sa voix fluette se met à gronder. “Il faut laisser les êtres libres pour qu’ils s’éveillent”, dit-elle avec la détermination d’une jeune Escaramuza.

Photos : Alexandra Utzmann. Réalisation : Constance Féral. Coiffure : Chiao Chenet @ Atomo Management. Maquillage : Ania Grzeszczuk @ Calliste avec les produits Dior. Manucure : Huberte Cesarion @ Marie-France Thavonekham. Assistante styliste : Marie Cheikah.