On est bien ici

Le bien-être est-il devenu le luxe absolu dans nos existences surchargées ? Des cures culte aux changements de vie, en passant par les lieux urbains qui permettent un shot d’énergie indispensable, revue de quelques phénomènes clés.

la méthode chenot 

“Nous sommes des êtres spirituels vivant une expérience humaine.” Cette citation de Pierre Teilhard de Chardin, prêtre jésuite et visionnaire culturel, est presque une maxime pour Henri Chenot, l’un des grands noms du bien-être international. Depuis près d’un demi-siècle, ce monsieur jovial puise dans les fondements de la médecine chinoise et de la naturopathie pour proposer une “méthode” pleine de bon sens. S’il accueille depuis toujours les grands de ce monde – et les autres, “heureusement pour moi !” s’amuse-t-il – Henri Chenot remarque de plus en plus une surconnexion, une accélération néfaste. “Aujourd’hui, les gens utilisent leur téléphone portable plutôt que leur mémoire, ils sont incapables de réfléchir par eux-mêmes, ils n’arrivent plus à faire la synthèse des choses, ce qui génère un trop-plein de stress. Ils perdent leur propre identité qui est l’essentiel de chaque être humain.” Chez Chenot, le portable est donc interdit, pour laisser un peu de place à ce fondamental : le temps. Footballeurs professionnels, hommes et femmes politiques, créateurs de grandes maisons trouvent justement du temps dans leur agenda overbooké pour venir au Chenot Palace de Merano, dans le Nord de l’Italie, où ils apprennent les bases d’une hygiène de vie autour d’un régime simple, sain, dans lequel les gestes les plus basiques sont à réapprendre : mâcher, respirer… “En général, les gens ne respirent même pas à un tiers de leur capacité pulmonaire. Il faut prendre le temps de savoir respirer comme il faut.” Le temps, allié et ennemi. Dans notre vie hyperconnectée, il deviendrait presque le luxe absolu. Le temps qui passe s’oppose au temps qu’on passe – ou qu’on ne passe pas – à faire les gestes les plus essentiels. Henri Chenot s’insurge contre la rapidité : “On ne fait plus les choses comme avant, on ne prend plus le temps de se mettre à table… Évidemment que les aliments ne sont pas assimilés correctement, qu’ils fermentent, que la digestion ne se passe pas correctement.” Dans la bulle du Chenot Palace, tout est fait pour simplifier la vie de ceux qui souhaitent s’isoler de l’effervescence, le temps d’une cure. On en sort transformé, revitalisé, animé d’une ferveur quasi religieuse pour la “méthode”. 

vélo-obsession 

Ceux dont le planning ou le portefeuille interdit un séjour à Merano peuvent tenter un autre “lieu de culte” plus proche de nos horizons. Passez rue Saint-Augustin à l’heure du déjeuner et vous ne manquerez pas d’observer un défilé de visages illuminés de bonheur, voire d’extase, sortir d’une porte à l’obscure référence : Dynamo. Ouverte en 2015, cette version parisienne du cycling en salle connaît un succès phénoménal. Ses fondateurs Léon Buchard et Antoine Albert ont découvert à New York le Soul Cycle, discipline à disciples, et choisi de décliner le concept à Paris. “Notre force, ce sont nos coachs. Nous avons la chance d’avoir des personnalités incroyables, capables de créer la magie que les gens ressentent. Chez nous, il n’y aura jamais deux cours pareils, nos coachs ont la liberté de faire ce qu’ils souhaitent. Le cycling en salle existait avant, c’est grâce à eux qu’il y a ce plus”, expliquent-ils. Les adeptes confirment, discussions quasi mystiques à la clé. Parmi les 1 800 vélos réservés chaque semaine dans les deux centres parisiens, certains profitent à des adeptes qui viennent jusqu’à cinq fois par jour prendre leur dose d’énergie vélocipède. Il faut dire que le cours de Dynamo dure 45 minutes, riposte radicale au temps qui court… Et qu’on rattrape presque en pédalant. 

changer de vie 

Cure ou cours de sport servent parfois de déclic. Parmi la prochaine promo de coachs Dynamo, 90 % sont d’ex-élèves souhaitant passer au stade supérieur. D’autres trouvent dans une affinité de toujours avec le bien-être la réponse à un besoin de changer de vie. C’est le cas d’Anne Bianchi, ex-directrice de la rédaction du Be, pour qui la revente du magazine a servi de coup de pouce au destin pour transformer son quotidien “qui manquait de connexions avec la nature, le temps, avec moi-même”. Après ce qu’elle appelle joliment “une cure de rien”, elle trouve sa voie en reprenant des études de psychothérapie et dans sa pratique intensive du yoga kundalini, qu’elle est désormais apte à enseigner. Le plus difficile ? “Se libérer du connu”, dit-elle en citant Krishnamurti, tout en avouant ne rien regretter de son ancienne vie, dans laquelle elle se replonge le temps d’un papier pour Vanity Fair ou Air France Madame. 

Se mettre au jus 

D’autres ont eu envie de partager avec un plus grand nombre leurs découvertes ou leurs convictions healthy. Fin octobre ouvrait, rue du Mont-Thabor, le Maisie Café, bar à jus et nourritures saines imaginé par Isabella Capece, directrice de la communication de grandes maisons de luxe, et son mari Xavier Barroux, avec l’envie de partager des recettes personnelles et le bien-être qu’elles procurent. Au cœur du Marais, l’enseigne Wild & the Moon lancée par Emma Sawko en début d’année ne désemplit pas, adeptes et néophytes devenant accros à ses laits végétaux gourmands et son ambiance tout aussi green. “L’idée était de proposer un lieu qui permette de se reconnecter à la nature, même en coup de vent dans nos vies accélérées”, explique la fondatrice, véritable gourou du bien-manger, qui se verrait bien “démocratiser l’accès à ce type d’alimentation au plus grand nombre et pourquoi pas devenir le Starbucks du vegan”. Emma Sawko vise également un statut zéro déchets d’ici 2020. Qu’on y trempe l’orteil en goûtant un jus bio à l’heure du déjeuner en sortant d’une séance test de Dynamo, qu’on continue en décidant de prendre un peu plus de temps pour les gestes essentiels, ou qu’on choisisse carrément de changer de vie pour une nouvelle activité plus connectée à soi-même et aux autres plutôt qu’à l’écran d’un Iphone, on ne manquera pas de se souvenir d’une astuce en or, livrée par Henri Chenot. Chaque matin, il s’octroie un capital points de 10 sur 10 qu’il revoit en fin de journée selon le bilan de ses actions, de son comportement, de son ressenti. Car la clé du bien-être se trouve souvent à l’intérieur de nous-même et de nos pensées.