Série Dix pour cent, saison 2 : interview de sa créatrice Fanny Herrero

Elle est ce qu'on appelle un showrunner, ce personnage tout-puissant qui dirige l'écriture des séries. A quelques jours de la diffusion de la seconde saison de Dix pour cent sur France 2 (prévue le 19 avril), rencontre avec la créatrice de l'un des derniers plus grands succès TV made in France.
Fanny Herrero - Dix pour cent - deuxième saison - série France 2
Séance de travail sur le tournage de la série Dix pour cent (saison 2) avec la réalisatrice Jeanne Herry (à gauche) et la directrice de collection (à droite) Fanny Herrero.

Mixte Vous êtes créatrice et showrunneuse de la série Dix pour cent. Comment se passe l’écriture ?

Fanny Herrero Ecrire six épisodes par an toute seule, ce n’est ni souhaitable, ni possible ! Je travaille avec cinq auteurs, qui m’apportent des choses auxquelles je n’aurais pas pensé. D’abord, trois d’entre eux réfléchissent à mes côtés aux grandes lignes professionnelles, familiales et sentimentales des personnages. Cette première étape dure deux mois, à raison de trois séances de travail par semaine, car il faut laisser infuser entre les séances ! Ensuite j’attribue un épisode à chaque auteur ou binôme d’auteurs. Puis on invente ensemble ce qui concerne la guest star de l’épisode. Après une série d’allers et retours entre les auteurs et moi, j’écris les versions définitives, pour garder la cohérence des personnages et le style des dialogues de Dix pour cent.

M. Quel est le moment le plus excitant du travail ?

F.H. Au début de l’écriture d’une saison, je suis agitée. C’est très important de ne pas se tromper et de choisir les arches narratives les  plus fertiles, celles qui vont nous emmener dans les situations les plus inattendues. C’est aussi à ce moment là que mon compagnon et mes enfants commencent à me regarder d’un air bizarre. Le côté obsessionnel et mono maniaque du scénariste ! Je me réveille avec mes personnages, je m’endors avec eux… Je ne les quitte plus. Eux non plus.

M. Ecrire pour la télévision, qu’est-ce que cela implique ?

F.H. D’abord, il faut être conscient de l’identité de la chaîne pour laquelle on écrit. En l’occurrence, France 2, c’est-à-dire une chaîne de service public, qui touche une audience large. Ca ne veut pas dire qu’on se censure, ou qu’on s’empêche des choses, simplement on doit toujours chercher l’universalité des enjeux et des situations, même si l’univers de la série est très parisien, parfois assez pointu. Réussir à toucher cinq millions de téléspectateurs, aussi bien des jeunes que des personnes plus âgées est une joie immense. Dix pour cent est une série d’auteur populaire. C’est très stimulant !

M. Avez-vous toujours aimé écrire ?

F.H. Enfant, j’avais des petits cahiers sur lesquels j’écrivais déjà plein d’histoires, j’inventais des personnages. Ensuite, j’ai beaucoup tâtonné… J’ai fait des études assez longues et après mon diplôme de Sciences Po, j’ai eu envie de devenir comédienne… À ce moment-là, tout en jouant, j’ai commencé à écrire des pièces ou des courts-métrages parce que je me sentais frustrée de ne pas trouver ma famille de théâtre. Quand on n’a pas encore beaucoup de succès, c’est vraiment horrible d’être comédienne ! On se retrouve à passer des castings souvent médiocres où on est jugé sur son physique…  J’ai pris conscience que je ne voulais pas être dépendante à ce point du regard des autres. Vers trente ans, je suis devenue lectrice pour une chaîne de télévision. C’est en lisant que j’ai eu envie d’écrire des scénarios. Scénariste, c’est écrire un texte destiné à être joué et mis en scène : j’ai trouvé comme ça une façon de réunir l’auteure et la comédienne !


M. 
Vous avez créé le collectif de scénaristes "Le Sas" il y a dix ans...

F.H. On était une dizaine de jeunes scénaristes démarrant dans le métier, peu d’entre nous avaient suivi une formation. On s’est donc réunis comme des compagnons qui apprennent à aiguiser leurs outils ensemble, et ça dure encore aujourd’hui. On parle technique, structure, dramaturgie, on se fait lire des choses, on décortique ensemble des séries… Une manière aussi d’arrêter de se plaindre et d’accuser les autres (réalisateurs, diffuseurs…) de faire de mauvaises séries. On a compris que c’était à nous d’être meilleurs pour que les histoires soient plus empathiques et captivantes.