Perpétuer la Dynasty

Cet automne, que ce soit chez Versace, Moschino ou dans les médias, la mode embrasse le style kitsch et opulent des Soap Opera américains des années 80 (Dynasty, Les Feux de l'Amour ou Santa Barbara). Simple nostalgie vestimentaire reaganienne ou retour en grâce d'une société show off et pleine aux as sur le point de s'écrouler au prochain crack boursier ?
Campagne Moschino fall-winter 2019/2020
Campagne Moschino fall-winter 2019/2020

Nostalgique des soap opera 80's, de ses crêpage de chignons, de ses performances over-the-top, de ses looks bling et bourgeois, de ses scénarios rocambolesques — au hasard une ennemie jurée morte empoisonnée qui réapparaît finalement en clifhanger du dernier épisode (pour faire simple) ? Vous allez être servi.e. Pour la campagne Moschino automne-hiver 2019/2020, le créateur Jeremy Scott (jamais avare de bonnes références pop) s'est amusé à faire le remake 2019 d'un épisode de Dynasty. 


Intitulée Mini Soap Opera, la production met en scène Gigi Hadid, Joan Smalls et Irina Shayk photographiées par Steven Meisel, toutes les trois en plein catfight à coup de coupe de champagne renversée et de tirage de cheveux au brushing aussi douteux et volumineux qu'une sculpture de Jeff Koons. Jusque-là, on aurait pu croire à un ovni mode et pop comme sait si bien les faire Jeremy Scott ; mais la tendance s'est confirmée avec Versace qui, avec son récent projet Holiday Saga réalisé en collaboration avec l'artiste Sarah Baker et le magazine Baroness, a aussi mis à l'honneur l'esthétique Soap en engageant Helena Christensen dans un reboot fashion d'un des meilleurs épisodes des Feux de l'Amour (version grande époque). 

Holiday Saga par Versace X Baroness Magazine
Holiday Saga par Versace X Baroness Magazine

Mais l'essence même du Soap Opera, souvent injustement dénigré pour ses intrigues futiles et WTF, est pourtant d'avoir mis en scène, en plein libéralisme économique démesuré des années Reagan, des femmes badass et influentes à la taille serrée et aux épaules charpentées, prêtes à tout pour défendre à la fois leur famille, leur empire et leur business #workinggirl ; à l'image de Kris Jenner, la “momager“ des Kardashians, qui a elle aussi participé à un shooting Soap pour l'édition américaine du Harper's Bazaar dans lequel elle met à l'amende Angela Hadid (la mère de Bella et Gigi) dans un décor digne d'Amour, Gloire et Beauté (The Bold and the Beautiful, en version originale). 

Harper's Bazaar
Harper's Bazaar

Synonyme de spéculation financière et d'opulence, les années 80 de l'ère Reagan qui ont vu naître ces Soap Opera, ont aussi permis l'ascension d'un dénommé Donald Trump, incarnation parfaite de l'homme (à femmes) d'affaires véreux qui malgré tout son succès apparent n'a pas pu échapper à la faillite provoquée par le crack boursier de Wall Street en 1987. L'histoire l'a répété à l'envi : le fast, le mépris de classe et l'opulence à outrance n'annoncent jamais rien de bon (coucou Marie-Antoinette) : au pire, la révolte et une nouvelle crise financière mondiale qui commence à agiter sérieusement le bout de son nez sur les marchés, au mieux une petite procédure d'impeachment pour le président, que vient d'enclencher Nancy Pelosi, présidente démocrate à la Chambre des représentants US. 

l'acrice Joan Collins alias Alexis Colby dans Dynasty et Melania Trump
l'acTrice Joan Collins alias Alexis Colby dans Dynasty et Melania TrumP en juin 2019. 

Si vous n'êtes pas vraiment encore convaincue de la chute annoncée de The Donald, il suffit de regarder sa femme Melania Trump pour y voir un peu plus clair. Depuis l'investiture de son mari, celle qui est devenue maîtresse dans l'art de communiquer avec ses vêtements (rappelez-vous son manteau militaire "I Really don't care, do U ?“ pour ne citer que lui), fait désormais références aux meilleurs looks de Joan Collins (alias Alexis Colby dans Dynasty). Coïncidence ? Je ne crois pas. Ça sent enfin le season finale tout ça...