PFW : FRONT ROW ET PANDÉMIE SONT SUR UN BATEAU...

Cette saison, les marques ont dû particulièrement rivaliser de créativité pour présenter leur collection Printemps-Été 2021 alors que Miss Rona fait encore des siennes et que les restrictions imposées par la crise sanitaire se multiplient. Mais pas de quoi décourager l'industrie. Décryptage des tendances et partis pris observés pendant cette Fashion Week parisienne.
AMI SS21
AMI SS21

Quand en juillet dernier la FHCM a donné son feu vert pour autoriser les défilés de mode physiques à Paris, l’été battait son plein en France, le mot coronavirus n’était presque plus sur toutes les lèvres et nous marchions nez au vent dans les rues. Depuis, le ciel s’est couvert sur la France, la deuxième vague de l’épidémie de Covid qu’on craignait s’est abattue et avec cela une multitude de restrictions étouffantes. Malgré cela, les créateurs de mode ont présenté leurs collections, certains en restant fidèles à leurs défilés physiques et aux codes de leur Maison, d’autres en se réfugiant dans leur imagination en livrant des films lyriques. Et il y a ceux qui ont délivré de véritables performances artistiques physiques, comme pour célébrer la créativité, ultime arme pour combattre le glauque et le manque de liberté.

Louis VuItton, Chanel et DIor : La Carte tradI.

Il faudra beaucoup plus qu’une épidémie de coronavirus pour que la maison Chanel renonce à son défilé physique dans la nef du Grand Palais. Cette saison encore, la marque a investi le lieu où elle présente ses défilés depuis 2012. Dans un décor imposant avec le mythique panneau Hollywood, réinterprété par les lettres Chanel, les silhouettes étaient toutes imprégnées d’un glamour hollywoodien assumé. 


Maria Grazia Chiuri a elle aussi choisi de présenter physiquement la collection Printemps-Été 2021 de Dior dans les règles de la distanciation sociale auprès d’une centaine d’invités, au coeur du jardin des tuileries dans un décor cathédralesque. Bohème, élégante, arty, cette collection s’inscrivait dans l’ADN poétique, féminin et féministe de Dior à l'ère Chiuri. 


Traditionnel finisher de la FW parisienne, Louis Vuitton a présenté sa collection avec un défilé physique dans les locaux de la mythique Samaritaine, dont l’ouverture a été repoussée à 2021 (aux dernières nouvelles). Nicolas Ghesquière a présenté un vestiaire non genré, avec des pantalons à entre costume et sarouel et des longs tee-shirts qui se transforment en robes.


AMI, Koché et Chloé : La carte outdoor et low-profIle

Il y a ceux qui ont fait le choix d’un défilé physique, mais qui ont préféré une version “low profile”, en extérieur, pour respecter au mieux les règles sanitaires. C’est le cas de Alexandre Mattiussi qui a présenté un vestiaire raffiné, subtil et très inspiré des années 70, à la nuit tombée sur les bords de Seine.  “Paris est la ville natale d'Ami, et une partie essentielle de son ADN. Pour le printemps-été 2021, je voulais vraiment la mettre en valeur, sa beauté, son énergie, son élégance” a déclaré le créateur.


Sobrement intitulée “A Season in Hope”, la maison Chloé avait également fait le choix de présenter sa collection au grand air. Les silhouettes donnaient vie aux robes et pantalons fluides dans les rues de Paris avant de se rejoindre devant le Palais de Tokyo où les invités, placés devant des écrans géants en plein air guettaient leur arrivée, réelle #miseenabîme. 


Pour la collection Koché printemps-été 2021, la créatrice et fondatrice du label Christelle Kocher s’est installe au parc des Buttes Chaumont (elle habite pas loin, c'est pratique pour venir) avec un défilé-manifeste où il a été question de nature, d’émotion, de genre et de résistance. Le charme de ce parc aux allures de romantisme a sûrement inspiré la créatrice dont les silhouettes revêtaient cette saison quelque chose de plus poétique. 


Isabel Marant, Mossi, Tantine de Paris : LA CARTE ARTY

Il y a eu les audacieux, ceux qui ont décidé de prendre le contre-pied de la tendance actuelle et de renvoyer l’ennui au vestiaire. C’est le cas de la créatrice franco-congolaise Mariana Benenge Cardoso qui a présenté la collection mixte de sa toute jeune marque Tantine de Paris, dans le 13ème arrondissement avec l'aide de danseurs/performers de la scène ballroom parisienne qui ont mis le feu au catwalk (et aux vêtements). Pas l’time de s'apitoyer sur son sort, il faut continuer à vivre, à danser, à créer. 

Tantine de Paris
Tantine de Paris

C’était aussi le message d'Isabel Marant qui a fait appel cette saison au collectif de danse (La)Horde du Ballet Nationel de Marseille pour chorégraphier son défilé. Un show qui avait une vraie allure de fête avec des pantalons lamés, shorts taille haute en sequins et mini-jupes rose fuchsia en tout sens. Du Isabel Marant tout craché.  


Lauréat du prix Pierre Bergé de l’ANDAM 2020, la marque 100% éthique et 100% made in France, Mossi, a également choisi de présenter ses pièces sur des performers pour son tout premier défilé de Fashion Week ( la FHCM a annoncé en Septembre dernier que Mossi rejoignait le calendrier officiel de la Fashion Week à partir de la saison SS 2021) et la marque a prouvé qu’elle pouvait largement assurer le “show”.

Mossi SS21
Mossi SS21

Maison Margiela, Balenciaga, Marine Serre : la carte projo

Enfin, il y a les marques qui semblent avoir trouvé un nouveau souffle dans l’univers de la vidéo. C’est le cas de John Galliano avec Maison Margiela. En Juillet dernier, il était déjà visionnaire avec “S.W.A.L.K”, un court-métrage à la réalisation impeccable où il présentait la collection haute couture Maison Margiela FW 2020, réalisé par Nick Night pour remplacer son défilé physique. Pour cette saison, il a fait à nouveau appel au photographe et vidéaste pour mettre en scène une collection SS21 mixte, cette fois dans un Buenos Aires fictif pour un tango endiablé sous la pluie. 


Autre coup de génie digital de cette FW, la balade nocturne de Balenciaga : “Sunglasses at night”. Sur un excellent remix du morceau de Corey Hart signé BFRND, la marque dévoile une collection où le sportswear se mêle à des pièces plus coutures, les sweat-shirts font office de foulards portés sur la tête, les baskets et autres claquettes de piscine assurent le confort nécessaire pour la balade nocturne. Le directeur artistique Demna Gvasalia fait  avancer ses silhouettes d’un pas déterminé dans la nuit comme pour nous dire que la vie, la fête et la mode doivent poursuivre leur chemin dans cette période sombre. 


Autre défilé vidéo remarqué, celui de la créatrice française Marine Serre qui a présenté Amor Fati, un court-métrage réalisé par Sacha Barbin et Ryan Doubiago, mettant en vedette la chanteuse irano- néerlandaise Sevdaliza et l’amie de la créatrice, Juliet Merie, dans lequel on peut voir sa collection sustainable conçue avec des matières recyclées portée par ces protagonistes nous entraînant d’une vision dystopique à une autre, (laboratoires stériles, paysages martiens). Mieux vaut une vidéo cool qu'un mauvais défilé. Bref, vous l'aurez compris, à la fashion week de Paris, c'est bien la pandémie qui est tombé à l'eau.