Pour ses 20 ans, Colette nous a ouvert ses archives...

Né quelques mois après Mixte, le mythique concept-store de la rue Saint-Honoré célèbre ses 20 ans. Photos d'hier, interviews de la "bande" et clips-souvenirs évoquent l'énergie festive qui a toujours fait de Paris (et de Colette) une fête. Happy birthday!

On l’a fait dans un train, dans un bus, dans une Mini. On l’a fait au Palais de Chaillot, à La Cigale, à La Scala, au ParisParis. On l’a fait à Londres, à New York, à Tokyo, et une fois (moment très mémorable) au 213, rue Saint-Honoré. On l’a fait dans la joie, la bonne humeur, la folie, l’excitation. On a même parfois eu du mal à croire qu’on le faisait. On avait toujours en ligne de mire ces deux sphères bleues et dans les oreilles tout ce qui se tramait de plus emblématique, de plus culte, de plus contemporain. Ceux avec qui on l’a fait disent parfois avoir du mal à s’en souvenir – à moins que leur discrétion légendaire ne dicte leur mémoire… Nous, on se souvient de la glace au ketchup signée Pierre Hermé qui fondait dans les coupelles à la fête des cinq ans de la boutique. Des bribes d’instants hystériques au Culture Club de Gand, en Belgique, de cette heure en plus qui nous a achevés et du kit de produits de beauté Prada pour se refaire une santé dans le Thalys du retour. D’un saut dans la fosse de La Cigale pendant le mix de James Murphy, et de se retrouver avec une pomme rose entre les mains. D’un rock acrobatique avec un certain attaché de presse dans un club londonien. D’un dîner ambiance guerre des gangs bon enfant pour les dix ans à la Scala avec tous les mecs des clubs parisiens. D’un set de Metronomy se reflétant dans les miroirs et les dorures de Chez Régine. Parfois, lors d’un déménagement ou au hasard d’un tiroir, on tombe sur des tickets conso, des photos écornées où on se voit les yeux rouges, tout jeunes et tout heureux. On se dit que, parmi les expériences les plus fortes de nos humbles souvenirs, le tag “soirée Colette” a toujours placé le curseur du fun très haut. Peut-être parce que ces temps forts pré-2010 étaient aussi ceux d’un “party pris”, d’une ère pré-réseaux sociaux où l’excitation d’une nuit exceptionnelle était uniquement réservée à ceux qui la vivaient en direct. Bien sûr, Sarah et son équipe continuent de nous surprendre et de nous gâter – ils nous pardonneront donc le cocktail un brin nostalgique qui nous permet de souhaiter “Happy Birthday” à Colette.

SARAH ANDELMAN, Cofondatrice


MiXTE La fête a toujours joué un rôle important dans l’histoire de Colette. D’où venait cette envie ? 

S.A. Ah, nous étions si jeunes… L’envie était de rassembler des gens différents, de divers microcosmes, à l’image de notre sélection, de les réunir, de leur permettre de s’amuser, de danser, sous une thématique ou juste pour le plaisir. C’était également un moyen pour nous de communiquer, de donner envie de découvrir notre univers.

M. Est-ce que le rapport entre Colette et la fête a changé au cours de ces 20 ans ?

S.A. Oui, bien sûr. Cela a évolué en fonction des lieux : Le Baron, Le ParisParis, La Scala ; en fonction de la nuit à Paris en général et de la musique… Ce que l’on pouvait faire il y a encore dix ans est désormais plus compliqué. Et surtout, il est hors de question pour nous de nous répéter, il faut que chaque fête soit différente. Donc au bout d’un moment…

M. Des souvenirs, des moments forts qui vous ont marquée ?

S.A. Le Palais de Chaillot, le 30 décembre 1999, le Culture Club à Gand, en octobre 2002 (avec un Thalys privatisé et entièrement dédié), nous avions oublié un petit détail : nous changions d’heure cette nuit-là ! Les cinq ans du magasin avec le Crazy Horse au Water-Bar, une soirée rose à La Cigale, les dix ans à la Scala, avec dix organisateurs de fêtes parisiennes, des soirées Halloween à Tokyo, la Saint-Valentin à New York...

M. Quelques morceaux qui incarnent ces moments de fête sur vingt ans ?

S.A. Il y en a tellement, et tous représentatifs de leur époque ou année ! Mais je dirais “We Are Your Friends” de Justice, à la jonction de nos deux décennies. 


MICHEL GAUBERT, DJ, responsable (avec Marie Brannellec) des compilations Colette jusqu’en 2009


“À l’origine, les fêtes, c’était une envie de Sarah et de tout le monde pour permettre à Colette de rayonner, de montrer que ce n’était pas simplement une boutique où tu venais acheter un disque. C’était un vrai désir de partage à une époque pré-internet, où la musique était encore une chose un peu rare. Les fêtes Colette étaient des lieux de rassemblement qui nous ont permis d’avoir une vraie réputation à l’international – quand je suis allé démarcher James Murphy, il connaissait déjà Colette grâce aux compils et aux soirées. Évidemment qu’il y a eu des moments d’organisation last minute, mais aussi des temps forts incroyables, comme cette soirée Chez Régine, qui avait fermé depuis des années, où Metronomy et 2ManyDjs ont joué dans ce cadre et cette déco mythiques. De tous les morceaux, je retiens le “Comfortably Numb” des Scissor Sisters, avant que le groupe ne devienne une merde, “My Time” d’Ann Scott, un ancien morceau qu’on avait retrouvé avec Marie, et évidemment “I’m Losing My Edge” de LCD Soundsystem.” 


GUILLAUME SALMON, responsable RP de Colette 


“Ma première soirée Colette en tant que membre de l’équipe, c’était au Palais de Chaillot le 30 décembre 1999. Je gérais la porte avec Victoire de Taillac (en charge des RP à l’époque, ndlr) et il y avait eu quelques instants assez tendus car nous ne pouvions pas faire entrer tout le monde. En 2002, il y a eu la fête des cinq ans à la boutique – c’était la dernière, le nettoyage a duré des heures – et la fameuse soirée au Culture Club à Gand, ma première grosse fête avec Nadège Winter, qui venait d’arriver. Au retour, le changement d’heure a achevé quasiment tout le monde, sauf les fêtards extrêmes qui ont colonisé la voiture 8 dans le Thalys… On a beaucoup fait de soirées à l’étranger où la Colette Touch, faite d’énergie, de créativité, de spontanéité, est très appréciée. S’il reste évidemment un noyau dur, on a vu notre public se renouveler, avec toujours la même envie festive.” 


CLÉA VINCENT, artiste découverte lors d’une soirée Colette, en 2011 


“Mon premier événement Colette, c’était la Music Box #10, le 14 décembre 2011 au Water-Bar. À l’époque, mon groupe s’appelait Cléa et les Coquillages. J’avais encore mes joues de bébé et une voix extrêmement instable qui donnait un côté punk aux chansons de bossa que nous reprenions en français. Cette mise en avant par Colette a donné un véritable élan à ma carrière musicale et m’a offert une certaine crédibilité auprès des médias, notamment de la presse féminine. J’ai également joué à la soirée Frenck Kiss pour la Saint-Valentin en 2014. La veille, on nous avait annoncé la venue de Kylie Minogue ! C’est durant cette soirée que j’ai rencontré Juliette Armanet et The Pirouettes. Après ça, on ne s’est plus jamais lâchées, ce fut le début d’une belle amitié artistique.” 


JEFF DE GET A ROOM, DUO DE DJS PARISIENS 


“Nous avions joué pour la sortie de la compilation Sex (en 2011, ndlr) dans le sous-sol d’un club échangiste dans le 8e, un endroit totalement fou avec des donjons. Colette a été un super-tremplin pour nous, un nom garant de bonne musique. Clément (l’actuel responsable musical, ndlr) fait un super-boulot, et avant lui Michel Gaubert a vraiment façonné ce son Colette. C’est lui qui a véritablement ouvert les portes aux 2ManyDjs, à DFA… Il n’a pas pris le train en marche, et c’est grâce à lui que la nuit parisienne a su se diversifier, que les Dj’s ont commencé à mélanger les genres.”