Prada en plein turfu

Jeudi 24 septembre, Milan retenait son souffle à l’approche de la présentation de la toute première collection Prada imaginée par Muccia Prada et Raf Simons - nommé co-directeur artistique de la marque italienne en février dernier. Retour sur un défilé événement et marqueur de son temps.
Collection Prada printemps-été 2021
Collection Prada printemps-été 202

Après la diffusion du défilé en format digital sur le site de Prada (covid-19 oblige), Muccia Prada et Raf Simons ont répondu à quelques questions sur leur nouvelle collaboration. L’une d’entre elles les interrogeait sur le concept de nouveauté : “Qu’est-ce qui est nouveau ? Qu’est ce qui peut être considéré comme tel ?”. La réponse des designers : “ce serait quelque chose qu’on n'a jamais vu auparavant”. Bingo !

En tout point, la collection Prada printemps-été 2021 incarne cette nouveauté dont la mode a besoin. Déjà par le caractère inédit de cette collaboration à quatre mains qui bouscule le principe même de “tendance” mais aussi en ce qui concerne le statement partagé par Muccia Prada. Dans son discours d’introduction post-défilé, la créatrice a rappelé l’importance pour l’industrie d’intégrer en son sein les questions de “sustainability” et “inclusity”, avec la volonté de devenir "meilleur". Une prise de parole qui peut paraître simple mais qui est avant tout primordiale dans ce contexte actuel et d’autant plus déterminante quand elle est prononcée par une figure aussi respectée que la designer italienne.

Collection Prada printemps-été 2021
Collection Prada printemps-été 2021

Le statement étant désormais fait, focus sur le vêtement lui-même. À y regarder de plus près, l’association des styles propres aux deux créateurs semble plus qu’évidente et cohérente. Pour rappel, Raf Simons avait été nommé en 2005 par Muccia à la tête de Jil Sander. Une longue et riche amitié qui a pris forme avec ce défilé inédit s’annonçant comme un retour aux fondamentaux pensés pour notre époque et pour ce qui pourrait être le style du futur.


La collection, éloignée du concept des tendances, revient donc sur des codes esthétiques et des intemporels de la maison twistés et retravaillés, présentés dans le cadre d’un set design intimiste composé de multiples caméras et monitors et signé OMA/AMO (l’amour de Prada pour la technologie de pointe), également complété par une création sonore de Richie Hawtin aka Plastikman (l’amour de Prada pour la très, très, bonne musique). 

Défilé Prada printemps-été 2021
Défilé Prada printemps-été 2021

Dans ce décor, chaque passage de mannequin vient affirmer l’impression d’une silhouette minimale, effortless mais finalement ultra-élaborée dans les détails et d’autant plus riche qu’elle associe le travail des deux créateurs ; comme si ces derniers avaient proposé un nouvel uniforme en déconstruisant ensemble - “par addition et soustraction” comme ils aiment à le rappeler - leurs références respectives pour finalement nous en offrir de nouvelles permettant de redéfinir Prada en ce début de 21e siècle. 

collection Prada printemps-été 2021
collection Prada printemps-été 2021

Concrètement, ce concept s’illustre de plusieurs façons. D’abord par l’utilisation de pièces sportswear hybrides chères à l’identité Prada comme cette saison les néo-capes imaginées dans des matières techniques, les hoodies à manches courtes bouffantes ou encore les pantalons de tailleur portés sous une jupe dotée d'un sac intégré. Autre point significatif de la rencontre Raf X Muccia : des looks inspirés par “la manière dont Miuccia s'habille”, soit une jupe plissée et un petit pull aux accents 50’s agrémenté d’un jeu de superpositions et d’une paire de kitten heels. Mais ce “New Prada” ne serait pas non plus Prada sans l’utilisation du fameux logo imprimé de manière XXL sur quelques pièces minimalistes, mais aussi en format mini sur quelques sacs et drapés aux accents couture, venant ainsi renforcer la notion de communauté emblématique de la marque. 

Côté matières et nuancier, c’est une nouvelle fois un mélange hybride surprenant composé de robes en satin dans des teintes douces (rose poudrée, jaune pastel...), des mailles aux coloris pop (un vermillon presque fluo) ou encore des silhouettes noires et blanches agrémentées de certains imprimés d’archives de la maison accentuant à leur tour et en toute subtilité les lignes graphiques et épurés de la collection. Prada est est bel et bien là. Y a quoi ?