Regina Demina : "L’art contemporain a été un cheval de Troie"

Des chavs anglais à la jeunesse populaire russe, elle aime les esthétiques white trash, les images d’Épinal de familles désargentées qu’elle télescope avec des courants picturaux plus classiques, voire liturgiques. Performeuse, chanteuse, artiste, elle jouait cette semaine à l'atelier de Paname, en parcours off de la Fiac.
Cape à capuche VALENTINO, Collant à plumetis WOLFORD, Escarpins DIOR - Photo : Nicolas Wagner - Stylisme : Camille-Joséphine Teisseire
Cape à capuche VALENTINO, Collant à plumetis WOLFORD, Escarpins DIOR - Photo : Nicolas Wagner - Stylisme : Camille-Joséphine Teisseire.

Mixte Entre l’art contemporain, le théâtre et la musique, tu as choisi de ne pas choisir ? 

Regina Demina Le plus important pour moi, c’est de faire des choses. L’art contemporain a été un cheval de Troie pour faire des spectacles musicaux ou de la musique. Ça m’a apporté production, caution et visibilité. J’ai un background de l’art contemporain, mais aussi de la mode ou de la nuit. Mon bonheur, généralement, c’est quand je peux tout additionner en évitant le plus possible la question du discours. Je ne suis pas une puriste. Pour moi c’est un truc de vieux con.


M. Tu as quel âge ? Si tu en parles. 

R.D. Non.

M. Tu ne dis pas ton âge ? 

R.D. Ah non, non, non. 

M. Comme une comédienne… 

R.D. I am! 

M. Ton parcours ? 

R.D. Je suis sortie du Fresnoy il y a deux ans. J’ai été au Palais de Tokyo et j’ai eu des pièces qui ont un peu tourné ailleurs. J’ai participé à l’Ososphère, un festival d’installations et d’arts numériques. Je suis partie à Arles pour une structure qui s’appelle Extramentale. J’ai participé aussi à un festival en Inde, Serendipity Arts, qui est dirigé par un trust d’art contemporain asiatique et un groupe de curateurs assez progressistes. 

Col roulé en coton stretch beige LANVIN, Jupe en cuir noir REDEMPTION, Collant en résille FALKE.
Col roulé en coton stretch beige LANVIN, Jupe en cuir noir REDEMPTION, Collant en résille FALKE - Photo : Nicolas Wagner - Stylisme : Camille-Joséphine Teisseire

M. Et avant ça ? 

R.D. J’ai arrêté les études à 17 ans. J’ai fait de la danse, du théâtre et du mannequinat. J’ai intégré le circuit institutionnel en art contemporain depuis deux ans seulement. Je n’avais pas le bac. 

M. Ça te posait problème de ne pas l’avoir ? 

R.D. Ce n’est plus un souci maintenant que j’ai mon diplôme. Je suis née en banlieue, je suis une fille d’immigrés, j’ai été naturalisée française il y a un an seulement. Avant, j’avais le statut de réfugiée politique d’ex-URSS. Si je n’avais pas eu de diplôme, personne ne m’aurait ouvert de portes. 

M. Tu es de quelle origine ?

R.D. Moitié russe par mon père, qui est sibérien, moitié ukrainienne par ma mère. Mes parents ont émigré avec mes trois frères, dont deux sont nés en France et un en Ouzbékistan, où ma mère a grandi. Je suis née en Russie. Mes parents ont fait des études, mais leur diplôme ne valait rien en France. 

M. Mais en art, les diplômes servent-ils beaucoup ? 

R.D. Plus qu’ailleurs ! Entre le moment où je suis rentrée au Fresnoy et celui où j’ai eu le prix de ma promo, c’est le jour et la nuit. Avant, on ne te calcule pas. C’est un passe-droit, comme un tampon. On m’a donné des moyens. J’ai pu m’équiper en matos son et faire de la musique. J’en suis très reconnaissante.

Top en velours plissé KENZO, Boots à strass SAINT LAURENT par Anthony Vaccarello,  Bijoux CHARLOTTE CHESNAIS chez White Bird.
Top en velours plissé KENZO, Boots à strass SAINT LAURENT par Anthony Vaccarello, Bijoux CHARLOTTE CHESNAIS chez White Bird - Photo : Nicolas Wagner - Stylisme : Camille-Joséphine Teisseire. Coiffure : Nicolas Philippon @ Call my Agent. Maquillage : Khela @ Call my Agent. Assistante styliste : Tamara Prince. remerciements à la maison de location de mobilier Gaetan Lanzani.