Shiatzy Chen, la marque de luxe chinoise à retenir (et sur laquelle on peut compter)

Savoir-faire ancestral chinois et coupes d’inspiration occidentale font tout le sel de Shiatzy Chen. Inscrite au calendrier de la semaine de la mode parisienne depuis 2009, la maison nourrit un dialogue Est-Ouest depuis plus de 40 ans. A l'occasion de l'ouverture de sa seconde adresse avenue Montaigne, rencontre avec sa créatrice et fondatrice Wang Chen Tsai-Hsia.
Défilé Shiatzy Chen - Collection SS 2018
Défilé Shiatzy Chen - Collection SS 2018

Mixte On dit souvent que Shiatzy Chen est le “Chanel taïwanais”. Que pensez-vous de cette comparaison ? Quelles sont les similitudes entre Coco Chanel et vous ?

Wang Chen Tsai-Hsia C’est une comparaison très flatteuse, évidemment. La première similitude avec Coco Chanel serait sans doute la façon dont elle a débuté sa carrière. Elle a développé ses connaissances en couture en travaillant avec des religieuses, chez les dames chanoinesses de l’Institut Notre-Dame ; de façon similaire, j’ai commencé à travailler dans un petit atelier très modeste. Hormis notre passion commune pour l’artisanat, une autre similitude serait la facilité à identifier les vêtements des deux marques : on reconnaît tout de suite un tailleur Chanel. Or Shiatzy Chen propose des pièces très reconnaissables, comme notre veste "signature", qui est un peu notre “petite veste noire”.

M Shiatzy Chen allie culture traditionnelle chinoise et coupes occidentales plus modernes. Comment ce dialogue “Est-Ouest” nourrit-il vos créations ?

Wang Chen Tsai-Hsia Etant moi-même Chinoise, mes créations ont toujours été nourries par la culture, les ressources et le savoir-faire chinois. La Chine est un grand pays à l’histoire riche et aux techniques de couture et de broderie très variées. Ce qui m’a intéressé dans ce dialogue “Est-Ouest”, c’est la rencontre entre la culture et les traditions chinoises avec un savoir-faire européen complètement différent : la façon de couper un vêtement n’est pas du tout la même en France qu’en Chine. J’apprends constamment de nouvelles choses, c’est pour cela que cet échange est si intéressant pour moi.

M L’un des piliers de votre marque est justement l’artisanat et la mise en avant des savoir-faire traditionnels. Pouvez-vous nous parler des artisans avec lesquels vous travaillez ? Exercez-vous un rôle de mécène auprès d’eux, afin de préserver certaines techniques ancestrales ?

Wang Chen Tsai-Hsia Nous travaillons avec de nombreux artisans en Chine pour préserver et employer les techniques traditionnelles de broderie. L’une d’entre elles, sans doute la plus célèbre, est originaire de Suzhou, une ville voisine de Shanghai également très connue pour sa production de soie. Très tôt, j’ai souhaité incorporé ces techniques dans les créations Shiatzy Chen. Mais cela coûtait très cher : pendant longtemps, les artisans de Suzhou travaillaient principalement avec le Japon pour la production de kimonos de cérémonie. J’ai finalement établi de très bonnes relations avec eux. Puis nous avons lancé un programme de charité permettant à de nombreuses femmes issues de régions pauvres en Chine d’apprendre d’autres techniques de broderie ancestrales dans notre studio, à Shanghai. Elles reçoivent l’enseignement des meilleures professeurs pour appliquer ce savoir-faire à la création de vêtements modernes, ce qui leur permet d’avoir un métier. J’essaye de faire au mieux pour préserver ces savoir-faire tout en leur donnant une utilité et une actualité. 

En parallèle de votre maison de mode, vous avez lancé votre propre marque de thé, Cha Cha Thé. D’où vous est venue cette envie ?

Wang Chen Tsai-Hsia Je voyage souvent en Europe et j’ai remarqué que de nombreuses personnes ramenaient de leurs voyages des théières, des boîtes de thé ou encore des macarons Ladurée. Comme la Chine a une histoire toute particulière avec le thé, j’ai voulu créer une marque pour renouer avec l’image traditionnelle de cette boisson, à la fois élégante et sophistiquée. L’idée était aussi d’éduquer les gens à déguster le thé et de préserver un autre savoir-faire chinois, dont l’essor a été particulièrement remarquable lors de la dynastie Song (de 960 à 1279, ndlr).

Vous venez d’ouvrir un magasin dans un quartier de Paris emblématique, sur l'avenue Montaigne. Quel est votre état d’esprit au lendemain de cette inauguration ?

Wang Chen Tsai-Hsia Je suis très contente, évidemment. Nous avons passé beaucoup de temps à chercher l’endroit idéal pour ouvrir notre seconde boutique parisienne et je suis ravie du résultat. Maintenant, il s’agit de continuer notre développement en Europe et le reste du monde. J’aimerais ouvrir une boutique encore plus grande d'ici quelques temps à Paris. 

Portrait de Wang Chen Tsai-Hsia, fondatrice et directrice artistique de Shiatzy Chen
Portrait de Wang Chen Tsai-Hsia, fondatrice et directrice artistique de Shiatzy Chen

Vous avez également présenté à Paris votre collection printemps-été 2018. Pouvez-vous nous parler de vos inspirations pour cette saison ?

Wang Chen Tsai-Hsia Mon inspiration pour cette collection est la route de la soie, qui est emblématique du dialogue entre la Chine et l’Occident. C’est une histoire ancienne mais également très contemporaine car une nouvelle route de la soie est en train de voir le jour, à travers de grands projets de liaisons ferroviaires entre l’Europe et la Chine. On retrouve également dans les imprimés de cette saison le croissant de lune qui évoque le célèbre lac de Dunhuang, dans le désert de Taklamakan, une étape importante sur la route de la soie. C’était pour moi une belle façon de célébrer le 40e anniversaire de Shiatzy Chen, dont l’ADN est marqué par les échanges entre la Chine et le vieux continent.