Fanny Sage

Parfois fragile, d’autres fois vénéneuse, elle a dansé dans de nombreux clips (Placebo, Stromae, Oren Lavie et Vanessa Paradis, Elton John) et pour des campagnes de publicité (Nina Ricci, Cartier, Chloé, Hermès, Dior, 24 Sèvres, Chanel). Cette année, à 29 ans, Fanny Sage a fait ses premiers pas comme actrice dans la série Vernon Subutex.
Robe en crêpe de laine PAULE KA, bague BOUCHERON. Photos : Bojana Tatarska. Réalisation : Julie Pailhas.
Robe en crêpe de laine PAULE KA, bague BOUCHERON. Photos : Bojana Tatarska. Réalisation : Julie Pailhas.

Mixte. Cela fait plusieurs années que vous dansez devant la caméra. Comment avez-vous débuté ? 

Fanny  Sage. À l’âge de 3 ans, comme je bavais devant la vitre de l’école de danse de ma sœur, la prof m’a fait entrer. Après le bac, je me suis formée au Conservatoire national supérieur de danse de Lyon, mais à aucun moment je n’avais imaginé tourner des spots publicitaires ou des clips. C’est arrivé lorsque j’ai débarqué à Paris. Je dansais dans des compagnies, et j’ai répondu par hasard à une annonce sur Facebook : “Qui est libre pour un tournage de la marque Chloé ?” C’était parti. Danser sur des tournages demande un effort d’adaptation, et j’aime ça. Si je suis en plan serré, je vais juste bouger mes bras et garder une certaine fixité. Sinon ce sera un enfer pour le cadreur et le pointeur ! De nombreuses maisons de couture ont des affinités avec la danse, et je suis contente que les choses bougent. Il n’y a pas que la danse classique. Le dernier défilé Dior a été chorégraphié par Sharon Eyal (originaire de Jérusalem, ndlr), la danse israélienne est très à la mode. Depuis quelque temps, je suis aussi directrice de mouvement pour aider les mannequins à fluidifier leurs déplacements sur des shootings. Ça m’apprend à être plus patiente… Il y a zéro rigueur chez elles comparé aux danseuses. Et je suis également chorégraphe. Dernièrement, pour Cartier, je me suis inspirée du tango argentin qui est basé sur la relation des nombrils de l’homme et de la femme. 

M. Comment se passent les tournages ? Vous aimez travailler avec les réalisateurs ?

F. S. Ça dépend lesquels. La plupart du temps, j’apprends beaucoup et j’apprécie l’échange et le lien qui se créent avec le réalisateur. En tant qu’interprète, je trouve essentiel de comprendre ce qu’il veut. Quand la direction n’est pas claire, je lui demande de me donner une couleur ou une matière. En danse, c’est assez inspirant et il en va de même avec le jeu. 

M. On vous verra prochainement dans la série Vernon Subutex, inspirée de la trilogie de Virginie Despentes. Vous jouez un rôle de danseuse ? 

F. S. Non, la réalisatrice Cathy Vernet ne savait même pas que j’étais danseuse. Et ça me plaisait bien ! À un moment, elle m’a dit : “Lève-toi. Je ne te demande pas de danser, mais si tu peux faire quelques mouvements…” Et Romain Duris a vendu la mèche ! Je joue le rôle de Séverine, l’ancienne amoureuse de Vernon, le personnage de Romain. J’avais seulement deux séquences de flash-back : une dispute et une scène de passion. Dans la première, je me suis tellement énervée que Romain a pris cher pour tout ce que j’avais sur le cœur et dont je me suis servie pour la scène ! 

Blouse en coton JIL SANDER.
Blouse en coton JIL SANDER.

M. Vous êtes aussi apparue dans Orpheline, d’Arnaud des Pallières, en 2016 et L’Amant double, de François Ozon, en 2017. Quelle a été votre première expérience de cinéma ? 

F. S. C’était en 2015. Je doublais Lily-Rose Depp dans La Danseuse, de Stéphanie Di Giusto. À chaque fois que la réalisatrice me demandait de continuer à jouer un petit peu après avoir dansé, le fait de m’exprimer autrement qu’avec le corps me plaisait beaucoup. Petit à petit, j’ai laissé cette envie grandir, et après le tournage de Vernon Subutex, j’ai écrit à Fanny Minvielle, agent chez UBBA. Je me trouve un peu culottée d’avoir fait ça parce que je n’avais pas grand-chose à lui montrer. Nous nous sommes rencontrées, je lui ai confié mon envie d’être comédienne. Comme elle a aussi des affinités avec la danse, elle est venue me voir à Avignon dans Anna, un spectacle chorégraphié par mon amie Laura Arend, qu’on va tourner un peu partout, au Luxembourg, en Allemagne, au Burkina Faso, en Israël, à New York, au Texas, au Panama… J’avais vraiment envie d’être actrice, mais c’est difficile de se sentir légitime parce qu’il y a plein de danseurs qui, à l’âge de 30 ans, deviennent comédiens ou professeurs de yoga. Moi je fais les deux. Un vrai cliché. 

M. Comment imaginez-vous la suite ? 

F. S. Tout s’imbrique. Ma philosophie, c’est de rester ouverte à tout ce qui peut se passer. Je n’ai pas le sentiment de m’éparpiller en jouant. Au contraire, je continue dans la même direction. Quand je chorégraphie, je fais rire les danseurs car je leur demande toujours d’imaginer des histoires à partir de leurs mouvements. Ça rejoint la danse-théâtre conçue par Pina Bausch : le chorégraphe part d’un mot, la tendresse, par exemple, à partir duquel les danseurs inventent cinq mouvements. Ils peuvent aussi changer leurs émotions sur un même geste. La comédie et la danse sont très liées. Aujourd’hui, s’il fallait que j‘arrête la danse un an pour un rôle, je le ferais. J’ai conscience qu’être comédien, c’est un métier. Je voudrais suivre des cours pour avoir une base qui me permettrait de reprendre trois fois la scène lors d’un casting et que ce soit bien même si ça ne tombe pas un bon jour. En danse, j’ai acquis une technique. Là, par exemple, j’ai un orteil cassé, mais je peux danser.


Coiffure : Sébastien Le Corroller @ Airport Agency. Maquillage : Maria Olsson @ Open Talent Paris. Manucure : Typhaine Kersual @ Artists Unit. Assistant photographe : Ugo Vannier. Assistante styliste : Audrey Lepladec. Remerciements à Espace lumière studios. Vidéo : Salomé Socroun.