T'as le TKAY !

Le rap alternatif de la jeune Tkay Maidza libère la chaleur de son Zimbabwe natal et de l’Australie où elle vit. Après un premier EP en 2014, son album Tkay sur lequel elle distille un flow libre et assuré vient confirmer son talent. Rencontre avec un petit concentré d’énergies positives.
Tkay Maidza porte une Combinaison en coton DSQUARED2, une Boucle d’oreille en cuir FABIEN IFIRES. Photo Nicolas Wagner. Réalisation : Storny + Misericordia
Tkay Maidza porte une Combinaison en coton DSQUARED2, une Boucle d’oreille en cuir FABIEN IFIRES. Photo Nicolas Wagner. Réalisation : Storny + Misericordia

Tkay Maidza enchaîne les tenues à toute vitesse pour nous permettre de photographier les looks prévus dans un planning qui déborde. Elle saute de ses chaussures à plateforme, qui doublent presque sa petite taille, dans des robes bariolées en s’amusant, avec une gentillesse et une énergie ravissantes. Plus le temps pour l’interview ? Qu’à cela ne tienne, on la fera dans l’appartement qu’elle a loué non loin de là, près de la mairie du 3e, où nous la suivons, guidés par son jeune manager anglais. Le temps d’acquiescer, reconnaissante, aux propositions de sushis à emporter que lui fait son attachée de presse, et elle est prête à répondre à nos questions, sans s’être jamais départie de son large sourire. Cela fait trois jours que Tkay est à Paris pour promouvoir son album TKAY. Elle part le lendemain en faire autant à Londres. 


À peine un mois avant de la rencontrer, nous n’avions jamais entendu parler d’elle. Puis internet a bruissé de l’air frais de son hip pop enjoué potentiellement soluble dans une électro-pop mondialisée qui devrait autant à Diplo et ses productions pour M.I.A. (“Tennies”, “Carry On” feat. Killer Mike) qu’à une tropical dance chère à Kungs ou à Flume (“Stimulation”). Tkay chante autant qu’elle rappe, sur des beats syncopés parsemés de sonorités acidulées. Sa propre définition de sa musique respire la liberté : “En gros, c’est moi faisant tout ce dont j’ai envie”. Tkay Maidza est née dans une famille de mineurs qui a déménagé du Zimbabwe à la campagne avoisinant Perth, dans l’Ouest de l’Australie, lorsqu’elle avait 5 ans. Elle a donc grandi dans le désert, puis a déménagé vers l’Est avant de s’installer à Adelaïde il y a six ans. Elle garde de cette époque une sensibilité mi-urbaine mi-rurale, avec un goût pour les villes en bord de mer qui lui permettent de se ménager des moments d’évasion. Une vie qui la prédispose donc jusqu’à présent au nomadisme. “Je n’ai pas vraiment été à la maison ces deux dernières années. J’ai beaucoup tourné. J’adore ça, parce que j’aime découvrir de nouveaux endroits, dont, pour certains, je ne connaissais même pas l’existence, comme Calpe près de Valence en Espagne, où on a tourné un clip. Mais j’aimerais vivre aux USA, tout y est plus accessible comparé à l’Australie, où les magasins ferment par exemple à 17h et où rien ne se passe après les horaires de travail. Aux États-Unis, tu peux aller au supermarché à minuit, les choses sont plus simples. Ma ville idéale serait peut-être Los Angeles. Ce qui compte surtout, c’est que ça bouge. Je ne suis pas très patiente.” Âgée d’à peine 20 ans, Tkay a déjà sorti un premier EP loué par Spin ou Pitchfork, Switch Tape, en 2014. 


Surdouée ? Peut-être, puisqu’elle a sauté deux classes pour passer son bac à 16 ans avant de commencer des études d’architecture, qu’elle prévoit de reprendre, en plan B, si ses rêves de musique n’aboutissaient pas – ce qui semble quand même à l’heure actuelle difficilement envisageable. Une précocité dont Tkay a gardé un certain sens de la différence : “Quand j’avais 16 ans, mes amis sortaient en boîte, mais moi je n’y étais pas autorisée parce que je n’étais pas majeure. J’ai été scolarisée dans plusieurs écoles, et à chaque fois il fallait recommencer à se faire des amis. Du coup, je n’en avais pas beaucoup puisque je savais qu’on ne se fréquenterait pas très longtemps. Mes parents me disaient de ne pas m’en faire et de me concentrer sur les cours.” Une clé évidente à la compréhension de ses textes, qui abordent la quête indispensable de soi dans la solitude, la perte d’un ami ou le fait de placer sa confiance dans les mauvaises personnes… Une profondeur qui ne coule pas toujours de source dans la pop actuelle. 

Tkay Maidza porte un Sweatshirt en molleton brodé, une Chemise en coton rayé à rubans de velours, une jupe zèbre à sequins et des chaussures à plateforme en cuir argenté MARC JACOBS, des Chaussettes en lurex FALKE. Photo Nicolas Wagner. Réalisation : Storny + Misericordia 
Tkay Maidza porte un Sweatshirt en molleton brodé, une Chemise en coton rayé à rubans de velours, une jupe zèbre à sequins et des chaussures à plateforme en cuir argenté MARC JACOBS, des Chaussettes en lurex FALKE. Photo Nicolas Wagner. Réalisation : Storny + Misericordia 

Si Tkay écrit ses textes, elle ne produit pas elle-même : “J’essaie d’apprendre, mais c’est plus facile de travailler avec des producteurs et d’être dans l’échange. Soit je les trouve sur internet, soit ce sont eux qui viennent vers moi. Parfois, c’est le label qui propose. J’ai travaillé avec des Australiens, des Américains et même des Français, puisque c’est moi qui chante sur ‘Do It Right’ de Martin Solveig.” Son père musicien a joué dans des groupes de folk africaine, mais Tkay, alors petite, n’en a gardé que des influences rythmiques. “Mes parents écoutaient du reggae et ma mère adorait Lauryn Hill, qui est une grande source d’inspiration pour moi. Ils écoutaient beaucoup la radio, c’est aussi pour ça que ma musique sonne pop. Je pense à Missy Elliott, Rihanna, Nicki Minaj, Kendrick Lamar, Drake, Kanye West… qui était vraiment mon rappeur préféré quand je me suis mise au hip hop. Ma première composition a été une relecture de son morceau ‘Power’.” Si elle devait choisir des collaborations futures, ce serait avec Hudson Mohawke, Cashmere Cat et surtout Pharrell Williams. Le dynamisme de la jeune rappeuse se retrouve aussi côté scène. Elle qui a déjà fait les premières parties de Charli XCX ou Mark Ronson affectionne les grosses productions : “J’aime les grands shows où tout le monde est impliqué et où tout est fun. J’ai envie que mes concerts ressemblent à ceux que je préfère. Quand j’ai vu Major Lazer sur scène, je me suis dit ‘Wow ! C’est ce que je veux faire’. C’est une telle fête que tout le monde souhaite en être. Le rêve que j’aimerais accomplir sur scène ? Ce serait Beyoncé au Superbowl en 2013, avec des danseuses et des projections d’elle-même dansant derrière, de la pyrotechnie, etc. J’ai fait mon premier show avec chorégraphie en octobre à New York. On a répété huit heures par jour pendant deux jours. C’était dur, mais tant que tu as confiance, tu arrives à suivre. J’aimerais jouer au Terminal 5 à New York ou dans des festivals comme Glastonbury en Angleterre.” Son album vient de sortir, elle fait actuellement ses premières apparitions sur scène en France, avec un Dj et un batteur plein d’énergie… Restez à l’affut, on devrait entendre de plus en plus parler d’elle !

Album TKAY (Kitsuné)