Tendance veste métallique ou robe-armure ?

Lame d’acier, total look vif-argent, détails architecturaux et ornements saillants… Sur les podiums, un vestiaire comme taillé dans le fer s’impose. Et si les créateurs remettaient l’armure au goût du jour ? Décryptage métal hurlant.
Robe d’inspiration cotte de maille chez Saint Laurent, défilé automne-hiver 2017-2018

L’époque est-elle à nouveau aux dames de fer ? Si Theresa May peine sensiblement à suivre les traces plutôt controversées de son aînée Margaret Thatcher, ce n’est pas faute d’avoir tenté d’afficher le même optimisme aveugle – un état d’esprit appelé “steely determination” outre-Manche, comme mental d’acier. Le cheminement de Mrs May pourrait aussi évoquer la transposition d’une autre pseudo-légende historique, tout de métal vêtue : l’histoire d’une Jeanne d’Arc à contre-courant venant chasser les méchants Français (et Roumains, Néerlandais, Espagnols, Polonais…) hors de son sacro-saint pays. Car en ces temps difficiles, la robe-armure ou la veste métallique semblent presque des métaphores pour une époque où tout devient bataille. 

Ceci n’est pas de la paillette 

Oublié le glitter, nous sommes dans le métal pur et dur, plus symbolique d’un combat que de la piste du Studio 54. Couplée aux épaules volumineuses qui font actuellement fureur, la tendance métal transforme la power woman en cyber-héroïne, incarnée à merveille par David Koma chez Mugler. Chez Saint Laurent, Anthony Vaccarello la travaille dans les détails, de la simple bordure au volant, ou en total look, comme une armure contemporaine qu’on aurait découpée à l’ouvre-boîte. Chez J.W. Anderson, la maille métallique s’invite en bandes ou pièces rapportées, tandis que Christopher Kane pousse l’idée à son paroxysme, proposant une silhouette comme trempée dans du mercure – pour mieux refléter la température ambiante ? S’il y a un univers historiquement proche de cette idée de l’armure, c’est bien celui de la maison Paco Rabanne, dont le fondateur s’est démarqué dès 1966 avec ses étonnantes créations en plaques d’aluminium martelé, incarnées à merveille par Françoise Hardy, autre beauté d’airain. Pour l’hiver 2017, Julien Dossena, directeur artistique de la maison depuis 2013, a revisité une cotte de maille tellement fluide qu’elle en devient presque liquide, pensée comme un total look pour guerrière urbaine. 

Une question de survie 

Au-delà du côté purement visuel du métal, son utilisation pose d’autres questions dans une époque fluctuante. Le tissu technique qui s’en inspire serait-il une solution aux problèmes écologiques et logistiques ? Pourrait-il remplacer des matériaux plus classiques jugés polluants ? Alors que les premiers vêtements connectés pointent leur nez, le métal n’est-il pas un symbole de la conductivité ? En 2016, le vénérable Met new-yorkais consacrait sa grande exposition mode aux liens passés et futurs entre la mode et les machines – ce n’est pas un hasard si le red carpet de sa soirée d’ouverture, la plus grande messe fashion de l’année, aurait pu être rebaptisé Met(al) Gala, tant les créations d’inspiration acier ou platine brillaient devant les objectifs. On peut toujours compter sur Karl Lagerfeld pour une analyse bien pensée des temps actuels. Si son fameux défilé “fusée” pour l’hiver 2017 évoquait la passion enfantine du grand créateur pour l’espace, on pouvait également y deviner des indices de l’instant présent, comme cette couverture de survie en nylon argent, ou comment être parée à toutes les éventualités de la façon la plus chic possible. Tandis que Paris se prépare à l’organisation des Jeux olympiques 2024, la mode nous rappelle que ce n’est pas un hasard si le métal reste une valeur sûre en temps difficiles. D’où l’expression anglaise “to show your mettle” : une utilisation de la variante ancienne de métal, pour exprimer de quoi on est réellement capable. Alors, joints rouillés ou moral d’acier ?