Thank God it's Vendredi!

Depuis deux ans, Charline Mignot, la chanteuse de Vendredi sur Mer, bouscule la scène musicale francophone avec son électropop enivrante et son univers kitsch assumé. Mixte magazine l'a rencontrée alors qu'elle est en pleine tournée pour faire la promotion de son album Premiers émois.
Blouse en coton EUDON CHOI chez The Frankie Shop, Créoles Quatre Radiant en or blanc pavé de diamants BOUCHERON.
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Née en Suisse la même année que la sortie de “Back for good” du groupe Take That, Vendredi sur Mer ne rêvait pas de devenir chanteuse. mais la conjugaison de ses talents d’écriture et d’un bon timing en a décidé autrement. Après la sortie d’un premier EP remarqué et quelques millions de vues Youtube, elle nous livre à peine deux ans plus tard son premier album intitulé Premiers émois, un journal intime électropop qui devient poème lorsqu’on met les titres bout à bout. Assumant des goûts éclectiques et kitchs, elle grimpe dans les classements Spotify en artiste libre et décomplexée.

Mixte. Parlons destinations. Une idée pour les prochaines vacances ? 

Vendredi sur Mer. Vendredi sur mer, mais il faut la trouver, je crois qu’elle n’est pas indiquée sur la carte… 

M. Tu t’appelles Vendredi sur Mer. Pourquoi pas Jeudi à la Campagne ? 

V. s. M. J’avais envie d’un nom qui soit un peu poétique et mon manager ne voulait surtout pas d’un prénom ! Je souhaitais différencier mon entité propre de celle de chanteuse. Ça me plaît d’avoir un nom comme ça, différent. 

M. De quoi parle ton premier album Premiers émois ? 

V. s. M. Ça retrace dans les grandes lignes tout ce que j’ai vécu jusqu’à maintenant. Ça parle d’amour, de chagrin, de rupture, de peur… Tout ce qui compose un être vivant. M. Ton univers musical ? 

V. s. M. J’ai parlé un jour de “rap délicat”, je trouve ça presque paradoxal, mais je ne sais pas trop comment le décrire, en fait. Et j’ignore si ça sert à grand-chose. Aujourd’hui, tout est tellement mélangé qu’il n’y a même plus vraiment d’univers musicaux. Ce que je fais peut être assimilé à de la pop. Quand je fais des radios, on me présente toujours différemment. Certains parlent d’électro, d’autres de pop ou de sonorités années 80… 

M. Ton parcours musical ? 

V. s. M. Il n’est pas très classique, j’ai fait un peu de piano, mais je ne suis pas allée au conservatoire et le solfège m’a vite lassée, je trouvais ça trop scolaire. En revanche, j’écrivais beaucoup, des choses qui me passaient par la tête sur mes tourments, mes amours. C’était comme un journal intime. Un jour, j’ai écrit une première chanson, qui a plu, et c’est comme ça que tout a démarré. Mais je n’avais pas d’attentes, je faisais ça parce que ça m’amusait. Honnêtement, je ne pensais pas en arriver là. 

M. Tu n’avais pas envisager ce métier ? 

V. s. M. Pas du tout, il s’agit d’un heureux concours de circonstances. J’ai rencontré mon manager qui a été séduit par cette première chanson et qui m’a proposé de travailler avec lui. Je n’avais pas grand-chose à faire à cette époque et puis je suis curieuse, donc j’ai accepté. Mais je ne me suis pas réveillée un matin en me disant que j’allais devenir chanteuse… Je me dis souvent que j’ai eu de la chance. Les astres se sont alignés. 

M. Tu composes ? 

V. s. M. Non, je travaille avec le compositeur Lewis OfMan que j’ai rencontré il y a trois ans. J’aime bien ce qu’il apporte à mes chansons et on a une bonne communication, il comprend tout ce que je veux très vite. Au début, je ne connaissais aucun terme technique donc je lui disais : “J’imagine un champ de blé avec une lumière de fin de journée”, et il comprenait immédiatement ce que je voulais. Il arrive à retranscrire un univers avec juste des idées, une image. M. Puisqu’on parle musique et images, quelles sont tes influences ? 

V. s. M. Mon père avait des goûts très éclectiques, des Pink Floyd à Renaud en passant par les Rita Mitsouko, Queen, AC/DC, et même la bossa-nova ! Moi j’écoutais Gainsbourg, Petula Clark, un peu Niagara et toutes sortes de raps, 50 Cent, Eminem et du rap allemand. 

M. Il y a d’autres artistes qui t’inspirent ? 

V. s. M. J’adore les photos de Martin Parr, Matisse en peinture, certaines périodes de Picasso, Yves Klein aussi. Et puis, je m’inspire beaucoup du cinéma. Je vais voir des films tourmentés dont je ressors en pleurs, j’adore ça ! Les comédies m’emmerdent profondément : je peux en regarder une le dimanche chez moi de temps en temps, mais je n’irais pas au cinéma pour ça ; j’aime me sentir chamboulée par un film, que ça provoque des choses en moi. C’est pour ça que j’adore ce que font Maïwenn, Emmanuelle Bercot et Xavier Dolan. 

Robe-chemise en coton MADE chez The Frankie Shop, Créoles Quatre Radiant en or blanc pavé de diamants BOUCHERON.
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M. D’où ton titre “Dolan” ? 

V. s. M. J’ai écrit et composé la chanson avec Lewis à Montréal, sa ville natale. Et quand on a commencé l’instru, j’ai tout de suite pensé à lui et je l’ai appelée comme ça. Je trouve qu’il y a plein de similitudes dans ce que l’on raconte lui et moi. J’aimerais beaucoup écrire une chanson pour l’un de ses films. 

M. La pochette de l’album inspirée par la Vénus de Botticelli, c’est ton choix ? 

V. s. M. On en a longuement discuté. C’est super compliqué de faire une cover d’album ! L’ordre des chansons, c’est pareil, quand tu dois en décider, tu en as pour des semaines de torture mentale ! L’idée de m’inspirer de La Naissance de Vénus me plaisait sur le fond et la forme. Ce tableau représente des personnages très tranchants, la Vénus est sur un pied, un peu déstabilisée, et en même temps elle semble très solide. J’aimais bien ce paradoxe et je trouvais que c’était intéressant à mettre en parallèle avec mes chansons. Ses mensurations ne sont pas réelles. Elle est toutes les femmes et aucune à la fois. Sur scène, j’ai deux musiciens, deux danseurs et je reprends le fauteuil coquillage qui est sur la pochette. C’est visuellement intéressant. 

M. Ton univers, très mis en scène et identifiable, se prolonge dans tes clips. 

V. s. M. En arrivant à Paris, je suis tombée sur une petite vidéo qu’Alice Kong avait faite et qui m’a tout de suite fait penser à Éric Rohmer, dont je suis fan. Je l’ai contactée pour lui proposer de réaliser le clip de “La Femme à la peau bleue”, celui des “Filles Désir” dans la foulée et puis récemment celui d’“Écoute Chérie”. À chaque fois, je lui ai laissé carte blanche et j’ai toujours été très agréablement surprise par ce qu’elle m’avait concocté. C’est intéressant de laisser libre cours à l’imagination d’un artiste sur ses chansons. 

M. En tant que chanteuse suisse, comment vois-tu la nouvelle scène française ? 

V. s. M. J’écoute tout ce qui arrive. Je trouve fascinante cette nouvelle vague hyper décomplexée qui amène sa patte en faisant fi des codes préexistants. En ce moment, je suis fascinée par Hervé qui est incroyable en live. 

M. Et la scène suisse ? 

V. s. M. J’aime bien Muddy Monk et le rappeur Di-Meh. La scène suisse s’impose lentement (elle prend l’accent), y a pas le feu au lac ! 

En concert à Nîmes le 23 novembre, à Nantes le 28 novembre et à l’Olympia à Paris le 30 novembre.