Thomas Lélu nous raconte sa soirée Colette

Témoignage ou tableau warholien ? A l'occasion des 20 ans de Colette, l'artiste-photographe-écrivain Thomas Lélu signe une nouvelle inédite inspirée des soirées qui auront marqué l'histoire du concept-store parisien. Virée nocturne au pays de la hype.
Thomas Lélu - Archives colette
Thomas Lélu - Archives colette

Ce soir, j’emmène ma petite sœur pour la première fois à une soirée Colette. Lorsque nous arrivons en taxi, il y a déjà un monde de dingue, mais j’aperçois Benjamin à l’entrée qui nous fait des signes. Il ouvre la foule et nous fait entrer avant tout le monde. Dans l’entrée, Guillaume fume une cigarette avec Michael Dupouy. Nous traversons rapidement un long couloir, et je tombe sur Nadège Winter en grande conversation avec Pharrell Williams, qui embrasse ma sœur sur la joue, puis nous descendons au sous-sol où le club est plein à craquer. Aux platines, So-Me passe “Stress” de Justice et j’aperçois Gaspar Noé et Asia Argento en train de danser avec passion tandis que Pedro Winter sirote un coca avec Thomas Bangalter. Il est minuit passé, Gildas et Masaya de Kitsuné qui étaient hier à la soirée A.P.C. remplacent maintenant So-Me, qui part rejoindre DVNO et DJ Mehdi autour d’un seau de vodka glace. Frank Elbaz sort une vanne à Emmanuel Perrotin qui est venu accompagné de Xavier Veilhan et Daniel Arsham, son jeune poulain du moment. Emmanuel évoque le travail de Takashi Murakami avec Jean Olivier Despres qui vient d’arriver chez Gagosian. Les Kolkoz proposent à Ariel Wizman et Melvil Poupaud de faire un cadavre exquis tandis que nous arrivons au bar. Camille demande une vodka tonic et je salue mon ami Jalil Lespert qui me présente son cousin Chris et son pote Maf à ma sœur, qui semble un peu intimidée tout à coup face à tant de testostérone. Yorgo Tloupas évoque son nouveau projet, Intersection, à un Ora Ïto en grande forme, qui n’écoute que d’une oreille car il observe Chloë Sevigny au bras d’André de passage à Paris pour l’ouverture de l’Hôtel Amour. À coté de lui, Terry Richardson photographie Olympia Le-Tan et Jennifer Eymère qui lui montre ses seins. Vincent Gallo n’en loupe pas une miette, mais Olivier Zahm veut absolument lui présenter Lou Doillon qui vient de sortir son premier album. Lou est sortie fumer avec Joana Preiss et Camille Bidault Waddington. Vincent Gallo est bousculé par Benjamin Nitot qui prend des photos de la soirée et n’a pas vu l’acteur. Pour s’excuser, il le prend dans ses bras et le soulève du sol, ce que n’apprécie pas du tout Vincent. Théodore Fivel calme le jeu et éloigne Benjamin avant d’en rire discrètement avec Cyprien Gaillard et Payam Sharifi. Cyprien distribue son carton d’exposition pour son premier solo show chez Bugada & Cargnel. On parle beaucoup de lui en ce moment, Frédéric Bugada semble très enthousiaste et arbore un sourire ultra-bright. Jenny Mannerheim et Philippe Combres prennent d’ailleurs note de parler de lui dans le prochain numéro de Blast. Cyprien tourne la tête en voyant passer Tom Sachs qui se dirige vers André pour le saluer. Sur la piste de danse, Lionel Bensemoun et Maroussia Rebecq mettent le feu, rejoints par Mickael Huard et Pascal Monfort. C’est maintenant les Pain O choKolat qui sont aux platines. Stéphane Ashpool envoie “Peso” de A$AP Rocky. Yazbukey sourit à Jeremy Scott qui, lui, dévore des yeux Jacques Shu. Daphné Bürki vient nous retrouver, encore amusée par notre téléshopping. Elle me raconte que Loïc Prigent a beaucoup aimé notre performance quand je tombe nez à nez avec Sarah. Je lui présente ma sœur, mais elle est déjà repartie saluer Caroline de Maigret, nouvelle égérie Chanel. Caroline indique que Karl Lagerfeld va “peut-être” passer. Claude Closky traverse la salle avec Robert Stadler pour saluer Jean-Max Colard. Christophe Brunnquell fait le pitre avec Pierre-Marie et Lucien Pagès. Marco Dos Santos demande où sont les toilettes à Larry Clark qui ne comprend pas bien avec le bruit, alors Todd Selby lui indique le chemin. Il est déjà deux heures du mat’, un grand type se dirige dans ma direction, j’ai du mal à le reconnaître au début, mais je finis par comprendre qu’il s’agit de Kanye West. Il se dirige vers So-Me et Pedro Winter pour les saluer chaleureusement. Au passage, il a malheureusement renversé le verre d’une jolie rousse qui s’écrie : “Putain, mon mojito !” Sa copine lâche : “Mon dieu, je crois que c’est Drake…” — “Il a dégueulassé mes pompes ce con !” — “Ça va, c’est pas des Vuitton” — “Vuitton toi-même !” Rue de Rivoli, Björk arrive sur un Vélib’. Un clodo dort à une petite trentaine de mètres de là. Il rêve d’un monde idéal, un monde sans argent, un monde sans guerre ni racisme, il a froid. Björk passe devant lui, elle s’arrête et descend du vélo. Elle ôte sa doudoune Andrea Crews et le couvre avec. Elle lui demande si ça va. Le vieux clochard répond : “Oui, merci madame, vous êtes si gentille. Je suis au paradis ?” Björk acquiesce : “Oui, le paradis c’est bien ici monsieur et c’est le paradis bleu. Dormez bien.” Elle remonte sur son Vélib’ et se dirige vers la soirée où elle doit faire un live à trois heures du matin. Elle sourit, heureuse d’avoir pu aider quelqu’un dans le besoin. Elle a un peu froid du coup, mais elle s’en fout, elle boira une coupe en arrivant, enfin une ou deux. Deux bulles de champagne, bleues, elles aussi.