Traits très beaux

Peter Philips n'a pas attendu Instagram pour concevoir les visages-fresques les plus instagrammables de la stratosphère beauté. Pourtant, au dévisageable, le directeur créatif du maquillage Dior préfère aujourd’hui l’audace de l’envisageable. Les filles cool et inspirées lui disent merci.
Make-up Dior
liner jaune Dior

A l’Académie des Beaux-arts d’Anvers, l’appartenance à un groupe de pensée n’est pas une vue de l’esprit. Prendre le contrepied des présupposés, accepter que la disruption ne soit pas une option, allouer au textile une dimension orbitale loin du prêt-à-simplement-porter, voter pour une mode pas mode par définition, hyper cérébrale, contestataire presque... Après des études d’illustration à Saint-Luc, Peter Philips rejoint les rangs des dissidents de l’Académie, parmi lesquels Véronique Branquinho, Raf Simons, Martin Margiela ou Ann Demeulemeester. En 1993, le processus créatif belge sondé jusqu’au cortex, il découvre, au hasard d’un défilé de ses copains de promo, le pigment et toutes ses promesses. Il laisse alors la mode aux super-modeux et commence à drafter (punk, forcément) les visages de passage. Sur l’un d’eux, le profil archi-cool de Mickey Mouse surgit, bientôt relayé par V Magazine, et voilà qu’Irving Penn adhère…

Khôl me baby

Dès les années 2000, Peter Philips devient le spectaculaire activiste d’une nouvelle forme de beauté. Dans son travail, l’hyper vision belge et les références à la couleur (Guy Bourdin, Giuseppe Archimboldo, Rosalba Carriera, Jean Bérain) s’entrelacent. Armé d’accessoires feuillus, de plumes et de goudron polymorphe, Peter Philips est l’architecte façonneur de nouveaux rêves esthétiques. En backstage, le maquillage sous sa gouverne s’émancipe, offre la vision d’un show à multiples rebondissements, délocalise l’attention et l’envie. Derrière le it bag de saison, il y a le cœur d’un liner orné de plumes et d’or qui bat. Après foultitude de collaborations épiques fortes de mises en scène artistiques (il devient le BFF d’Inez Van Lamsweerde, Peter Lindbergh et Patrick Demarchelier), Peter rejoint Karl et la maison Chanel en 2008 pour devenir le prophète pro-fête du grandiose, du beau +++ mais aussi du désirable abordable comme ce taupe top, ces ombres illusionnistes et ces Beiges Chanel devenus cultes.

En 2014, Peter Philips se sépare de Chanel, crée en aparté puis rejoint les rangs de Dior. Le nouveau directeur artistique partage avec le fondateur de la Maison, Christian Dior évidemment, le goût de la nuance et d’une forme de transmission qui laisse peu de place à l’impossible. Peter Philipps travaille l’héritage Dior et sonde le bien-acquis. « Depuis le jour où j’ai commencé à maquiller jusqu’à aujourd’hui, j’ai archivé toutes les couleurs et je les conserve dans de petits bocaux en plastique. Je collectionne aussi des morceaux de tissu, des objets dont la couleur et la brillance m’inspirent », explique-t-il. Philips célèbre le Rouge Dior cher à Dior, réintronise l’eyeliner calligraphique puis, avec Maria Grazia Chiuri repense le Nude, ce fondamental « C’est presque plus compliqué de faire une mise en beauté naturelle que de faire du maquillage avant-gardiste, poursuit Peter Philips. Donner une impression de peau parfaite, c’est en fait très technique. » Pour l’été 2018, il abandonne les traits hors catalogues et hors quotidien et propose les noirs dessins d’un œil au khôl caractériel inspiré de Niki de Saint Phalle.

L’être et le néon

Pour l’hiver Dior 2018, le Musée Rodin se transforme en QG de campagne sixties post apocalyptique, jonchés de magazines féministes symbole du youthquake. L’élan féministe revendiqué par Maria Grazia Chiuri devient, entre les mains de Peter Philips, ce liner fluo statement jaune, rose ou bleu dessiné au ras des cils avec le Diorshow On Stage Liner, happés par des sourcils-porte-manteaux redessinés avec le Diorshow Brow Styler. «  J’ai voulu créer un regard où la couleur s’affiche et joue avec les teintes des lunettes de soleil, omniprésentes dans cette collection. » Le teint est lumineux et naturel (Capture Youth Glow Booster + Diorskin Forever Undercover), seul surgit au cœur de cette apparente simplexité ce trait quasi néon donc, cette houle de pigments comme toute droite sortie de l’imaginaire de Richard William Wheater et des ateliers de Wakefield. Une incursion graphique futuriste, un hachement, un trait de lumière dans le show qui souffle le froid, le chaud, et le beau, et l’accessible aussi. Comme un prolongement, Peter Philips intronisait il y a quelques jours le Dior Addict Lacquer Plump, une encre laquée repulpante rose framboise, corail lumineux ou rouge éclatant, un éclair de pigments néon à destination des lèvres bien informées, qui seul suffit. 

En librairie : The Art of Color, Peter Philips, éditions Rizzoli 

A noter : le hashtag #theartofcolor se transforme en titre d'exposition. Dior lance en effet le "Prix Dior de la Photographie pour Jeunes Talents" dont les travaux autour de la thématique "Woman-Women Faces" seront présentés à Arles du 2 juillet au 23 septembre 2018. Le jury sera présidé par Peter Lindbergh.