Quand la pop culture désobéit à la religion

Détourner l’imagerie religieuse et interroger notre rapport au divin et à la chrétienté est probablement l’une des premières formes de désobéissance adoptées par la mode et la pop culture. Retour en dates sur les œuvres les plus marquantes de l’Histoire qui ont flirté avec le blasphème.
Robe en coton noir brodé, mocassins en cuir de veau crème LOEWE, Bas en latex noir DAWNAMATRIX, Cagoule et gants en latex noir, coiffe de nonne en latex noir et blanc HOUSE OF HARLOT, Collier pendentif en métal argenté SLIM BARRETT.
Robe en coton noir brodé, mocassins en cuir de veau crème LOEWE, Bas en latex noir DAWNAMATRIX, Cagoule et gants en latex noir, coiffe de nonne en latex noir et blanc HOUSE OF HARLOT, Collier pendentif en métal argenté SLIM BARRETT.

1930 : de l’or surréel 

En pleine période de Grande Dépression, le réalisateur espagnol Louis Buñuel sort son long métrage L’Âge d’Or, dans lequel un évêque est défenestré et où l’on voit le Christ sortir d’une orgie. Qualifié dès sa sortie d’anticlérical et d’antibourgeois, le film aux images choc sera interdit pendant plusieurs années et considéré comme l’une des premières œuvres majeures du courant artistique surréaliste. 

1966 Jésus superstar 

Dans une interview au Evening Standard du 4 mars 1966, John Lennon, alors membre du groupe The Beatles, exprime ses positions sur l’évolution du christianisme, expliquant que la religion dans les années 1960, et plus particulièrement au Royaume-Uni, n’a plus la même importance dans la vie des gens qu’auparavant, notant au passage : “Aujourd’hui, nous sommes plus populaires que Jésus”. Ces propos vont provoquer une vive polémique : aux USA, particulièrement dans les États conservateurs et religieux du Sud, les disques du groupe sont brûlés en public par des foules d’anciens fans. Dans plusieurs pays de forte culture chrétienne (Mexique, Afrique du Sud), les chansons des Beatles sont interdites de diffusion radiophonique. 


1979 Where is Brian ?

À la fin des années 1970, le collectif humoristique anglais des Monty Python sort le très controversé Monty Python : La Vie de Brian, parodie potache de la vie de Jésus. Dès sa sortie en salles, les critiques fusent. L’association Festival of Light tente d’empêcher le visa d’exploitation, sans succès. Mais le film sera interdit dans certaines municipalités anglaises, en Italie jusqu’en 1990 et en Norvège jusqu’en 1987. 


1988 Deal de la Tentation 

Fin des années 80, Martin Scorsese réalise La Dernière Tentation du Christ, qui “ose” avancer que Jésus aurait aspiré à une vie d’homme. L’œuvre sera même à l’origine de l’attentat du cinéma Saint-Michel à Paris : un incendie criminel, dans la nuit du 22 au 23 octobre 1988, déclenché par un groupe intégriste catholique, rattaché à l’église Saint-Nicolas-du-Chardonnet, qui voulait protester contre la projection du film. 


1989 Prière de ne pas toucher 

En pleine acmée mondiale de célébrité, Madonna provoque son premier scandale majeur lié à la religion. Dans le clip de son tube mythique “Like A Prayer”, elle porte sur ses mains les stigmates du Christ, embrasse la statue d’un Jésus noir et mime l’orgasme en plein milieu d’une église, aux chants d’une chorale gospel. Une façon de s’attaquer au puritanisme, au racisme, au Ku Klux Klan et aux abus policiers envers les Noirs (pointant du doigt des siècles de discriminations raciales). Scandalisées par les paroles ambiguës du morceau et par les images ouvertement érotiques de son clip, les communautés chrétiennes du monde entier hurlent au blasphème. Le pape Jean Paul II appellera même à bannir la chanson des ondes italiennes. 


1991 Kiss que c’est que ça ? 

L’amour est-il plus fort que la religion ? En 1991, le photographe italien Oliviero Toscani connu pour ses publicités choc réalisées pour la marque Benetton récidivait avec Kissing-nun, une photo montrant une nonne embrassant un curé. Scandale en Italie et en France. 17 ans plus tard, en 2008, les affiches de l’exposition Controverses à la BnF de Paris, qui reprennent la création de Toscani, sont arrachées dans le métro parisien. 

1999 Rien de neuf

Avant le passage au millénaire, Maurizio Cattelan créait son œuvre intitulée La Nona Ora : une sculpture représentant le pape Jean-Paul II allongé au sol, écrasé par une météorite, entouré d’éclats de verre dispersés sur un tapis rouge. Le titre fait référence à l’heure de la mort du Christ sur la Croix, la neuvième heure selon la théologie chrétienne. Notamment exposée à la Zacheta National Gallery of Art de Varsovie (Pologne) pays d’origine du pape canonisé, l’œuvre a failli être vandalisée par un homme politique polonais “au nom de la dignité du Saint-Père” obligeant la directrice du musée, Anda Rottenberg, à démissionner en 2001. 

2011 Pisse and love 

Jésus est amour, mais ça dépend des jours. En 2011, l’artiste Andres Serrano expose à Avignon Immersion (Piss Christ), une photographie de 1987 qui montre un crucifix plongé dans de l’urine. Blasphème ultime pour les catholiques intégristes qui vandaliseront l’œuvre avec un marteau et un tournevis en criant “Vive Dieu !”. Pour l’artiste américain, sa création “n’est en rien blasphématoire. Elle condamne simplement ceux qui abusent de l’enseignement du Christ pour leurs propres fins ignobles”. 

2020 Nonne of your business 

Et si une prochaine polémique liée à une œuvre jugée blasphématoire émergeait cette année ? C’est sans doute ce qui risque d’arriver avec la sortie du film Benedetta de Paul Verhoeven dans lequel l’actrice française Virginie Efira incarne la nonne lesbienne Benedetta Carlini, qui fut emprisonnée pendant près de 40 ans par l’Église à cause de son homosexualité. Il se murmure déjà que Benedetta pourrait être présenté au Festival de Cannes. Bref, tous les ingrédients nécessaires à une bonne recette scandaleuse, comme l’industrie du cinéma sait en faire.