Expo : vous n’auriez pas vu Coco ?

Alors qu’on pensait avoir tout vu et tout dit de Gabrielle Chanel, la nouvelle exposition "Gabrielle Chanel, Manifeste de Mode" qui donne à voir plus de 350 pièces rares de l’impératrice de la mode au Palais Galliera, nous montre que son héritage est encore et toujours absolu.

Le génie de Gabrielle Chanel a déjà fait l’objet de deux biopics, une centaine de livres, à peu près une dizaine de documentaires et même une comédie musicale (si si, avec Katharine Hepburn en 1969 à Broadway, vous pouvez vérifier). Mais il serait naïf de penser que c’est suffisant pour avoir fait le tour de cette légende populaire qui, de son vivant, a créé un véritable empire qui n’a évidemment rien à envier à celui de Paris Hilton. Pour preuve, après avoir fermé deux ans le temps de faire peau neuve, le Palais Galliera - musée de la Mode de la ville de Paris - a décidé de consacrer à Coco Chanel une rétrospective inédite. C’est donc dans une chasse au trésor qui a duré deux ans que s’est lancée Miren Arzalluz, directrice du musée, pour rassembler les modèles rares ou méconnus de la créatrice.

L’exposition met en lumière des centaines de pièces issues du patrimoine de la maison Chanel (la marque a par ailleurs financé une partie des travaux de rénovation du musée), des collections du Palais Galliera ainsi que de différentes institutions étrangères. Le musée a décidé d’adopter une approche “scientifique” de l’héritage laissé par la créatrice française. Meaning : l’heure n’est pas à discuter de la personnalité de Gabrielle Chanel (chose que fait très bien l’excellent reportage Les guerres de Coco Chanel disponible en ce moment sur Arte) mais à admirer et reconnaître le talent et le savoir-faire de celle qui a contribué à l’émergence d’une féminité moderne.

Divisées par thèmes et réparties dans les différentes galeries du musée, les pièces - vêtements de jour, tailleurs, robes du soir, sacs, bijoux, “petites robes noires” - sont exposées sur des mannequins qui reproduisent pour la plupart la fameuse “posture Chanel”, copiée sur Gabrielle : décontractée et classe à la fois, avec les hanches légèrement en avant et les épaules détendues. Certaines pièces, les tailleurs notamment, ont été portées par Coco elle-même. La mise en scène est sobre, dépouillée, à l’image du style Chanel et permet d’apprécier toutes les formes, matières et détails.

À mesure qu’on découvre les créations, la vision de Gabrielle se dessine sous nos yeux et on prend alors conscience du caractère révolutionnaire de celles-ci conçues à la veille de Années Folles. Les lignes sont claires, les coupes nettes et la silhouette graphique, marquant une nouvelle forme d’élégance à l’opposé des silhouettes corsetées et surchargées de la Belle Epoque. Les matières sont précieuses mais avant tout confortables.

 On décèle clairement les préférences de Chanel pour la mousseline, la crêpe de soie, le tulle, la dentelle, la laine et le tweed. Les détails, comme les boutons de manchette sont empruntés au vestiaire masculin. Le dandysme du style Chanel se trouve dans tous ces petits détails qui sont un véritbale manifeste de la pensée avant-gardiste de la couturière, remettant en question dès les années 1900 les notions de masculinité et de féminité. Âgée de 25 ans seulement, elle apparaissait déjà sur les champs de courses vêtue de manteaux d’homme et de cravates. Il faut bien se rendre compte du cractère déter de la demoiselle, à une époque où la dépendance sociale et économique des femmes se signalait à leurs habits très élaborés.

À mesure qu’on parcourt l’expo, bien au delà d’un ensemble de vêtements, de bijoux et autres accessoires, c’est un concept que l’on voit s’esquisser : celui de la “Nouvelle Femme”, émancipée et libre de ses mouvements. Car la volonté première de Coco, c’était celle de créer des vêtements respectueux des mouvements du corps de la femme, raison pour laquelle elle a envoyé bouler le corset et s’est opposée farouchement à Christian Dior qui, en 1953, a tenté de remettre celui-ci au goût du jour.

 “Dans la mode, on doit aller en avant, on ne recule pas”, disait-elle. Alors qu’elle s'était installée en Suisse après la seconde guerre mondiale, l’arme qu’elle sort pour riposter à Christian Dior va alors la hisser à nouveau au statut de reine de la mode : le mythique tailleur en tweed. La jupe se porte sur les petits os des hanches, non-resserrée à la taille. Plus qu’un tailleur c’est un uniforme, chic et portable en toute occasion, qui épouse parfaitement les mouvements du corps d’une femme qui n’a plus attendu l’aval de son mec  pour… vivre sa vie.

Ce tailleur est adopté par toutes les femmes, y compris les vedettes et les Premières Dames (rappelez vous son effet jackpot sur Jackie Kennedy). Le vêtement tel que conçu par Chanel a traversé les époques, parce qu’il est une vision de la vie, une manière d’être. Car avant toute chose et comme elle le disait à Marie-Hélène Arnaud, sa mannequin fétiche, son double : “Tes robes doivent ressembler à la vie que tu mènes, à ta voiture, à ton travail, à tes amours”.