Fashion week été 2020 : Londres en plein turfu

Entre la création d'un héritage, la volonté d'un développement durable et l'ombre planante du Brexit, Londres a décidé de se construire un futur conscient au devenir radieux.

Avec l’arrivée imminente du Brexit, et tout ce que cela comporte comme craintes et incertitudes sur l’avenir de la mode (selon le British Fashion Council, un Brexit sans accord pourrait coûter à l’industrie jusqu’à 900 millions de livres sterling), Londres a décidé de proposer des solutions et de prendre son futur en main. 

Un seul mot : sustainability

Pour son dernier show baptisé “Ecosexual”, le créateur Christopher Kane à encourager son public à être “plus intime avec la nature et à se satisfaire de plaisirs terriens” ainsi qu'à "faire l’amour avec le vent, dormir avec les étoiles et ressentir les fleurs”. Rien que ça. Une devise "No Nature = No Future" devenue elle aussi le mantra de beaucoup d'autres designers.

Le créateur Mark Fast qui a ouvert la fashion week de Londres a donné d’entrée le ton en dévoilant une collection inspirée par son amour de la forêt amazonienne. La marque Burberry, quant à elle, a annoncé qu’elle avait produit un défilé à l'empreinte carbone neutre. Une façon d’empêcher “la déforestation et de conserver les forêts tropicales comme celle de l’Amazonie”. Mais c’est aussi dans la réalisation même des produits que le combat s’est concrétisé : la marque Preen s’est efforcé pour cette saison d’utiliser des chutes de tissus de ces anciennes collections et Richard Quinn a tenu à préciser dans un communiqué de presse sa volonté de produire le moins de déchets possibles dans la confection de sa collection. Une sorte de guideline du futur à venir.

La transmission comme garantie

Penser au futur, c’est aussi se demander ce qu’on gardera du passé et ce qu'on léguera à nos descendants. Au défilé de Marques’Almeida, dans un court-métrage diffusé au début du show, des “MA Girls” ont partagé ce qu’elles aimeraient transmettre à leurs filles. Oui, croyez-le ou non, les vêtements peuvent donner une vraie place à la sincérité et au désir de refléter les espoirs, les désirs et les choix politiques des femmes.   

D’autres marques ont quant à elles tenu à mettre à l’honneur le passé et la tradition. Simone Rocha s’est inspirée pour ses robes du folklore irlandais de la Saint-Étienne (cette fête où les gens poursuivent et attrapent un roitelet, le plus petit oiseau des îles britanniques, habillés en costumes et masques de paille). La marque Erdem a choisi de rendre hommage à Tina Modotti, photographe, actrice et militante révolutionnaire italienne du début du 20e siècle. Alors que Ricardo Tisci est allé piocher dans l’héritage victorien de Burberry, Victoria Beckham a elle fait triompher les années 70 afin de mettre en avant le savoir-faire emblématique du tailoring britannique. Sans oublier le retour très prégnant du classique tartan chez Charlotte Knowles et Reijina Pyo ou de l’imprimé façon tapisserie fleurie de salon thé victorien chez Richard Quinn ou Toga. Would you like a cup of tea ? Yes, I would !

Les années 2020 en ligne de mire

Une nouvelle décennie démarre et un nouveau style reste à inventer. Comment seront vues les années 2020 ? J.W Anderson donne un début de réponse avec une collection aux inspirations futuristes post-acopalyptiques façon Mad Max (mélange de bijoux, cristaux, sacs au style nomade, silhouette smoking…). Une sorte de décadence futuristico-chic qui rappelle que le futur est forcément fait du passé, comme l’a rappelé backstage le créateur Seung Gun Park : “On était certain que 2020 serait très futuriste, mais en fait c’est très analogue et vintage”.  

Parmi les vieux de la vieille, la grande Vivienne Westwood est une fois de plus restée fidèle à elle-même en proposant, en lieu et place d’un défilé classique, une collection entièrement présentée sur les réseaux sociaux grâce à des vidéos et des photos. Shootée par Hugo Comte, le lookbook imagine un future prémonitoire de ce qu’il se passerait si nous n’agissons pas maintenant en terme d’écologie, de développement durable et de responsabilité écologique. Baptisée No man’s land, la collection est aussi une critique de la société de consommation et du capitalisme dans laquelle Vivienne balance à qui veut l’entendre que le “dollar is dead”. 

Enfin, c’est chez Matty Bovan, jeune diplômée de la Central Saint Martins qui bouscule Londres depuis quelque saisons, que la conclusion futuriste s’est le plus illustrée. Pendant son show les mannequins ont marché avec des masques en plastique distordant, avec des vêtements faisant référence à l’hôpital, aux tenues de sauvetages, aux gilets de secours, aux costumes de compressions et aux pantalons de motocross. Une vision un peu délétère contrastée par le choix de couleurs et d’imprimés joyeux. Conclusion : le futur, c’est pas gagné mais on va le rendre cool.