Au sein même de son atelier bruxellois, le maroquinier Delvaux accueille cette saison une incroyable installation réalisée par l’artiste plasticien Hans Op de Beeck. Une façon de célébrer l’intemporalité de l’art et de la mode.

La collaboration la plus fantasmagorique et énigmatique du moment a sans doute lieu à Bruxelles. Pour la première fois, Delvaux ouvre les portes de l’Arsenal, son atelier de maroquinerie historique, au plasticien belge Hans Op de Beeck. La rencontre de deux univers singuliers, unis par un soin porté à la beauté du geste, à la délicatesse de l’artisanat et une attention particulière aux détails.

Connu pour ses incroyables installations, l’œuvre de l’artiste Hans Op de Beeck invite à mettre en scène le silence, la sensorialité, qui appelle à l’introspection, souvent mâtinée de détails ironiques et oniriques. Un écrin idéal pour Delvaux. Fondée à Bruxelles en 1829, la maison est la plus ancienne maroquinerie de luxe du monde et fournit la cour du royaume de Belgique depuis 1883.

Au cœur même de l’atelier, l’artiste a imaginé un jardin intérieur, à l’esprit inspiré à la fois des principes zen et de détails classiques, où le bassin calme et les bambous répondent aux moulures et statues de chérubins. Un paysage étrange et familier à la fois, comme sorti d’un rêve, qui semble transformer l’atelier en un espace hors du temps. Ici, la fonction première du lieu s’efface momentanément pour laisser place à la contemplation, dans un dialogue subtil entre architecture, nature et création.

Au centre, un bassin sombre, recouvert de nénuphars blancs, qui invite au calme et à la réflexion autour du silence. L’atmosphère est à la fois fantastique et élégante, le temps, comme suspendu. Une installation monochrome, toute en nuances de gris, écho aux matières de Delvaux, pour une palette chromatique en correspondance avec les pastels délicats des peaux des pièces de cuir.

La sobriété de l’installation permet aussi de porter un autre regard sur les gestes qui se déploient autour d’elle. Dans cet atelier où les artisans travaillent chaque jour les cuirs, les formes et les finitions avec une précision presque obsessionnelle, l’œuvre de Hans Op de Beeck vient créer une parenthèse. Elle rappelle que la beauté ne réside pas uniquement dans l’objet fini, mais aussi dans le temps nécessaire à sa réalisation, dans la répétition des gestes, dans la patience et dans le savoir-faire transmis.

C’est là que les deux univers se juxtaposent et se complètent : en misant sur le temps long, en sortant du vacarme de l’immédiateté, pour au contraire mettre en valeur l’intemporalité et la beauté. Une manière aussi de rappeler que le luxe n’est pas nécessairement affaire d’ostentation. Il peut être celui d’un moment, d’un silence, d’une matière que l’on prend le temps de regarder, ou d’un savoir-faire que l’on choisit de préserver.

Cette collaboration se découvre ainsi comme une expérience autant qu’une exposition : une invitation à ralentir, à observer et à se laisser porter par cette étrange poésie. Entre le patrimoine bruxellois de Delvaux et l’univers contemplatif de Hans Op de Beeck, l’Arsenal devient le théâtre d’une rencontre inattendue, où l’art et l’artisanat semblent finalement parler une même langue : celle de la patience, de la précision et de l’émotion.