André Leon Talley © LBD Mona Bismarck

Jusqu’au 17 janvier 2027, le Musée de la Mode d’Anvers (MoMu) présente “The Antwerp Six”, une exposition majeure qui revient sur la grande, courte mais légendaire histoire des Six d’Anvers, ce groupe de designers — composé entre autres de Dries van Noten, Ann Demeulemeester et Walter van Beirendonck — qui a façonné la création belge et l’a durablement installé sur la carte mondiale de la mode.

En termes de légendes de mode, l’histoire des “Six d’Anvers” est probablement l’une des plus tenaces. En 1986, six diplômé·e·s de la même promotion de l’Académie Royale des Beaux-Arts de la ville belge prennent la route pour la London Fashion Week à bord d’une camionnette. Il·elle·s y présentent alors leurs créations lors d’un salon professionnel : des pièces audacieuses, en rupture totale avec les codes esthétiques de l’époque. Le succès est alors immédiat, si bien qu’à la fin de l’événement, les six jeunes designers sont au centre de toutes les attentions et accèdent à une reconnaissance internationale, au point d’être nommé·e·s par la presse et les professionnel·le·s de l’industrie “Les Six d’Anvers”.

The Antwerp Six, © Karel Fonteyne.

Quarante ans plus tard, le musée de la mode d’Anvers (MoMu), consacre pour la première fois une grande exposition rétrospective sur les parcours des membres de ce groupe : Dirk Bikkembergs, Ann Demeulemeester, Walter Van Beirendonck, Dries Van Noten, Dirk Van Saene et Marina Yee. Pensée par Romy Cockx et Kaat Debo, avec la collaboration du commissaire invité Geert Bruloot — qui avait accompagné les jeunes designers à Londres — l’exposition “The Antwerp Six” rassemble silhouettes, dessins, collages, photographies, invitations de défilés et archives inédites, tout en mettant en lumière six univers créatifs distincts, mais liés par une même dynamique.

The Antwerp Six, © Karel Fonteyne.

Ce qui a particulièrement fait l’originalité des Six d’Anvers et qui a façonné leur regard et leur identité, c’est leur volonté commune et respective de rupture avec les codes établis de la mode. En effet, leur inspiration qui s’est construite dans l’effervescence culturelle de la fin des années 1970 et du début des années 1980 et donc en contraste avec le conservatisme académique de l’époque, a été marquée par l’art conceptuel, le punk, la new wave, la club culture, sans oublier l’influence émergente de créateur·rice·s japonais·es comme Yohji Yamamoto ou Rei Kawakubo.

Espace Walter van Beirendonck, MoMu.
Espace Dirk van Saene, MoMu.

Sans cependant être un groupe homogène, chaque jeune designer ayant été affilié aux Six d’Anvers a développé un langage singulier : Ann Demeulemeester explorait des formes fluides et sombres aux accents punk, Dirk Bikkembergs introduisait une approche technique et sportive, Dries Van Noten proposait une vision plus romantique de la mode, Marine Yee privilégiait des créations déconstruites et un esprit d’upcycling, quand Van Beirendonck misait sur des couleurs vives et des motifs audacieux, tandis que Dirk Van Saene revisitait le tailoring de manière subversive.

Espace Ann Demeulemeester, MoMu.

Avec chacun·e une approche novatrice, il·elle·s ont remis en question les normes de beauté, bousculé les conventions du vêtement et exploré le genre comme un territoire ouvert. Malgré cette radicalité, il·elle·s se sont aussi rapidement distingué·e·s en présentant des collections complètes et cohérentes. Une forme de professionnalisme qui leur a rapidement permis d’avoir un impact au-delà des frontières belges, puisqu’il·elle·s ont présenté pendant quelques saisons à la fois à la Fashion Week de Londres, au salon Pitti de Florence et finalement à Paris. De quoi mettre définitivement la Belgique sur la carte de la scène mode internationale et ainsi ouvrir la voie à une nouvelle génération de designers comme Raf Simons ou A.F. Vandevorst, tout en créant un engouement pour de nouveaux·elles étudiant·e·s à l’Académie des Beaux Arts.

Espace Dries van Noten, MoMu.

Si la légende des Six d’Anvers continue de fasciner aujourd’hui, l’exposition insiste bien sur un point essentiel : ces dernier·ère·s n’ont jamais formé un véritable collectif. Cette appellation, popularisée par la presse internationale, a souvent masqué la singularité de leurs démarches. Après leur percée à Londres, leurs trajectoires respectives ont divergé. Certain·e·s ont fondé des marques reconnues (Dries van Noten, Ann Demeulemeester, Walter van Beirendonck), quand d’autres ont exploré de nouveaux territoires créatifs, allant de la céramique au design, en passant par la parfumerie ou encore des installations d’art contemporain, à l’image de Marina Yee qui a aussi droit un focus particulier sur son oeuvre à la galerie anversoise Sofie van de Velde, jusqu’au 10 mai 2026.

Espace Marina Yee, MoMu.
Project Space, Marina Yee, Galerie Sofie Van de Velde.

C’est donc de cette façon que l’exposition a été pensée puisqu’elle accorde à chacun·e un espace propre, révélant les processus, les évolutions et les univers respectifs des designers. Loin de déconstruire leur légende, “The Antwerp Six” en souligne toute la richesse et met aussi en évidence l’importance du contexte collectif dans lequel il·elle·s ont évolué : un environnement stimulant, fondé sur l’échange et le soutien mutuel qui a permis de faire éclore une vision commune : celle d’une mode audacieuse, exigeante et singulière.

Les invitations des défilés de Walter van Beirendonck, MoMu.

“The Antwerp Six”, jusqu’au 17 janvier 2027 au MoMu, Nationalestraat 28, Anvers, Belgique.