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À 24 ans, l’actrice Gina Jimenez, impose doucement mais surement son aura de films en films. Entre cinéma, théâtre et écriture, rencontre avec un visage singulier des écrans et de la scène qui annonce un talent brut en devenir.

Il y a des têtes que l’on repère de films en films, sans vraiment pouvoir encore les identifier. Ce genre de talent que l’on remarque, au fil des récits, pour finalement bien imprimer la rétine. Gina Jimenez est de ceux-là. Quand elle arrive, Gina est accompagnée de Tony, son adorable caniche toy qui la suit autant que possible. À peine installée, elle discute, dit beaucoup “tu vois ce que je veux dire ?”, pour être sûre d’être bien comprise. C’est d’ailleurs pour cela qu’elle a écrit un seule en scène, “Un trou au cœur”, un spectacle intime dans lequel elle explore un regard sensible sur sa vie, sa famille, ses amours, son genre, mais surtout ses blessures, au sens propre comme figuré. Récemment, on l’a vue dans la comédie décalée “La Poupée”, premier long-métrage de Sophie Beaulieu, où Vincent Macaigne vit une histoire d’amour avec une poupée gonflable qui devient humaine. Un peu avant, on a pu la voir dans le futuriste “Chien 51” de Cédric Jimenez ou dans “L’Amour ouf” de Gilles Lellouche. Début 2027, elle sera à l’affiche du premier film réalisé par Théo Hellermann, acteur franco-autrichien, déjà vu dans “Titane”. Du cinéma indépendant aux blockbusters français, Gina Jimenez trace son chemin.

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MIXTE. Tu es considérée comme comédienne mais te définirais-tu aussi comme autrice puisque tu as déjà écrit et joué un seule en scène ?
GINA JIMENEZ. Effectivement, j’ai écrit “Un trou au cœur” que j’ai joué l’année dernière à Avignon. C’était un spectacle très brut, moi toute seule avec une chaise. J’espère le jouer à Paris fin 2026, j’ai trouvé une metteuse en scène pour m’accompagner et amplifier le spectacle, avec un peu plus de scénographie. Je croise les doigts.

M. Quel est ton rapport à l’écriture ?
G. J. Pour le moment, je ne sais pas si j’écrirais autre chose. Mon spectacle parle beaucoup de blessures physiques. Quand j’étais en focus sur l’écriture, je me suis nourrie d’autofiction mais aussi de textes qui touchent au rapport au corps, aux maladies, l’impact du mental sur la somatisation, voire son mal-être…

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M. Pourquoi un tel rapport au corps ?
G. J. C’est mon histoire, j’ai eu beaucoup de blessures physiques, je suis née avec un syndrome qui a beaucoup transformé ma féminité, et vers l’âge de 16 ans, psychologiquement ça m’a beaucoup atteint. Je suis aussi très casse-cou et du coup, ce que ça développe chez moi en tant que jeune femme, mon rapport à mon corps, à la souffrance, dans les histoires d’amour entre autres. Petite, je mettais des robes de princesse avec des joggings Adidas. C’est même la photo sur l’affiche de mon spectacle. C’est ce qui me symbolise aussi, ce mélange de pousser mes limites et de parler de choses deep avec légèreté.

M. À quel moment as-tu eu envie de te lancer au cinéma ?
G. J. J’ai fait du théâtre au lycée, puis j’ai eu un petit rôle dans “Madame Claude” en terminale. Ensuite, j’ai tenté plein de choses, notamment des études littéraires – hypokhâgne et un passage en licence de lettres – mais plus j’avançais ailleurs, plus je revenais là.

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M. Tes parents sont dans le cinéma… Ton père est le réalisateur Cédric Jimenez (“Bac Nord”, “Chien 51”) et ta mère est la comédienne et réalisatrice Karole Rocher (“Polisse”, “Braquo”…), tu as baigné là-dedans depuis toute petite. Tu penses quoi du débat sur les “nepo babies” ?
G. J. Ça a fait partie de mon envie d’aller voir autre chose. C’est une chance inouïe d’avoir ses parents dans le milieu, tu prends de l’avance. En vrai. Mais vouloir développer sa propre identité, c’est important, peu importe d’où tu viens, nepo baby ou non. Pour ma part, mes parents ont toujours été dans le milieu mais ça restait discret, puisque je ne porte pas le nom de ma mère. Mon nom de famille a pris de la valeur aux yeux des gens et a été identifiable vers mes 20 ans — à partir de la sortie de “Bac Nord” — j’ai alors connu ce qu’était de devenir pour les autres une “fille de” au fur et à fur que mon père a eu du succès.

M. Si tu n’avais pas fait du cinéma, tu aurais fait quoi ?
G. J. Je ne sais pas trop mais ma sœur m’a rappelée l’autre jour que quand j’étais petite, j’ai eu une lubie où je voulais être médecin légiste… Déjà le rapport au corps !

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M. Tu as été vue à plusieurs événements mode comme les défilés de Coperni, Vaillant ou Balenciaga. Quel est ton rapport à la mode ?
G. J. Mon rapport à la mode est très décomplexé, j’adore faire des looks, j’aime l’image, plonger dans l’univers d’une maison. J’ai plein de pièces Sézane, comme une jupe longue en cuir que j’adore, des mules… C’est leur force, proposer des pièces chic mais pour le quotidien.

M. Quand tu prépares un rôle, ça t’aide de te plonger dans les vêtements ?
G. J. Quand je fais des films, je ne suis pas dans une recherche esthétique du vêtement mais j’attache une importance au costume parce que c’est un appui de jeu qui est énorme. Un vêtement raconte tellement de choses. Ça dit toute une histoire.

TALENT : Gina JIMENEZ. PHOTOGRAPHE : Yann Morrison. STYLISTE : Kannika Chhit. GROOMING : Leslie THIBAUD.