M. Merit vient d’être lancé en France, et à l’occasion, vous avez collaboré avec le label Paloma Wool pour son défilé parisien. Comment choisissez-vous les maisons de mode avec lesquelles vous souhaitez travailler ?
A. M. Avant de développer la marque, je venais de la mode et j’avais l’impression que son univers était bien distinct de celui de la beauté… Merit a toujours eu une esthétique très mode, notamment parce que nous avons consacré beaucoup de temps au stylisme lors des séances photo. Pour le partenariat avec des marques, tout se fait de façon très naturelle. Paloma Wool, en particulier, mais aussi Gabriella Hearst avec qui nous avons collaboré lors de la Fashion Week de Paris. Ce sont deux maisons très différentes, mais qui nous correspondent, chacune à sa façon.
M. D’ailleurs, sur le show Paloma Wool, vous avez choisi un beauty look messy qui ne cache pas les défauts ou les marques de fatigue et se rapproche de cette tendance “beauté sans fards”…
A. M. Pour nous, la beauté n’a jamais été une question de perfection, et je pense que cela se voit sur nos images et notre façon de montrer les femmes (nos modèles ont le même âge que nos consommatrices), sans retoucher excessivement les photos. Ce que j’aime dans nos produits sur les défilés, c’est de créer autant un look clean qu’un look désordonné et décoiffé… Ce sont des classiques que vous pouvez utiliser comme vous le souhaitez, ils ne seront pas définis par une tendance, et dans dix ans, ils fonctionneront toujours aussi bien.
M. Le thème de notre numéro est “storytellers”. Vous considérez-vous comme une conteuse d’histoires ?
A. M. Je dirais que, si j’avais un titre pour la marque Merit, ce serait probablement celui-là. Diriger le marketing, c’est une fonction très vaste, mais en réalité, c’est plutôt conter, imaginer des univers. Et puis, la beauté, c’est une histoire, n’est-ce pas ? C’est comme dans la mode, vous créez un produit utilitaire, mais qui a son importance émotionnelle. Je pense au sac à main : on pourrait s’en passer et mettre nos affaires dans un sac en toile sans signe distinctif, et pourtant, lorsqu’il est beau, l’expérience est plus précieuse. Ces objets nous suivent dans tous les instants du quotidien, y compris les plus intimes.
M. Vous avez récemment déclaré vouloir vous démarquer de la concurrence en puisant dans le milieu artistique et créatif. Quelles sources d’inspiration vous nourrissent ?
A. M. Tout d’abord, les musées. J’adore voyager, j’ai besoin de m’éloigner de mon quotidien et de mes idées préconçues pour simplement m’imprégner de nouvelles choses. Pour moi, une partie du voyage consiste à observer les gens. J’aime aussi lire les vieux magazines, j’en achète des années 1980 et 1990 sur eBay pour m’en inspirer plutôt que de regarder les réseaux sociaux. Ça me permet de sortir de ma bulle Internet, et de ne pas faire comme tout le monde.
M. Quelle relation entretenez-vous avec les réseaux sociaux, ces piliers du monde de la beauté pourtant si souvent décriés pour leur aspect chronophage ?
A. M. C’est une arme à double tranchant. Un outil formidable pour créer des liens, raconter des histoires ou même pour s’évader, un peu comme lorsqu’on regarde un film. D’un autre côté, je suis persuadée qu’il faut – du moins pour moi – fixer des limites très claires. Il y a certaines plateformes que je n’utilise tout simplement pas du tout, et d’autres pour lesquelles j’ai mis des minuteurs.