M. Pourquoi, selon vous, les clubs littéraires comme celui-ci sont-ils importants ?
A.H. J’adore les clubs de lecture. J’en ai organisé un petit à Rome il y a quelque temps, et j’ai été frappée par l’énergie qui s’en dégageait. Lire, écrire, discuter avec ses proches, c’est une chose. Mais choisir des livres autour d’un thème précis et en débattre avec des inconnu·e·s, c’en est une autre. Je trouve ce format à la fois très excitant, généreux et intime. Il crée une forme de connexion rare.
M. Plus largement, pourquoi est-il essentiel de continuer à lire et à écrire aujourd’hui ?
A.H. Nous vivons une époque où lire et écrire sont plus nécessaires que jamais. On devrait presque rendre la lecture obligatoire au moins une heure par jour. Je suis convaincue que tout irait mieux si chacun avait le temps, les moyens, l’espace mental pour s’extraire du bruit du monde et plonger dans d’autres voix, d’autres pensées. Lire et écrire ne sont pas une fuite, mais une manière de comprendre, de ralentir, de clarifier. C’est une façon d’être plus doux·ce avec les autres et avec soi-même, d’accepter la contradiction, la part d’ombre, les désirs inavouables et d’accepter, en somme, d’être humain·e.
M. Qu’est-ce qui rend uniques la lecture et l’écriture d’après vous ?
A.H. On ne lutte pas de la même manière en écrivant, on ne ressent pas de la même manière en lisant. C’est un espace où tout peut exister. Et cela libère de la honte, et donc de la violence. Nous avons aussi besoin de rêver, d’imaginer, d’échapper à cette réalité qui est, au fond, une construction parmi d’autres. J’ai beaucoup lu de mythologie ces derniers temps, et j’ai été frappée par la profondeur de ces récits, par leur capacité à réveiller un sentiment presque archaïque d’appartenance, de temporalité, d’éternité. Seuls les livres peuvent faire ça. Et nous en avons plus que jamais besoin.